A
NOS CHERS LECTEURS ET ABONNES..
UNE
MISE AU POINT NECESSAIRE DE LA PART DE L’EQUIPE DE TUNISNEWS
Chers
amis,
Nous
nous trouvons, encore une fois, dans l’obligation de clarifier
certaines choses et de mettre les points sur certains « i ».
Depuis
que nous avons pris – de façon spontanée, indépendante et
autonome - la décision de mettre en place une liste de diffusion électronique
destinée à mieux informer nos concitoyens et les amis de notre
pays de ce qui se passe vraiment en Tunisie, nous avons reçu des
milliers de textes et de mails des 4 coins de la planète. A
l’occasion de certains échanges faits ces derniers temps nous
avons eu le sentiment que nous sommes
quelques fois « mal compris ». Une petite
clarification s’impose.
1-
Nous avons pris depuis l’automne
1999 l’initiative d’aller chercher nous même dans des sites
web, dans des revues, dans des livres etc.. des articles, des
informations, des communiqués, des analyses, des interventions et même
des poèmes et des nouvelles pour les publier ensuite dans notre
mail quotidien juste pour « mieux informer » les
milliers de tunisiens qui nous ont fait dés nos débuts (et
jusqu’à ce jour) le don inestimable de leur confiance.
2-
Nous avons souligné à maintes
occasions que nous sommes une TOUTE PETITE équipe. On a répété
à l’envie que nous faisons un travail BENEVOLE. On a rappelé
toujours que nous sommes des personnes normales : c’est à
dire des gens qui travaillent 8 heures au moins par jour, qui
entretiennent des familles, mais qui SACRIFIENT la plupart de leur
temps libre (aux dépens de leurs épouses et enfants et de leur
santé) afin d’apporter une information sûre et la plus large
possible qui manque cruellement à leurs compatriotes.
3-
Nous tenons aussi à rappeler à tous
nos amis et lecteurs que CHAQUE JOUR que Dieu fait c à d :
7jours sur 7 et 365 jours par année, nous – la toute petite équipe
- sommes devant un défi permanent qui consiste à chercher l´information,
à la recouper, à la traiter, à la mettre en page, à
l’envoyer à des milliers d’abonnés et enfin à la publier
sur notre site http://site.voila.fr/archivtn
. Donc, il est très facile – logique même - qu’on puisse oublier
quelques fois de publier un article reçu, et qu’on
n’arrive pas à répondre tout de suite à une requête ou à
certaines questions et/ou demandes de nos abonnés. D’ailleurs des
textes qui nous parviennent sont publiés avec un certain retard car
on n’a pas pu les corriger à temps.
4-
D’autre part, il est vrai que nous
prétendons « oeuvrer pour une information libre et impartiale »,
mais nous n’avons ni les moyens humains et matériels détenus par
un Etat, ou à la disposition d’un parti ou d’une organisation
structurée quelconque. Nous faisons ce travail volontaire et non
rémunéré car nous en avons senti le besoin pour notre pays et
pour nos concitoyens et pour l’avenir de nos enfants. Un point,
c’est tout. Cet effort est un « Ijtihad » qui
n’engage que ses promoteurs et qui ne prétend ni à la
perfection, ni à être complet.
5-
Pour tout ce qui précède, l’équipe
de TUNISNEWS tout en renouvelant son respect pour tous ses amis,
lecteurs, abonnés et en général pour tout citoyen(ne)
Tunisien(ne), tient à rappeler une nouvelle fois qu’elle ne reçoit
ni ordres, ni menaces, ni ultimatums de n’importe quelle personne !
L’équipe
de TUNISNEWS
Infos
Express du 16 mars 2003 de la Ligue Tunisienne pour la défense des
droits de l´homme
Affaire
du Groupe de l´Ariana
Ont
comparu devant le juge d´instruction auprès du tribunal de première
instance de Tunis M.Boubaker Trabelsi , les détenus suivants :
-Hichem
Saadi 21 ans étudiant
-Bilal
Baldi 23 ans étudiant
-Riadh
Louati 23 ans étudiant
-Kabil
Nasri 21 ans étudiant
-Ali
Baldi 24 ans ouvrier
-Kamel
Ben Rjeb 18 ans ouvrier
-Mohamed
Ayari 26 ans étudiant
-anis
hedhli 22 ans étudiant
-Ahmed
Kasri 23 ans étudiant.
Ces
accusés ont été déférés par le procureur de la république
devant le juge d´instruction pour les chefs d´inculpation suivants
:
-
Constitution d´une association dans le but de préparer et
de commettre des agressions contre les personnes et les biens et en
vue de semer la peur et la terreur.
-
Mettre à la disposition d´un local pour la réunion de
cette association.
-
Organisation de réunion sans autorisation.
(
articles 131, 132, 133, 52bis et 32 du code pénal et les articles 2
, 5 , 23 de la loi 4
/1969 du 24/1/1969 sur les réunions.
Les
cinq accusés (Hichem ,
Bilal Baldi ,
Riadh Louati , Kabil
Nasri Ali Baldi ) ont
été arrêtés le 14 février 2003 à «
oued Ramel » (délégation
de sakiet sidi Youssef / gouvernerat du Kef /sur
la
frontière Algérienne / environ 200 km au nord ouest de la
capitale) ils ont été arrêtés alors qu´ils étaient en route
vers l´Algérie pour partir vers l´Irak ou la Palestine ou la tchétchènie
(des volontaires ).
Une
patrouille de la garde nationale a arrêté la voiture louage -suite
à un signal de son
chauffeur
-pour faire le contrôle , à ce moment les cinq accusés ont pris
la fuite et ils ont fait l´objet d´une pourchasse qui a duré des
heures .
Lors de leur arrestation par la garde nationale ils ont été
l´objet de torture et d´agression (coups avec des bâtons, coups
de poings et coups de pieds sur tout le corps) . Riadh Louati qui a
été le dernier parmi eux à être arrêter a été mis a nu et a
été transporté près d´une vallée ou il a
été menacé d´être inondé. Les agressions lui ont causé
des dommages corporels et une de ses dents a été cassé .
Ils
ont été transféré le jour même (14 fevrier 2003 ) au siège du
Ministère de l´Intérieur ( Sûreté de l´Etat ) où ils ont été
laissés les premières vingt quatre heures sans
manger, et où ils ont été violemment
torturés (coups
avec des bâtons, coups de poings et coups de pieds sur tout le
corps, suspension par les mains au plafond, après les avoir dénudés
, suspension accompagnée de coups de bâton sur les pieds et les
bras / poulet rôtie menace
de torture par des électrochocs, menace d´introduction d´un bâton
dans le anus).
Puis
ils ont été transférés le 28 février 2003
à la direction de la section des affaires criminelles de la
police judiciaire. Ils ont signé des P.V de police extraits
sous la torture .
Les
P.V de police prétendent que les arrestations ont commencé le 28 février
2003 alors que des attestations en possession d´avocats prouvent
que ces arrestations ont eu lieu le 24 février 2003
Rappelons
que l´article 13 bis de code de procédure pénale limite la durée
de la garde à vue à trois jours renouvelable par le procureur de
la république une seule fois ; que l´article 251 du code pénal
considère l´arrestation ou la détention sans ordre légal d´une
personne comme un crime punissable d´une peine qui peut aller jusqu´à
la perpétuité ; que l´article 101 bis du même code considère la
torture comme un crime punissable de huit années de prison.
Il
est à noter aussi le juge d´instruction a entendu les détenus en
l´absence de leurs avocats M a déclaré a son avocat que le
juge d´instruction ne lui a pas averti qu´il pouvait ne pas répondre
en l´absence de son avocat alors que le PV prétend qu´il a été
avisé:
**
Les autorités régionales de Monastir (le gouverneur ) ont informé
le comité de la section de Monastir de la LTDH de l´interdiction
de la manifestation contre la guerre et de solidarité avec l´Irak
que la section devait organisé le … .
**
Après avoir informé les autorités régional de Kebili de la
manifestation contre la guerre et de solidarité avec le peuple
Irakien qu´il devait organisé le 13 mars 2003, le président de la
section de Kebili de la LTDH a été convoqué par la police
politique .
Ligue
Tunisienne pour la défense des droits de l´homme
Tunis
le 12 mars 2003
Communiqué
(traduit
de l´Arabe)
La
LTDH annonce que les étudiants de la 4 eme année à l´institut
supérieure de documentation ( spécialité : documentation,
archive et bibliothèque ) seront privés à la fin de l´année
scolaire courante de participer aux concours de recrutements
dans la fonction publique et dans les institutions
à caractère administratif et
ce en application du
décret du 17 /5/1999 qui a amendé le décret du 29 /3/1999 et
qui fixe le statut du corps des gestionnaires de documentation
et d´archives.
Malgré
la grève de ces étudiants
et l´accord du conseil scientifique pour leurs demandes et la
proposition d´amender
le dernier décret
ou de l´abroger et l´accord
de la direction de l´institut, la situation est restée telle
qu´elle.
La
LTDH rappelle la nécessité de respecter le principe de l´égalité
des chances dans le droits au travail pour les diplômés
elle rappelle également qu´il est du rôle du gouvernent
qui veille à l´application des lois d´appliquer le principe
de l´égalité en matière de recrutement quand il s´agit
des institutions qui lui sont rattachées.
La
LTDH qui exprime son soutien à ces étudiants dans leur droit
légitime au travail au même pied d´égalité que tous les
autres appelle
les autorités concernées à revenir sur cette décision
surtout qu´elle les a pris en charge tout au long de leurs études.
La
LTDH compte poursuivre cette affaire jusqu'à ce que ces étudiants
obtiennent leur droit au travail.
Pour
le comité directeur
Le
président
Mokhtar
trifi
الرابطة
التونسية
للدفاع عن
حقوق
الإنسان
أخبار
سريعة 16 مارس
2003
قضية
مجموعة
أريانة
أحيل
يوم
كلّ
من :
هشام
السّعدي
21 سنة
طالب
بلال
البلدي 23 سنة
طالب
رياض
اللّواتي 23
سنة طالب
قبيل
النّاصري 21
سنة طالب
علي
البلدي 24 سنة
عامل
كمال
بن الرّجب 18
سنة عامل
محمد
العياري 26
سنة طالب
أنيس
الهذلي 22 سنة
طالب
أحمد
القصري 23 سنة
طالب
أحيلوا
على حاكم
التّحقيق
بالمكتب
الرّابع
بالمحكمة
الابتدائية
بتونس (السيد
بوبكر
الطّرابلسي
) من طرف
النيابة
العمومية و
ذلك من أجل
التّهم
التّالية :
تكوين
عصابة قصد
تحضير و
ارتكاب
اعتداء على
الأشخاص
و
الممتلكات
لغرض
التّخويف و
التّرويع و
إعداد محلّ
للاجتماع
و
عقد
اجتماعات
بدون رخصة و
المشاركة
في ذلك طبق
الفصول 131 و 132 و
133
و
52مكرر و 32 من
المجلة
الجنائيّة
و الفصول 2 و 5
و 23 من
القانون
عدد
4 لسنة 1969
المؤرخ في 24 / 9
1969 المتعلّق
بالاجتماعات
.
و
قد أوقف
الخمسة
الأوائل
يوم 14 فيفري 2003
بمنطقة
وادي
الرّمل
(معتمدية
ساقية
سيدي يوسف/ولاية
الكاف/ على
الحدود
الجزائريّ/
حوالي
200كلم
شمال غربي
تونس حيث
كانوا في
اتجاه
الجزائر
ومنها إلى
العراق
أو
فلسطين أو,
الشيشان
للتّطوع .
وقد تمّ
إيقافهم
اثر تشكّك
سائق
سيارة
الأجرة
التي كانوا
يستقلونها
فيهم و
إشارته
الأعوان
الحرس
الوطني
الذي
أوقفوا
السيارة
للتّفتيش
مما
جعلهم
يفرّون و قد
حدثت
مطاردة
تواصلت
ساعات (من
الساعة 11 الى
الغروب ) تمّ
على إثرها
القبض
عليهم
و
قد تعرّضوا
أثناء
الإيقاف
الى
التّعذيب و
التّعنيف
الشّديدين
من طرف
الأعوان
( الضّرب
بالعصي و
الرّكل ) و
تعرّض رياض
اللواتي -آخر
الفارين
المقبوض
عليهم - الى
نزع ثيابه و
تمّ حمله
الى واد
قريب و تمّ
تهديده
بالقائه
فيه من طرف
مجموعة من
أعوان
الحرس
أحدهم يحمل
نجمة و
شعارا
و
قد تسبّب
تعنيفه في
كسر أحد
أسنانه و في
أضرار
بدنيّة
وقد
تمّ
نقلهم
الخمسة في
نفس اليوم(14
فيفري 2003
) الى
إدارة أمن
الدّولة
بوزارة
الدّاخليّة
حيث بقوا
هناك
محجوزين
مدّة
أسبوعين
تعرّضوا
خلالها الى
تعذيب
وحشي (
الضّرب
بالعصي و
باليد على
كافة أنحاء
البدن - نزع
الثّياب
و التّعذيب
في وضع
الدّجاج
المصلي
- التّعليق
من اليدين
عاريا
مع
الضّرب -
التّهديد
بالتّعذيب
بالكهرباء -
التّهديد
بإدخال
العصا في
المؤخّرة
) كما بقوا
طيلة الـ24
ساعة
الأولى من
الإيقاف
بدون أكل
وتمّ
تسليمهم
يوم 28 فيفري 2003
الى
الإدارة
الفرعيّة
للقضايا
الإجرامية
لتّابعة
لادارة
الشّرطة
العدليّة
بتونس التي
حرّرت في
شأنهم محضر
بحث
بداية
و محاضر
احتفاظ
بتاريخ 28
فيفري 2003 و قد
أجبروا على
إمضاء
المحاضر
دون
تلاوتها
عليهم خوفا
من
التّعذيب .
و
يلاحظ أنّ
حاكم
التّحقيق
تولّى
سماعهم يوم 6
مارس 2003 دون
حضور
محامييهم
و لم يكن
محاموهم و
عائلاتهم
على علم
بمكان
تواجدهم
ولا
بإحالتهم
على حاكم
التّحقيق
إلا
بعد سماعهم
من طرفه و قد
صرّح قبيل
النّصري
لمحاميهم
بأنّ حاكم
التّحقيق
لم يعلمهم
بحقّه في
عدم
الإجابة في
غياب
محاميه في
حين تمّ
تدوين ذلك
في المحضر.
وللتذكير
فإن الفصل 13
مكرر من
مجلة
الإجراءات
الجزائية
تحدد المدة
القصوى
للاحتفاظ
بثلاثة
أيام فقط،
يمكن
تجديدها
مرة واحدة
بنفس المدة
بإذن
من وكيل
الجمهورية،
وأن الفصل 251
من المجلة
الجنائية
يعتبر
جناية
كل إيقاف
شخص من طرف...بدون
مبرر
قانوني
ويعاقب
عليه في
صورة
مصاحبة
هذا
الإيقاف
بالتهديد
بالعنف
بعقوبة
السجن مدى
الحياة،
وأن
الفصل
101 مكرر من
نفس المجلة
يعتبر
التعذيب
جناية
يعاقب
مرتكبها
بثمانية
سنوات سجن.
**الرابطة
التونسية
للدفاع عن
حقوق
الإنسان
تونس
في 12 مارس 2003
بيان
تعلم
الرابطة
التونسية
للدفاع عن
حقوق
الإنسان أن
طلبة السنة
الرّابعة
بالمعهد
الأعلى
للتوثيق (
اختصاص
توثيق و
مكتبات و
أرشيف )
سيحرمون
حال
تخرّجهم في
نهاية
السنة
الجامعية
الحالية من
حقّ
المشاركة
في
مناظرات
الانتداب
في الوظيفة
العمومية و
المؤسسّات
ذات
الصّبغة
العموميّة
و الإدارية
و ذلك
بمقتضى
الأمر
المؤرّخ في 17
ماي 1999 الذي
نقّح
الأمر
المؤرّخ في 29
مارس 1999
المتعلّق
بضبط
النّظام
الأساسي
الخاص
بسلك
المتصرّفين
في الوثائق
و الأرشيف و
رغم إضراب
طّلبة
السنة
الرّابعة
بالمعهد
المذكور و
موافقة
المجلس
العلمي على
مطالب
الطلبة
وباقتراح
تنقيح
الأمر
الأخير أو
إلغائه و
موافقة
إدارة
المعهد على
ذلك فانّ
الحالة
بقيت على ما
هي عليه .
إن
الرابطة
التونسية
للدفاع عن
حقوق
الإنسان
تذكّر
بضرورة
احترام
مبدأ
المساواة
في الشّغل
لحاملي
الشّهادات
كما تذكّر
بأنّه على
الدّولة
التي
تسهر على
احترام
القانون أن
تطبّق مبدأ
المساواة
في ما
يتعلّق
بالمؤسّسات
التّابعة
لها عند
الانتداب .
و
الرّابطة
التي تساند
هؤلاء
الطّلبة في
حقّهم
المشروع في
العمل بعد
التّخرّج
على قدم
المساواة
مع الجميع
تطالب
السّلط
المعنيّة
بالرجوع في
هذا
القرار
خصوصا و
أنّها
أنفقت على
تعليمهم و
دراستهم
لهذا الغرض
و
ستبقى
الرّابطة
تتابع هذا
الموضوع
حتى يتمكّن
هؤلاء
الطّلبة من
استرداد
حقّهم في
العمل.
عن
الهيئة
المديرة
الرئيس
المختار
الطّريفي
**
أعلمت هيئة
فرع
المنستير
للرابطة
التونسية
للدفاع عن
حقوق
الانسان
يوم
11 مارس 2003 من
طرف السلط
الجهوية (
الوالي )
بمنع
المسيرة
التي
تقدمت
باعلام
لتنظيمها
يوم ... مارس
ضد الحرب و
للتضامن مع
العراق .
Tunisie
Ben Ali serait gravement malade
De notre correspondant à Tunis
La rumeur gagne la Tunisie : le Président a de graves ennuis de
santé. Au départ, c'était comme un chuchotement à peine
audible pour devenir une vraie information circulant entre les
initiés, ceux à qui rien dans les arcanes du Pouvoir n'échappe.
Puis la vraie rumeur, dense et indestructible, s'était autodiffusée
jusqu'à couvrir l'ensemble de la République, de l'Extrême-Nord
à l'Extrême-Sud. Le Président Ben Ali serait atteint d'un
cancer qui n'aurait pas été dépisté à temps. Intox ou info ?
La question reste lancinante jusqu'à ce
que, d'une manière inattendue et sans que cela fut, comme
d'habitude, longtemps préparé à l'avance, Ben Ali s'avise
d'accomplir le rite du hadj avec tous les membres de sa famille :
sa femme Leïla, ses deux filles issues de son mariage avec
celle-ci, son beau-frère Belhassen Trabelsi et ses proches.
Intuitivement, l'opinion publique tunisienne a lié la rumeur de
sa grave maladie à son irruption, sans crier gare, dans les Lieux
saints. Pour les Tunisiens que nous avons pu entendre, Ben Ali y
était allé pour se remettre auprès du Seigneur de ses ennuis de
santé.
D'autant que les images que
renvoyaient la TV de ses circonvolutions autour de la Kaâba révélaient
un Ben Ali sérieusement amaigri avec un visage portant
visiblement les traces d'une surmédication. Ce qui est sûr en
revanche, c'est que ces images ont fini par convaincre les
Tunisiens que la grave maladie de Ben Ali ne relève pas de la
rumeur mais désormais de la certitude d'autant plus qu'une
confirmation médicale et très crédible allait enfoncer le clou.
En effet, le professeur et spécialiste
français de renom, le docteur Rousselet, vient de révéler à
certains de ses confrères tunisiens que le Président Ben Ali était
bien atteint d'un cancer des glandes séminales. Cette révélation
d'un grand nom de la médecine française n'a, pour l'instant, pas
été divulguée. Nul doute qu'elle va entraîner démentis et
confirmation embarrassés de la part du Pouvoir tunisien, que
cette soudaine maladie du chef de l'Etat tunisien met dans une
situation inextricable à l'approche des élections présidentielles.
Commentaire
de TUNISNEWS:
Nous
avons demandé dés le début de la circulation des rumeurs
concernant la santé de M. Ben Ali de traiter les tunisiens en
Majeurs et de publier un bulletin détaillé de l’état de santé
du Président de la République par ses médecins traitants. Nous
maintenons notre requête et appelons toutes les parties concernées
(personnalités, organisations, partis, syndicates,.. ) de tout
faire pour convaincre “le régime” de la nécessité de dire
la vérité – rien que la vérité – au people et aux
partenaires économiques et poéitiques du pays.
Nous
estimons, à notre humble avis, que faire perdurer la rumeur et
l’incertitude sur un sujet aussi sensible nuit profondément aux
intérêts du pays.
Ben
Ali envoie son ministre des Affaires étrangères à Bagdad
AFP, le 16.03.2003 à 20h38
TUNIS, 16 mars (AFP) - Le président tunisien Zine El
Abidine Ben Ali a
envoyé dimanche soir son ministre des Affaires étrangères,
Habib Ben Yahia, comme envoyé spécial auprès du président
Saddam Hussein à
Bagdad, a indiqué à l'AFP à Tunis un responsable
tunisien.
M. Ben Yahia est membre de la délégation ministérielle
arabe, créée début
mars par le sommet arabe de Charm el Cheik (Egypte) avec
les membres du Conseil de sécurité de l'Onu, en
particulier les membres
permanents et le secrrétaire général de l'ONU, Koffi Annan.
La commission ministérielle, composée des chefs de la
diplomatie d'Egypte,
de Tunisie, du Liban, de Syrie, de Bahrein et de M. Amr
Moussa, secrétaire général de la Ligue arabe, a pour
mission de présenter
un front uni de refus d'une attaque contre l'Irak.
AFP
Le
ministre des AE tunisien à
Bagdad
pour une
mission de bons offices
AFP,
le 16.03.2003 à 21h24
BAGDAD, 16 mars (AFP) - Le ministre des Affaires Etrangères
tunisien, Habib Ben Yahia, est arrivé dimanche soir à
Bagdad pour une
mission de bons offices, a constaté un journaliste de l'AFP.
Le président tunisien Zine El Abidine Ben Ali l'a dépêché
auprès du président
Saddam Hussein pour "délivrer un message de paix",
a-t-il déclaré à la presse à son arrivée.
"Par cette visite, la Tunisie entend contribuer à
trouver des solutions
pacifiques auxquelles s'attendent les mondes arabe et
islamique", a ajouté le ministre.
M.
Ben Yahia est membre du comité ministériel arabe, créé début
mars durant le sommet arabe de Charm El-Cheik (Egypte).
Ce comité ministériel est composé des chefs de la
diplomatie d'Egypte,
de Tunisie, du Liban, de Syrie, de Bahrein et du
secrétaire général de la Ligue arabe Amr Moussa.
L'Irak a refusé de recevoir ce comité ministériel et des
dissensions interarabes ont empoisonné la mission de cette
commission depuis sa création.
AFP
Emissaire
du président tunisien à Bagdad
Associated Press, le 17.03.2003 à 12h38
TUNIS
(AP) -- Le ministre tunisien des Affaires étrangères, Habib Ben
Yahia, se trouve depuis dimanche soir à Bagdad en tant qu'envoyé
spécial du président Zine El Abidine Ben Ali auprès du président
irakien Saddam Hussein, a-t-on appris lundi de source proche des
milieux officiels.
M. Ben Yahia est arrivé dimanche dans la capitale
irakienne "porteur
d'un message" du chef de l'Etat tunisien à son homologue
irakien, dont la teneur n'a pas été précisée. Selon
la même source, cette visite s'inscrit dans le droit fil des
efforts que ne cesse de
déployer la diplomatie tunisienne en vue "d'un règlement
pacifique"
de la crise irakienne.
La
Tunisie fait partie du comité chargé par le dernier sommet arabe
de Charm el-Cheikh (Egypte) d'entreprendre des bons offices auprès
des membres permanents du Conseil de sécurité de l'ONU dans le
but de faire pencher la balance vers l'option pacifique.
Comprenant
le secrétaire général de la Ligue arabe, l'égyptien Amr
Moussa, et les ministres des affaires étrangères bahreini, égyptien,
libanais, syrien et tunisien, ce comité n'a pu mener à terme sa
mission en raison de dissensions entre ses membres, d'une part,
et du refus de
Washington
comme de
Bagdad
de le recevoir.
Au même titre que les autres capitales du
Maghreb
,
Alger et
Rabat
,
Tunis
a constamment plaidé "pour un règlement de la crise
irakienne par les voies pacifiques, dans le respect de la légalité
internationale".
Associated
Press
Saddam
Hussein espère qu'une guerre "n'aura pas lieu"
AFP, le 17.03.2003 à 15h49
BAGDAD, 17 mars (AFP) - Le président irakien Saddam
Hussein a espéré lundi que la "guerre n'aura pas
lieu" tout en promettant la défaite aux Etats-Unis
s'ils attaquaient son pays, a rapporté la télévision
irakienne.
"Nous espérons que la guerre n'aura pas lieu pour ne
pas avoir, grâce à Dieu, à tester le courage et la résistance
de notre peuple", a déclaré Saddam Hussein, cité
par la télévision, en recevant le ministre tunisien des
Affaires étrangères Habib Ben Yahia.
"Nous sommes prêts à sacrifier nos âmes, nos
enfants et nos familles pour ne pas abandonner l'Irak.
Nous le disons pour que personne ne s'imagine que l'Amérique
est capable de briser la volonté des Irakiens par les
armes", a-t-il ajouté.
"Si le mal (la guerre) devait arriver, nous allons
vaincre (les Etats-Unis)", a-t-il poursuivi.
L'émissaire
du président tunisien reçu par Saddam Hussein
Associated Press, le 17.03.2003 à 17h44
TUNIS (AP) -- Le ministre tunisien des affaires étrangères,
Habib Ben Yahia, a été reçu lundi par le président Saddam
Hussein, selon l'agence tunisienne de presse TAP.
L'émissaire de Tunis a transmis au président irakien
"un message verbal se rapportant à la situation actuelle
et aux efforts tendant à apporter une solution pacifique à la
question irakienne".
M. Ben Yahia est arrivé dimanche dans la capitale
irakienne porteur d'un message" du chef de l'Etat tunisien,
Zine El Abidine Ben Ali, à son homologue irakien, dont la
teneur n'a pas été précisée. Selon la même source, cette
visite s'inscrit dans le droit fil des efforts que ne cesse de déployer
la diplomatie tunisienne en vue "d'un règlement
pacifique" de la crise irakienne.
La Tunisie fait partie du comité chargé par le dernier
sommet arabe de Charm el-Cheikh (Egypte) d'entreprendre des bons
offices auprès des membres permanents du Conseil de sécurité
de l'ONU dans le but de faire pencher la balance vers l'option
pacifique.
Comprenant le secrétaire général de la Ligue arabe, l'égyptien
Amr Moussa, et les ministres des affaires étrangères bahreini,
égyptien, libanais, syrien et tunisien, ce comité n'a pu mener
à terme sa mission en raison de dissensions entre ses membres,
d'une part, et du refus de Washington comme de Bagdad de le
recevoir.
Au même titre que les autres capitales du Maghreb, Alger
et Rabat, Tunis a constamment plaidé "pour un règlement
de la crise irakienne par les voies pacifiques, dans le respect
de la légalité internationale".
Associated Press
FLASH
INFOS
Secousse tellurique à Sidi Bouzid
Les stations sismologiques de l'Institut national de la météorologie
nationale ont enregistré, hier, à 18h07 (heure locale) une
secousse tellurique d'une magnitude de 4,3 degrés sur l'échelle
de Richter qui en compte neuf. L'épicentre de la secousse se
situait, selon les analyses sismiques préliminaires par 35,13
degrés de latitude et 09,68 de longitude, dans la zone de
Fayedh (gouvernorat de Sidi Bouzid).
(Source: Le Temps du 17 mars 2003, d’aprés
le portail Babelweb)
Commerce extérieur — Janvier et
février 2003
Net accroissement des exportations
Le volume des échanges commerciaux de la Tunisie avec l’extérieur
a atteint, au cours des premiers mois de 2003, une valeur de
1.713,7 millions de dinars à l’exportation et 2.136,5
millions de dinars à l’importation.
Les échanges ont, ainsi, enregistré un accroissement de 12,7%
à l’exportation et de 2,8% à l’importation par rapport aux
deux premiers mois de 2002.
Le taux de couverture s’est amélioré pour atteindre 80,2% au
cours de cette période contre respectivement 73,1% et 69,4% au
cours des mêmes périodes de 2002 et 2001.
(Source: La Presse du 17 mars 2003)
La Tunisie reconduite à la présidence
de l'Association vétérinaire euro-arabe
Au cours de sa dernière assemblée générale tenue à Paris,
l'Association vétérinaire euro-arabe a décidé de reconduire
la Tunisie à sa présidence pour un nouveau mandat de 3 ans en
la personne du docteur Faouzi Kechrid. L'Association vétérinaire
euro-arabe a été fondée en novembre 1997 à l'issue de la
tenue à Tunis du 1er congrès vétérinaire euro-arabe. Les
membres de l’association ont choisi à l'unanimité son siège
à Tunis.
Le nouveau bureau directeur élu pour le mandat 2003-2005
comprend : la Tunisie (président), la France, le Liban,
l'Espagne et la Grèce. D'autre part, il a été décidé
d'organiser la réunion du bureau exécutif les 24 et 25 mars à
Tunis et le congrès scientifique du 17 au 20 mai prochain à
Paris, en marge des travaux de la 71ème session générale de
l'OIE (Office international des épizooties).
(Source: La Presse du 17 mars 2003,
d’aprés le portail Babelweb)
Un nouveau site pour le planning
familial
L'Association tunisienne du planning familial a désormais son
site web. Celui-ci donne l'historique de l'Atpf ainsi que ses
programmes et actions sur le terrain. Le site accorde une grande
place à l'éducation des jeunes dans le domaine de la santé de
la reproduction et des maladies sexuellement transmissibles.
Tapez vite : www.atpf-jeunes.org.tn
(Source: Le Temps du 17 mars 2003, d’aprés
le portail Babelweb)
Le
Chef de l'Etat dépêche un envoyé spécial auprès du Président
Saddam Husseïn
17/03/2003-- Le Président Saddam Husseïn, Président de la
République d'Irak, a reçu M. Habib Ben Yahia, ministre des
Affaires étrangères et envoyé spécial du Président Zine
El Abidine Ben Ali.
Le ministre des Affaires étrangères a transmis au Pésident
irakien un message verbal se rapportant à la situation
actuelle et aux efforts tendant à apporter une solution
pacifique à la question irakienne.
(Source: le site official
www.infotunisie.com )
CNRPS : Un plafond de 200
dinars par an et par famille
A la CNRPS la barre maximum annuelle de remboursement de
frais médicaux (visites médicales et achat de médicaments
pour maladies ordinaires, et non les maladies de longue durée)
n'est que de 200 dinars par affilié y compris conjoints,
enfants et éventuels ascendants en charge...
Cc qui est, il faut le reconnaître, un peu "étriqué"
au vu des prix où sont actuellement les visites médicales
et les médicaments.
(Source: Le Temps du 17 mars 2003,
d’aprés le portail Babelweb)
Ariana : Projet tous azimuts
Les projets de tous bords ont été "mis sur pied"
dans le cadre du développement intégral dans le
gouvernorat de l'Ariana. Nous en citerons l'essentiel à
savoir :
-Modernisation de 4780 hectares du périmètre irrigué de
Sidi Thabet -Même opération sur 3000 hectares à Borj
Touil avec ajout éventuel de 1000 hectares. -Protection du
port de pêche de Kalaat El -Démarrage des travaux d'aménagement
de deux espaces industriels à M'nihla et identification de
la parcelle qui accueillera la zone industrielle de Békri
(Sidi Thabet). -Mise en place d'un projet de trois échangeurs
sur la RN8 (Tunis - Bizerte) au niveau de Borj Louzir -Réhabilitation
des cités Attadhamen, Sidi Salah (Soukra) et En-Nasr
(Raoucd) -Création d'un complexe sportif à Borj Louzir
(pour un montant estimé à 2 millions de dinars) et enfin
transformation de la salle de judo de Kalaat El Andalous en
salle omnisports couverte.
(Source: Le Temps du 17 mars 2003,
d’aprés le portail Babelweb)
Mise à
jour du 16 Mars 2003 du site
(Message
envoyé à TUNISNEWS par [L'autre Tunisie] )
Football: Roger Lemerre
choisit un adjoint tunisien
TUNIS
(AP) -- Le sélectionneur de l'équipe de Tunisie de football,
Roger Lemerre, a trouvé un adjoint, plus de cinq mois après sa
prise de fonction.
Selon le journal "Le Quotidien" de
Tunis
,
le choix du technicien français s'est porté sur Nabil Maâloul,
un ancien joueur international de l'Espérance de
Tunis
,
le club le plus titré du championnat tunisien, que Lemerre
avait entraîné en 1985.
Pour justifier ce "retard" dans la nomination
d'un adjoint, l'ancien sélectionneur des Bleus avait fait
valoir qu'une telle décision ne devait pas "être prise à
la légère".
L'assistant de Lemerre prendra ses fonctions lors du
stage que doit effectuer la sélection tunisienne à partir du
24 mars, en prévision du tournoi international qui aura lieu à
Tunis
du 27 au 30 mars avec la participation de la Tunisie, du
Cameroun, du Ghana et
de Madagascar.
Ce tournoi entre dans le cadre de la préparation du Onze
tunisien à
la coupe d'Afrique des nations (CAN) que la Tunisie organisera
en 2004.
Roger Lemerre a signé en octobre dernier un contrat le
liant à la Fédération
tunisienne de football (FTF) jusqu'à cette échéance.
Associated
Press, le 15.03.2003 à 20h08
ارتفاع
عائدات
السياحة فى
تونس
تونس
- قنا : بلغ
الحجم
الاجمالى
لعائدات
السياحة فى
تونس خلال
الشهرين
الاولين من
العام
الحالى ما
قيمته 3ر239
مليون
دينار
مقابل 6ر223
مليون
دينار خلال
نفس الفترة
من العام
الماضى
مسجلة نموا
بنسبة 02ر7
بالمئة0
وذكر تقرير
اقتصادى ان
عدد السياح
الاجانب
الوافدين
الى تونس
بلغ فى شهر
يناير
الماضى 232
الف سائح
مسجلا نموا
بنسبة 4ر5
بالمئة
مقارنة مع
نفس الشهر
من العام
الماضى0
وتتوقع
الجهات
المعنية
بالقطاع
السياحى ان
تبلغ
عائدات هذا
القطاع فى
نهاية
العام
الحالى ما
قيمته 3ر2
مليار
دولار وان
يصل عدد
السياح الى 5ر5
مليون سائح 0
وكان عدد
السياح
الوافدين
الى تونس
الذى بلغ 06ر5
مليون سائح
العام
الماضى قد
سجل تراجعا
بنسبة 24ر6
بالمئة
مقارنة مع
عام 2001 0 ويشار
الى ان قطاع
السياحة فى
تونس الذى
يعد ثانى
قطاع بعد
القطاع
الزراعى
موفر لفرص
العمل
يساهم
بنسبة 8
بالمئة فى
الناتج
المحلى
التونسى0
(المصدر:
صحيفة
الراية
القطرية
بتاريخ 17
مارس 2003)
Alerte
lancée par Human Rights Watch
Avocats
et défenseurs des droits humains sous forte pression en Tunisie
le
17 mars 2003
Les
avocats tunisiens qui sont de plus en plus déterminés à défendre
les droits humains et à soulever ouvertement la question de
l’absence d’indépendance de l’appareil judiciaire se
trouvent aujourd’hui harcelés par les autorités tunisiennes.
Ce nouvel état d’esprit qui anime les avocats est caractérisé
par le nouveau Conseil de l’Ordre du barreau de Tunisie ainsi
que par la création de nouvelles associations de défense des
droits humains créées depuis quinze mois.
Le
13 mars 2003, le conseil de l’Ordre National des Avocats de
Tunisie (ci-après le conseil de l’Ordre), après avoir été
reçu la veille par le Ministre de la Justice, M. Béchir
Tekkari, a annoncé le report d’une série d’actions, ce
pour donner le temps à l’Ordre de se rendre compte de la
volonté réelle du gouvernement de prendre en compte les préoccupations
de la profession. Ces préoccupations incluent les agressions
physiques commises par des agents de la police en civil et qui
se sont déroulées en décembre 2002 ainsi
que le refus des tribunaux tunisiens d’examiner la plainte déposée
par le Conseil de l’Ordre au nom des avocats agressés.
Le 10 mars 2003, l’Ordre National des Avocats de
Tunisie (ci-après l’Ordre) avait annoncé que les actions de
protestation commenceraient le 13 mars et prendraient par la
suite la forme de manifestations publiques, arrêts de travail
et d’une journée de grève.
L’Ordre
lui-même fait face en tant qu’association à une plainte en
justice déposée à son encontre pour des raisons motivées
politiquement. Cette plainte a fait suite à une journée de grève
en février 2002 largement suivie, consécutive à l’appel
lancé par l’Ordre pour protester contre les violations des
droits des accusés à un procès équitable. La dernière
audience concernant cette procédure diligentée à l’encontre
de l’Ordre s’est déroulée le 25 février 2003 et a été
suivie par de nombreux observateurs internationaux dont un
observateur envoyé par Human Rights Watch.
Par
ailleurs, plusieurs avocats font partie des défenseurs des
droits humains qui sont soumis à une constante surveillance
policière, pratique qui viole le droit fondamental au respect
de la vie privée. Cette surveillance porte également atteinte
à l’autonomie financière des avocats dont certains clients,
intimidés, s’adressent à d’autres confrères.
La
plupart des avocats qui ont été récemment la cible des
violences décrites ci-dessus sont actifs dans deux nouvelles
associations auxquelles les autorités ont refusé toute
reconnaissance juridique, le Centre Tunisien pour l’Indépendance
de la Justice (CTIJ) et l’Association Internationale de
Soutien aux Prisonniers Politiques (AISPP).
Agressions
physiques contre les avocats
La
récente vague d’agressions physiques dirigée contre les
avocats actifs dans la défense des droits humains a commencé
le 11 décembre 2002 à 13h30 lorsque le fondateur de la CTIJ,
le juge Mokhtar Yahyaoui s’apprêtait
à rentrer dans l’immeuble rue Charles de Gaulle au centre de
Tunis, immeuble dans lequel est situé le cabinet d’avocat de
Me Noureddine Bhiri et de sa femme Me Saïda
Akremi. Me Bhiri est un membre du bureau exécutif de
la CTIJ, Me Akremi étant quant à elle la secrétaire
générale de l’AISPP.
Cette
agression n’est pas la première dont est victime M. Yahyaoui.
Le 5 avril 2002, après avoir quitté une manifestation de
soutien au peuple palestinien organisée à Tunis, les forces de
police l’obligèrent sans autre explication à rentrer dans
une voiture qui le déposa au bord de la route à 20 kilomètres
de Tunis.
Les
ennuis de M. Yahyaoui ont commencé peu après qu’il soit
devenu le premier juge en exercice à dénoncer l’absence
d’indépendance de l’appareil judiciaire en Tunisie. Par une
lettre ouverte datée du 6 juillet 2001, M. Yahyaoui, alors Président
de la dixième chambre civil du Tribunal de Première Instance
de Tunis, s’adressait en ces termes au Président Zine
el-Abidine Ben Ali:
[Les
juges rendent] des verdicts qui leur sont dictés par
l’autorité politique et qui ne sont susceptibles de faire
l’objet d’aucune prise de distances ou de critique.…
La justice tunisienne est soumise à l’implacable tutelle
d’une catégorie d’opportunistes et de courtisans qui sont
parvenus à constituer une véritable justice parallèle qui se
situe hors de toutes les normes de la légalité…. Monsieur le
Président, vos responsabilités constitutionnelles vous font
obligation de prendre les décisions que nécessite la levée de
toute tutelle sur la justice et sur toutes les institutions de
l’Etat.
Après
cette lettre ouverte, M. Yahyaoui fut l’objet de menaces
anonymes, de mesures de surveillance, d’interdiction de
voyager, de coupures de sa ligne téléphonique et d’autres
formes de harcèlement qui se sont intensifiées après qu’il
ait annoncé la création du CTIJ en décembre 2001. Le 29 décembre
2001, le Conseil de Discipline de la Magistrature démettait M.
Yahyaoui de ses fonctions pour « atteinte à l'honneur de
la magistrature », pour « manquement au devoir
professionnel» et pour « manquement à l'obligation de réserve ».
M. Yahyaoui a fait appel de cette décision devant un tribunal
administratif.
Le
10 décembre 2002, la veille de la dernière agression en date
commise à son encontre, M. Yahyaoui rédigeait un communiqué
appellant de manière urgente à la fin des mesures
d’isolement dirigées à l’encontre de 23 prisonniers
politiques, certains d’entre eux étant à l’isolement
depuis plus de 10 ans. M. Yahyaoui a signé le communiqué au
nom de l’AISPP, organisation dont il avait été l’un des
co-fondateurs un mois plus tôt.
Le
13 décembre, des policiers en civil ont agressé plusieurs
avocats devant l’entrée du bâtiment dans lequel se trouve le
cabinet d’avocat Bhiri-Akremi. L’identité des agresseurs
peut être déterminée par la manière dont l’agression
s’est déroulée, les policiers agissant en grand nombre,
choisissant d’agresser certains avocats déterminés et
bloquant l’entrée du bâtiment aux autres. Cette agression
dura près de deux heures, en milieu de journée, un jour
ouvrable, dans une rue fréquentée du centre ville, ce sans
provoquer l’intervention de la police en uniforme.
Mes
Bhiri et Akremi furent eux-mêmes battus alors qu’ils
sortaient avec leurs enfants de leur véhicule garé en face de
leur cabinet. Leur fils cadet, âgé de 13 ans, reçut un coup
de poing en pleine figure. Me Akremi fut emmenée
dans un véhicule banalisé à un poste de police où elle fut
retenue plusieurs heures pour interrogatoire et relâchée.
Des
policiers en civil ont également agressé Lassad Jouhri, membre
de l’AISPP qui se trouvait dans le même bâtiment. Il a dû
être traité à l’hôpital Habib Thameur pour ses blessures
plus tard dans la journée, comme le prouve le certificat médical
fait à l’hôpital. Jouhri, anciennement incarcéré,
aujourd’hui handicapé, a également été agressé le 28 août
2002 par 5 hommes qui cassèrent en deux l’une de ses béquilles
et le frappèrent avec. Les hommes refusèrent de s’identifier
comme des policiers auprès de Jouhri. Toutefois, lorsqu’ils
ordonnèrent à un policier en uniforme de ne pas intervenir,
ils s’identifièrent comme des agents de la sécurité.
Le
13 décembre 2002, peu de temps après la détention de Me
Akremi, des policiers en civil agressèrent également
d’autres avocats qui se dirigeaient vers le bâtiment dans
lequel se trouve le cabinet Me Akremi. Parmi les
avocats agressés se trouve Me Abderraouf Ayadi, secrétaire
général du Conseil National pour les Libertés en Tunisie
(CNLT). Ces policiers en civil plus tard dispersèrent les
avocats qui tentaient de se rendre au même cabinet, ayant eu
vent des événements de la matinée. Parmi les avocats dispersés
se trouvaient Me Mokhtar Trifi, président de la
Ligue Tunisienne de défense des Droits de l’Homme (LTDH), et
Me Youssef Rezgui, président de l’Association
Tunisienne des Jeunes Avocats (ATJA). Me Rezgui reçu
un coup de poing et une gifle en pleine figure, cela engendrant,
selon le certificat médical établit, la perforation d’un
tympan, une baisse d’acuité auditive et des coupures au
visage.
Le
même jour, lors d’incidents séparés, deux autres membres
fondateurs de l’AISPP, Mes Samir Ben Amor et Samir
Dilou, furent détenus pendant plusieurs heures et interrogés.
M. Dilou fut battu lors de son arrestation et obtint plus tard
dans la journée un certificat médical confirmant que les
blessures constatées provenaient bien de coups reçus à la tête.
Le
lendemain, la police arrêta M. Yahyaoui et l’emmena dans les
locaux du ministère de l’Intérieur, où il y fut détenu
pendant cinq heures pour y être interrogé. M. Yahyaoui déclarera
plus tard que les questions qui lui furent posées portaient sur
ses activités au sein de l’AISPP. Cette association demeure légalement
« non reconnue », les autorités ayant empêché ses
fondateurs de remplir les formulaires requis par la Loi sur les
Associations pour obtenir la reconnaissance légale de
l’association. M. Yahyaoui, Me Akremi et d’autres
membres fondateurs tentèrent le 14 novembre 2002 de remplir les
formulaires adéquats mais le fonctionnaire compétent au siège
du Gouvernorat de Tunis (qui fait partie du Ministère de
l’Intérieur) refusa d’accepter ou d’accuser réception de
ces documents, ce en violation de la Loi sur les Associations.
Le
22 novembre 2002, la police arrêta pendant plusieurs heures le
président de l’AISPP, Me Mohamed Nouri, ainsi que
Me Noureddine Bhiri et leur posèrent des questions
sur les activités de l’AISPP.
Le
CTIJ quant à lui demeure « non reconnu » 15 mois
après que les fonctionnaires du gouvernorat de Tunis aient
refusé le 26 décembre 2001 d’accepter les formulaires nécessaires
à la création du CTIJ et de remettre un récépissé à M.
Yahyaoui et aux autres co-fondateurs de cette organisation.
Par
ailleurs, deux des plus éminentes organisations de défense des
droits humains de Tunisie, la LTDH et le CNLT, se trouvent
aujourd’hui sous pression juridique. Le 2 mars 1999, le
Ministre de l’intérieur rejetait les tentatives du CNLT
d’obtenir une reconnaissance légale, justifiant cette décision
uniquement en déclarant que le CNLT ne remplissait pas
certaines des conditions spécifiées par la Loi sur les
Associations. Cela sans autres détails et sans spécifier
quelles conditions en particulier n’avaient pas été
remplies.
Le
CNLT, le 1999, a fait appel de cette décision devant un
tribunal administratif, comme le lui permet l’article 5 de la
Loi sur les Associations. Le CNLT a poursuivi ses activités après
avoir affirmé
« sa détermination à exercer ouvertement et sereinement
la liberté que lui garantit la constitution de la République »
et les instruments internationaux sur les droits humains.
Dans
un entretien publié par le quotidien Le
Monde daté du 6 avril 2001, le ministre chargé alors des
Droits de l’Homme, M. Slaheddine Maâoui, déclara, « Le
CNLT s'est présenté en 1999 comme une association, alors que
ses objectifs sont plutôt ceux d'un parti politique. Il a donc
reçu un refus justifié ». Pourtant,
trois ans après que le CNLT ait fait appel devant le tribunal
administratif, l’organisation attend toujours que son appel
soit examiné.
Selon
l’article 30 de la Loi sur les Associations, les personnes
reconnues coupables d’avoir collaboré avec une association
« non reconnue » sont passibles de peines de prison
allant d’un à cinq ans de prison et d’une amende allant de
100 à 1000 dinars (l’équivalent de 60 à 600 dollars américains).
Le 30 décembre 2000, Moncef Marzouki, ancien porte-parole du
CNLT, était reconnu coupable uniquement de ce délit ainsi que
d’avoir diffusé de « fausses » informations. Il
fut condamné à une peine d’une année de prison, peine réduite
ensuite en appel à une peine avec sursis.
La
LTDH a, pour sa part, décidé de ne pas respecter l’arrêt
rendu par la Cour d’Appel au mois de juin 2001 qui ordonnait
la nullité de l’élection de son comité exécutif dynamique
et indépendant ainsi que la tenue de nouvelles élections dans
un délai de douze mois à compter de la date du jugement.
L’arrêt fut rendu à la suite d’une plainte qui fut déposée
pour des questions procédurales à l’initiative de membres de
cette association, de la même façon que la procédure initiée
contre le Conseil de l’Ordre. Les circonstances dans
lesquelles ces procédures sont initiées démontrent que le
gouvernement tunisien les considère comme des moyens
d’entraver les organes dirigeants tant de la LTDH que de
l’Ordre, organes dirigeants nouvellement élus et faisant
preuve d’indépendance de vue.
Tandis que les autorités n’ont pris aucune mesure pour faire
appliquer le jugement de juin 2001 à l’encontre du comité exécutif
de la LTDH, cet arrêt continue toutefois de constituer une épée
de Damoclès pour cette organisation.
Le
Conseil de l’Ordre des Avocats est attaqué en justice et dépose
lui-même plainte
Le
26 décembre 2002, le conseil de l’Ordre déposait une plainte
pénale au nom des avocats victimes des agressions physiques du
13 décembre 2002, ainsi qu’au nom de Mes Bhiri,
Akremi, Nouri et Nasraoui dont les études font constamment
l’objet de surveillances policières, ce qui nuit à la marche
financière de leur cabinet. A ce jour, aucune suite n’a été
donnée à cette plainte pénale déposée sous le numéro de
procédure 7061799/2002.
Le
16 février 2003, le conseil de l’Ordre se réunissait en
assemblée extraordinaire pour faire le point. Le Conseil adopta
une résolution dénonçant « vigoureusement
les agressions physiques et morales émanant d’agents de la
police sur les consœurs et confrères» et protestant
« contre le refus du Ministère public (…) d’examiner
la plainte déposée depuis le 26/12/2002 au nom des avocats
victimes des dites agressions». La résolution du conseil
de l’Ordre appelle ensuite de ses vœux « la
constitution d’une commission regroupant le Ministère de la
Justice, le Conseil de l’Ordre et la Ligue Tunisienne des
Droits de l’Homme pour mener une enquête et établir la vérité
sur ces agressions». Enfin le Conseil annonce son intention
de mettre sur pied une série graduelle de mesures de
protestations, commençant par le port du brassard rouge et
allant jusqu’à une manifestation de l’ensemble des avocats
devant le ministère de la Justice, ainsi qu’une journée entière
d’arrêt de travail.
Les
relations entre le gouvernement et l’Ordre se sont tendues
depuis l’élection de Me Béchir Essid, figure éminente
de l’opposition et ancien prisonnier politique, au poste de bâtonnier
de l’Ordre le 17 juin 2001. Sous son impulsion, l’habituelle
déférence observée par l’Ordre envers la politique du
gouvernement s’est transformée en dénonciations fréquentes
des obstacles imposés par le gouvernement à la possibilité
pour les avocats de défendre efficacement leurs clients dans
les procès à connotation politique.
Après
que la police ait utilisé des moyens de répression sans précédent
à l’intérieur même de la salle d’audience pendant le procès
du dissident Hamma Hammami et de deux co-défendants le 2 février
2002, le conseil de l’Ordre a appelé à une grève nationale
d’une journée le 7 février 2002. Cet appel à la grève a été
suivi par la plupart des 3500 avocats membres de l’Ordre.
Le
gouvernement a réagi de façon hostile à cette grève. Lors
d’une conférence de presse tenue le 7 février 2002, le
Ministre de la Justice Béchir Tekkari a déclaré que la grève
était « illégale » et a indiqué qu’un certain
nombre d’avocats étaient en train de préparer une plainte
pour contester sa légalité.
Au
moment où le Ministre de la justice faisait sa déclaration,
six membres de l’Ordre déposaient une plainte civile
demandant que la Cour déclare illégal l’appel à la grève décrétée
par le conseil de l’Ordre au motif que cet appel violait la
loi no. 89-87 du 7 septembre 1989 portant sur l’organisation
de la profession d’avocat.
Les
plaignants, pour la plupart membres du RCD (Rassemblement
Constitutionnel Démocratique), le parti au pouvoir, considèrent
que cette grève représente une violation de leurs libertés
fondamentales, dont celle du droit au travail. Ils prétendent
par ailleurs que l’un de leur intérêt à la procédure réside
dans le fait d’éviter les sanctions que l’Ordre pourrait
imposer à ses membres qui n’avaient pas suivi l’appel à la
grève.
Le
Bâtonnier Béchir Essid a indiqué publiquement que l’Ordre
n’avait pas l’intention de prendre des mesures
disciplinaires à l’encontre des avocats qui avaient décidé
de ne pas faire grève. Malgré cela, les avocats plaignants
refusèrent de retirer leur plainte civile. Ces avocats
maintiennent que l’article 62 de la Loi 89-87 fournit une
liste des pouvoirs dont est investit le conseil de l’Ordre,
cette liste étant exhaustive. La capacité de décréter une grève
n’étant pas expressément mentionnée, cette faculté serait
du seul ressort de l’Assemblée générale. Les plaignants
demandent donc que la Cour juge que le Conseil de l’Ordre était
dépourvu du pouvoir légal de décréter une grève de la
profession. Un tel jugement pourrait affaiblir le pouvoir du Bâtonnat.
Le
Conseil de l’Ordre a répondu en soulignant que les pouvoirs
énumérés par l’Article 62 ne sont pas exhaustifs et que le
droit de grève a toujours été reconnu comme une prérogative
appartenant au Conseil de l’Ordre, preuve étant le fait
qu’aucune plainte n’avait été déposée lors des précédentes
grèves décrétées par le Conseil de l’Ordre en application
de ce même Article 62. Le Conseil de l’Ordre souligne enfin
que les poursuites intentées à son encontre sont motivées
politiquement comme le démontre le fait que le Ministre de la
Justice ait déclaré que le dépôt des plaintes était
imminent.
Le
cas a été présenté devant la Cour d’Appel à Tunis le 2
avril 2002.
Lors de cette audience, les défendants ont obtenu un report
afin de pouvoir préparer leur défense. Depuis, la procédure a
été reportée à six reprises, la plupart du temps, si ce
n’est à chaque fois, sur la demande des plaignants. Le 25 février
2003, l’audience fut à nouveau reportée au 22 avril 2003.
Des
observateurs internationaux ont assisté à chacune des
audiences de cette procédure. Des observateurs étaient donc également
présents le 22 février 2003. Parmi ces observateurs se
trouvaient Pierre Lyon-Caen, Avocat général auprès de la Cour
de Cassation de Paris et représentant la Commission
Internationale de Juristes (ICJ), la Fédération Internationale
des Ligues des Droits de l’Homme (FIDH) et Avocats sans Frontières,
Me Thomas Braun représentant le Barreau de Bruxelles
et Me Vincent Asselineau représentant le Barreau de
Paris. Des diplomates des ambassades des Etats-Unis, de la
Grande Bretagne, de Suisse et des Pays-Bas étaient également
présents. L’observateur de Human Rights Watch, l’avocat
suisse Alain Werner, passa deux jours à Tunis et assista à
l’audience sans rencontrer d’obstacles.
Pourtant,
tous les observateurs étrangers n’eurent pas accès au
tribunal. Le jour précédent l’audience, les autorités de
l’aéroport international de Tunis-Carthage refusèrent
l’entrée à deux avocats néerlandais, Mes Jan
Hofdÿk et Willem Van Manem. Ces deux membres du Barreau
d’Amsterdam étaient venus assister à l’audience. Une
troisième avocate néerlandaise, Me Bernadette Ficq,
fut quant à elle autorisée à rentrer dans le pays mais pris
la décision par solidarité de rentrer aux Pays-Bas avec ses
deux confrères. Au mois de septembre 2002, quelques 50
avocats hollandais avaient décidé de venir ensemble par avion
à Tunis dans le but de suivre l’une des audiences de la procédure
intentée contre l’Ordre. Les autorités refusèrent de
laisser l’avion atterrir en Tunisie.
Mokhtar
Yahyaoui, quant à lui, se voit toujours refuser le droit de
sortir de Tunisie. Le 21 février 2002, les autorités lui ont
refusé le droit de se rendre au Caire pour participer à la
Conférence organisée du 21 au 24 février par le Centre arabe
pour l'indépendance de la justice et des professions légales.
M. Yahyaoui, dont le passeport est parfaitement en règle,
s’est vu refusé le droit de voyager depuis que le ministre de
la Justice a signé au mois de novembre 2001 un ordre décrétant
que, vu sa charge de magistrat, il ne pouvait s’absenter de
son poste et voyager à l’étranger. M. Yahyaoui s’est vu
depuis interdit à plusieurs reprises de voyager à l’étranger,
ce alors que depuis le mois de décembre 2001 il a été relevé
de ses fonctions de magistrat.
Recommandations
Human
Rights Watch demande instamment au gouvernement tunisien de :
-mettre
un terme aux agressions physiques à l’encontre des avocats et
défenseurs des droits humains et instruire vigoureusement la
plainte déposée par l’Ordre auprès du Procureur de la République
le 26 décembre 2002, ce avec comme objectif d’identifier et
de traduire en justice les responsables des agressions physiques
qui eurent lieu les 11 et 13 décembre 2002.
-
accorder un statut légal à toutes les organisations de défense
des droits humains dont les démarches pour être reconnues sont
pendantes, y compris au Conseil National pour les Libertés en
Tunisie (CNLT), au Centre Tunisien pour l’Indépendance de la
Justice (CTIJ) et à l’Association Internationale de Soutien
aux Prisonniers Politiques (AISPP).
-
lever l’interdiction arbitraire de voyager qui frappe Mokhtar
Yahyaoui et lui permettre, à lui comme à tous les autres
tunisiens, de pouvoir exercer librement leur droit de voyager.
-
respecter la Déclaration sur le droit et la responsabilité des
individus, groupes et organes de la société de promouvoir et
protéger les droits de l'homme et les libertés fondamentales
universellement reconnus, adoptée par l’Assemblée Générale
des Nations Unies le 8 décembre 1998, qui prévoit en son
Article 5 :
-
-
Afin
de promouvoir et protéger les droits humains et les libertés
fondamentales, chacun a le droit, individuellement ou en
association avec d'autres, aux niveaux national et
international:
-
-
a)
de se réunir et de se rassembler pacifiquement;
-
b)
de former des organisations, associations ou groupes non
gouvernementaux, de s'y affilier et d'y participer;
-
c)
de communiquer avec des organisations non gouvernementales ou
intergouvernementales.
-
respecter les
Principes de base relatifs au rôle du barreau, adoptés par le
huitième Congrès des Nations Unies pour la prévention du
crime et le traitement des délinquants, La Havane (Cuba), du 27
août au 7 septembre 1990,
notamment
les articles:
16.
Les pouvoirs publics veillent à ce que les avocats a) puissent
s'acquitter de toutes leurs fonctions professionnelles sans
entrave, intimidation, harcèlement ni ingérence indue; b)
puissent voyager et consulter leurs clients librement, dans le
pays comme à l'étranger; et c) ne fassent pas l'objet, ni ne
soient menacés de poursuites ou de sanctions économiques ou
autres pour toutes mesures prises conformément à leurs
obligations et normes professionnelles reconnues et à leur déontologie.
23.
Les avocats, comme tous les autres citoyens, doivent jouir de la
liberté
d'__expression,
de croyance, d'association et de réunion. En particulier, ils
ont le droit de prendre part à des discussions publiques
portant sur le droit, l'administration de la justice et la
promotion et la protection des droits humains et d'adhérer à
des organisations locales, nationales ou internationales, ou
d'en constituer, et d'assister à leurs réunions sans subir de
restrictions professionnelles du fait de leurs actes légitimes
ou de leur adhésion à une organisation légitime. Dans
l'exercice de ces droits, des avocats doivent avoir une conduite
conforme à la loi et aux normes reconnues et à la déontologie
de la profession d'avocat.
24.
Les avocats peuvent constituer des associations professionnelles
autonomes, ou adhérer à de telles associations ayant pour
objet de représenter leurs intérêts, de promouvoir leur éducation
et leur formation continues et de protéger leur intégrité
professionnelle. Les membres de ces associations élisent leur
organe directeur, lequel exerce ses fonctions sans ingérence
extérieure.
350
Fifth Avenue, 34th Floor
New
York, NY 10118
Phone:
212-290-4700
Fax:
212-736-1300
E-mail:
hrwnyc@hrw.org
Website:http://www.hrw.org
LA
COMMISSION INTERNATIONALE DES JURISTES (CIJ) (ONG INTERNATIONALE à
Genéve) VIENT DE PUBLIER LE 12 Mars 2003 UN NOUVEAU RAPPORT SUR LA
TUNISIE.
Le
Centre pour l'indépendance des juges et avocats (CIMA) de la
Commission internationale de juristes (CIJ) publie aujourd'hui un
rapport sur la Tunisie dans lequel il conclut que le gouvernement de
Tunisie viole les standards nationaux et internationaux de l'indépendance
du pouvoir judiciaire. Le rapport décrit aussi les poursuites
judiciaires d'avocats des droits de l'homme, du Conseil de l'Ordre
national des avocats et d'organisations non gouvernementales.
Plusieurs recommandations sont faites au gouvernement afin d'améliorer
la situation actuelle.
RAPPORT
SUR LA TUNISIE
Publié
par le Centre pour l'indépendance des magistrats et des avocats de
la Commission internationale de juristes
Genève,
Suisse
mars
2003
Table
des matières
I.
Résumé
II.
Introduction
III.
Attaques contre des avocats
a.
Poursuite du Conseil de l'Ordre national des avocats
IV.
Harcèlement des défenseurs des droits de l'homme
a.
La Ligue tunisienne des droits de l'homme
V.
Le pouvoir judiciaire
a.
Structure des tribunaux
(i)
Tribunaux ordinaires
(ii)
Tribunaux administratifs
(iii)
Tribunaux militaires
b.
Le Conseil supérieur de la magistrature
c.
Révocation du Juge Mokhtar Yahyaoui
VI.
Centre pour l'indépendance de la justice de Tunis
VII.
Les missions d'observation du CIMA/CIJ
a.
Première mission d'observation (16-22 juin 2002)
b.
Seconde mission d'observation (26-31 Octobre 2002)
VIII.
Intervention du CIMA/CIJ en Tunisie: séminaire de 1994
IX.
Normes internationales
X.
Recommandations
I.
Résumé
Ce
rapport du Centre pour l'indépendance des magistrats et des avocats
("CIMA") de la Commission internationale de juristes
("CIJ") traite de la situation des juges, avocats et défenseurs
des droits de l'homme en Tunisie que le CIMA/CIJ a étroitement
suivie pendant près d'une décennie.
Au
vu des attaques toujours plus fréquentes portées contre des
membres des professions juridiques, le CIMA/CIJ a organisé une
mission d'observation en Tunisie en juin 2002, afin d'évaluer la
situation des magistrats et des avocats et d'en établir un rapport.
L'entreprise s'est cependant révélée
impossible, toutes les tentatives de dialogue avec le gouvernement
tunisien étant restées infructueuses, pour aboutir en fait au
refoulement de la mission.
En
octobre 2002, répondant à l'invitation de la Ligue Tunisienne des
droits de l'homme (LTDH), organisation à laquelle la CIJ est affiliée
depuis 1979, et au vu des attaques continuelles que subissent les
juristes dans l'exercice de leur profession, le CIMA/CIJ a décidé
d'organiser une nouvelle mission d'observation qui fut, elle aussi,
refoulée à son arrivée à l'aéroport.
Le
CIMA/CIJ a cependant été en mesure d'interroger plusieurs avocats
et défenseurs des droits de l'homme tunisiens hors de Tunisie. Les
avocats des droits de l'homme ne peuvent exercer leur profession,
chacun de leurs gestes étant suivis par les agents du gouvernement,
qui créent des dossiers à leur sujet, fouillent leurs cabinets et
interceptent leurs appels téléphoniques et leurs messages par fax.
En outre, on leur refuse souvent de voir leurs clients ou d'accéder
à leurs dossiers, ce qui les empèche de préparer une défense
correcte. Le harcèlement des avocats des droits de l'homme a
atteint de nouveaux sommets en décembre 2002, lorsque huit avocats
et un juge injustement révoqué, Mokhtar Yahyaoui, ont été
violemment agressés pour avoir créé une organisation de
protection des prisonniers politiques.
De
surcroît, le décision du Conseil de l'Ordre national des avocats,
ainsi que du Président de l'Ordre des avocats, font actuellement
l'objet d'un procédure en annulation, pour avoir exercé le droit légitime
d'appeler leurs membres à une grève de protestation contre des
procès totalement injustes durant lesquels des détenus faisaient
l'objet d'attaques physiques de la part d'agents de police.
D'autres
défenseurs des droits de l'homme continuent d'être visés et des
ONG, telles que le Centre pour l'indépendance du pouvoir judiciaire
de Tunis, n'ont pas droit à une inscription officielle. Les élections
de la LTDH d'octobre 2000, qui ont permis d'élire l'avocat Mokhtar
Trifi a la présidence, ont longtemps été douloureusement
ressenties par les autorités, qui continuent d'attaquer Me. Trifi
et d'entraver les activités de la LTDH.
Le
cas du juge démis Mokhtar Yahyaoui mérite une attention particulière,
puisqu'il était l'un des rares magistrats tunisiens à dénoncer le
manque d'indépendance du pouvoir judiciaire. La Constitution
tunisienne garantit l'indépendance de la justice, mais le Conseil
Supérieur de la Magistrature, organe chargé de nommer, transférer,
sanctionner et promouvoir les juges, a pour président et vice-président
le Président de Tunisie et son Ministre de la justice et compte également
d'autres membres nommés par l'exécutif. Ce contrôle exercé sur
le Conseil Supérieur de la Magistrature annule de fait le sens et
l'intention de la Constitution, ainsi que les normes internationales
reconnues sur l'indépendance du pouvoir judiciaire.
Le
CIMA/CIJ exprime sa reconnaissance envers tous ceux qui ont donné
de leur temps en ces circonstances particulièrement difficiles, et
notamment Me. Abderaouf, Me. Alya Sherif Chammari, M. Khemaïs
Chammari, Me. Bechir Essid, M. Frej Fenniche, Me. Najib Hosni, Me.
Mohamed Jmour, M. Khemaïs Ksila, Me. Omar Mestiri, Me. Radhia
Nasraoui, Mme. Sihem Ben Sedrine et Me. Mokhtar Trifi.
Le
CIMA/CIJ regrette, malgré maintes demandes écrites, de n'avoir pu
établir de dialogue avec les autorités tunisiennes.
II.
Introduction
Ce
rapport décrit les activités du CIMA/CIJ pour la promotion et la
protection de l'indépendance des juges et des avocats en Tunisie.
Le rapport ne prétend pas donner un compte-rendu exhaustif de tous
les cas de harcèlement de juges, avocats et défenseurs des droits
de l'homme ces dernières années. Il sert plutôt à mettre en lumière
certaines situations et à donner une évaluation globale des
efforts du CIMA/CIJ visant à traiter certains problèmes que
connaissent des membres des professions juridiques et des défenseurs
des droits de l'homme en Tunisie.
Depuis
près d'une décennie, le CIMA/CIJ intervient auprès du
gouvernement tunisien et publie des communiqués de presse sur le
harcèlement d'avocats et autres défenseurs des droits de l'homme,
dont la situation se dégrade depuis le début des années 1990. Le
CIMA/CIJ, à cette époque, a organisé un séminaire à l'attention
des magistrats dans ce pays. En juin et octobre 2002, le CIMA/CIJ a
entrepris deux missions d'observation en Tunisie, afin d'engager des
discussions sur le rôle du pouvoir judiciaire et des juristes avec
les autorités, des avocats, juges, professeurs, ONG et autres
membres de la société civile, et de publier un rapport sur ses
conclusions. Toutefois, en dépit d'efforts prolongés pour
rechercher le dialogue avec les autorités tunisiennes, les deux délégations
du CIMA/CIJ ont été immédiatement refoulées à l'aéroport de
Tunis
Carthage
. Le présent rapport s'appuie donc sur des
informations recueillies lors d'entrevues avec des juristes et défenseurs
des droits de l'homme tunisiens que le CIMA/CIJ a rencontrés hors
de Tunisie en 2002. Il s'agit de Me. Abderaouf, Me. Alya Sherif
Chammari, M. Khemeis Chammari, Me. Bechir Essid, M. Frej Fenniche,
Me. Najib Hosni, Me. Mohamed Jmour, M. Khemaïs Ksila, Me. Omar
Mestiri, Me. Radhia Nasraoui, Mme. Sihem Ben Sedrine et Me. Mokhtar
Trifi. Le rapport puise également à plusieurs autres sources,
telles que les comptes-rendus passés du CIMA/CIJ sur la persécution
de juges, juristes et défenseurs des droits de l'homme en Tunisie;
ses observations lors des procès contre les membres de la
profession juridique; les rapports du Rapporteur spécial des
Nations Unies sur l'indépendance des juges et des avocats; les
rapports du Rapporteur spécial des Nations Unies sur la promotion
et la protection du droit à la liberté d'opinion et d'_expression,
ainsi que d'autres comptes-rendus bien documentés émanant d'ONG
internationales et tunisiennes.
III.
Attaques contre des avocats
En
1994, le Comité des droits de l'homme déclarait dans ses
Observations finales lors de sa cinquante-deuxième session que:
Le
Comité ne peut pas s'abstenir de se dire déçu par la dégradation
de la protection des droits de l'homme en Tunisie pendant la période
considérée. Il est, en particulier, préoccupé par l'écart
grandissant entre la loi et la pratique en ce qui concerne les
garanties relatives à la protection des droits de l'homme... [Le
Comité] est aussi préoccupé par des informations faisant état
des tracasseries qu'ont à subir les avocats représentant des
clients accusés de délits politiques ainsi que les épouses et les
familles de suspects. [1]
Décrivant
la situation des juristes en Tunisie, Attacks
on Justice, publication du CIMA/CIJ détaillant l'état
des professions judiciaires et juridiques dans le monde, déclare ce
qui suit:
Le
barreau tunisien existe depuis plus de 100 ans et il est généralement
perçu comme ayant joué un rôle historique important dans la lutte
pour l'indépendance. Le premier Président de Tunisie, feu Habib
Bourguiba, était lui-même un homme de loi qui avait utilisé le
barreau pour intervenir dans le processus politique de défense des
droits de l'homme et traiter de questions d'importance publique. Le
principe de l'intervention du barreau s'est maintenu après l'indépendance
en Tunisie, où des politiciens, syndicalistes ou autres groupes
subissant des pressions ou des tracasseries se sont placés sous sa
protection. En 1991, cependant, les autorités tunisiennes ont
commencé à prendre pour cible les juristes qui défendaient des
islamistes et utilisaient la presse pour s'en prendre à eux. Ces
dernières années, ce fut au tour des avocats des droits de l'homme
d'être visés. C'est ainsi que les juristes tunisiens sont fréquemment
empêchés de remplir leur devoir professionnel. [2]
Au
fil des ans, le CIMA/CIJ a publié de nombreux communiqués de
presse et rédigé plus d'une douzaine d'interventions à
l'attention du gouvernement tunisien au nom d'avocats des droits de
l'homme tels que Me. Alya Sherif Chammari, Me. Bechir Essid [3],
Me. Najib Hosni, Me. Anouar Kousri, Me. Radhia Nasraoui et Me.
Mokhtar Trifi [4],
qui ont tous été l'objet d'attaques dans l'exercice de leur
profession. [5]
De
surcroît, comme l'explique M. Abid Hussain, Rapporteur spécial de
l'ONU sur la promotion et la protection du droit à la liberté
d'opinion et d'_expression:
De
nombreux procès politiques se seraient déroulés dans le
non-respect des droits de la défense et des normes de procédures
juridiques. Des allégations sont parvenues au Rapporteur spécial
selon lesquelles le pouvoir judiciaire ne serait pas entièrement
libéré des influences du pouvoir exécutif. En outre, la tâche
des avocats spécialisés dans la défense des droits de l'homme
serait rendue de plus en plus difficile en raison des restrictions
imposées à leurs activités dans la défense de leurs clients, par
exemple la difficulté pour obtenir des copies de documents
judiciaires et la pratique d'accorder des permis de visite qui sont
refusés le jour où les avocats se rendent à la prison... Le
Rapporteur spécial estime que le harcèlement des avocats et les
entraves à la liberté d'exercice de leur profession portent
atteinte au principe d'équité du système judiciaire ainsi qu'au
droit de l'accusé à un procès équitable. [6]
Me.
Essid, Président de l'Ordre national des avocats tunisiens, et Me.
Jmour, son Secrétaire général, que le CIMA/CIJ a rencontrés [7],
ont confirmé que la violation du droit de la défense de détenus
politiques est particulièrement notoire en Tunisie. Par exemple,
les possibilités de visite sont sévèrement restreintes, puisque
le Ministère de la justice limite, voire refuse les autorisations
de visite des avocats pour leurs clients en prison; les avocats se
voient régulièrement refuser l'accès au dossier de leur client,
ou bien cet accès est limité, et les détenus subissent des
pressions pour changer d'avocats et accepter ceux qui sont recommandés
par les autorités. En outre, les avocats des droits de l'homme ont
rarement pour clientèle des entreprises privées, car ces clients
sont aussi l'objet d'intimidations. Afin de décourager encore tous
les clients et de priver les avocats des droits de l'homme de leur
moyen de subsistance, les policiers et autres agents d'Etat se
postent régulièrement à l'entrée de leurs études. En outre, des
avocats actifs dans le domaine des droits de sont constamment sous
surveillance, ils sont fichés, leurs passeports ne sont pas
renouvelés ou leur sont retirés et leurs lignes téléphoniques ou
de fax sont sous écoute ou coupées. Il n'est malheureusement pas
rare que les cabinets d'avocats soient pillées et qu'ils subissent
des agressions physiques dans l'exercice de leur profession.
De
fait, mi-décembre 2002 les autorités ont accru leurs tracasseries
à l'égard des avocats des droits de l'homme qui viennent de créer
une organisation afin de représenter des détenus politiques. Le
CIMA/CIJ a vigoureusement condamné la vague de violentes agressions
à l'encontre des avocats suivant: Me. Saïda Akremi Bhiri, Me.
Nourredine Bhiri, Me. Samir Ben Amor, Me. Samir Dilou, Me. Anwar
Oled Ali, Me.Youssef Rezjai, Me. Ayadi et Me. Mohamed Jmour [8].
Il est tout à fait inquiétant que le jeune fils des avocats Me. Saïda
Akremi Bhiri et Me. Nourredine Bhiri ait été agressé en même
temps que ses parents. [9]
Comme
indiqué dans un rapport rédigé conjointement par la CIJ, Avocats
sans frontières (Belgique) et l'Observatoire des droits de l'homme
sur la situation des avocats des droits de l'homme en Tunisie:
Les
attaques contre le libre exercice et l'indépendance de la
profession d'avocat visent les avocats qui sont, ou sont considérés
comme étant, politiquement engagés. Cela se manifeste notamment
dans le cas d'avocats qui défendent des membres de l'opposition,
ceux qui sont engagés pour des causes politiquement
"sensibles", ceux qui militent dans des organisations indépendantes
et ceux qui sont eux-mêmes liés à des opposants politiques.
[10]
Le
rapport poursuit en décrivant les nombreuses méthodes utilisées
par les autorités tunisiennes pour faire pression sur les avocats
des droits de l'homme telles que: étranglement économique, harcèlement
par la police, criminalisation des activités professionnelles des
avocats et répression légale. [11]
(a)
Poursuite du Conseil de l'ordre national des avocats
Comme
par le passé, l'Ordre national des avocats de Tunisie continue à
jouer un rôle essentiel dans la défense des droits de l'homme, ce
qui est démontré par sa forte prise de position pour protester
contre le procès inéquitable de Hamma Hammami, Abdeljabar Maddouri
et Samir Tammallah le 2 février 2002. Avant le début de cette
audience, tandis que les accusés, membres du Parti communiste des
ouvriers tunisiens (PCOT), un parti non-autorisé, étaient assis
dans la salle d'audience, ils furent soudain attaqués et traînés
hors des lieux par des policiers en civil, à la vue des avocats et
des observateurs internationaux et notamment un observateur du
CIMA/CIJ. [12]
Comme l'affirme Human Rights Watch, "A
la suite de cette mesure, toute l'équipe de la défense a quitté
la salle en signe de protestation. Les accusés ont ensuite été
escortés tout débraillés vers une autre salle, où ils ont déclaré
avoir été battus." [13]
Choqué par ces agressions contre les détenus, le Conseil de
l'Ordre national des avocats et son Bâtonnier, Me. Bechir Essid,
qui était l'un des avocats de la défense, ont décidé le 2 février
2002 lors d'une assemblée extraordinaire d'appeler à une grève
nationale des avocats le 7 février.
Selon
Me. Essid et Me. Jmour, la grève entendait protester contre le
manque de garanties fondamentales d'un procès équitable pendant le
procès Hammami, les attaques contre les accusés par la police dans
la salle d'audience et le manque de respect des droits de la défense.
La grève visait également à dénoncer le traitement outrageant
fait aux avocats, qui avaient eux-mêmes été agressés pendant le
procès susmentionné. Les avocates, en particulier, avaient été
prises à parti et grossièrement insultées. [14]
L'appel
à la grève du Conseil, qui consistait à ne pas assister aux
audiences pendant un jour, fut suivi par 3595 avocats, tandis que 80
n'y donnaient pas suite. [15]
Dans
la soirée précédant la grève, le Ministre de la justice a déclaré
que celle-ci était "politique" et que la décision du
Conseil pourrait être l'objet d'un recours en annulation. De fait,
le même soir, plusieurs avocats du parti au pouvoir, le
Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD) ont engagé une
action contre le Conseil devant la cour d'appel, en demandant de
juger que le Conseil n'était pas compétent pour ordonner aux
membres du barreau de se mettre en grève. Selon Me. Essid, la
poursuite cherchait à affaiblir le Conseil dans son rôle de
protecteur des avocats et à interdire aux avocats d'exercer leur
droit de grève constitutionnel.
Les
autorités tunisiennes entendent également créer un terrible précédent:
une décision judiciaire dépossédant le Conseil du pouvoir
d'appeler à la grève privera les avocats de leurs meilleures armes
dans leur lutte pour la justice. Cela est d'autant plus préoccupant
que les plus actifs protecteurs des droits de l'homme en Tunisie
sont à l'heure actuelle des avocats.
Etant
donné l'importance du procès contre le Conseil, la CIJ,
l'Observatoire pour la protection des défenseurs des droits de
l'homme et Avocats sans frontières (Belgique) ont mandaté M.
Lyon-Caen, Avocat général à la Cour de cassation, la plus haute
juridiction en France, pour observer le premier procès du Conseil
qui s'est tenu le 19 novembre 2002. [16]
Cette audience fut renvoyée au 24 décembre, date à laquelle le même
observateur était présent. Il n'est pas inhabituel de la part des
autorités tunisiennes de remettre les procès suscitant l'intérêt
international à des dates correspondant à des fêtes, dans
l'espoir de dissuader les observateurs étrangers de se rendre à
Tunis
. L'audience du 24 décembre fut à son tour
reportée au 25 février et la date du procès est désormais fixée
au 22 avril.
IV.
Harcèlement des défenseurs des droits de l'homme
Le
CIMA/CIJ est intervenu en tant qu'observateur lors de procès
d'autres défenseurs des droits de l'homme tels que Khemaïs
Chammari [17]
au procès duquel il assistait en tant qu'observateur, Khemaïs
Ksila, ancien vice-président de la Ligue tunisienne des droits de
l'homme (LTDH), Mohammed Mouada, Président du Mouvement des démocrates
socialistes, parti d'opposition, et le Dr Moncef Marzouki, ancien président
de la LTDH, fondateur du Conseil national pour les libertés en
Tunisie et fondateur du Congrès démocratique. Comme indiqué dans Attacks
on Justice:
[En
2001-2002] le Gouvernement a continué à soumettre les défenseurs
des droits de l'homme à des tracasseries et des intimidations. De
nombreux défenseurs ont été poursuivis ou menacés de poursuites,
ont été maltraités ou ont vu leurs lignes de téléphone ou de
fax coupées. [18]
Le
Représentant spécial de l'ONU pour les défenseurs des droits de
l'homme et le Rapporteur spécial sur la promotion et la protection
du droit à la liberté d'opinion et d'_expression ont exhorté le
gouvernement tunisien à cesser le harcèlement et les intimidations
subis par les défenseurs des droits de l'homme, les opposants
politiques, les syndicalistes, les juristes et les journalistes.
(a)
La Ligue tunisienne des droits de l'homme
Aux
termes de la Loi sur les associations du 7 novembre 1959, régissant
les activités des ONG, le Ministère de l'intérieur peut approuver
ou refuser l'enregistrement d'organisations. [19]
Dans la pratique, il est quasiment impossible de créer de nouvelles
associations indépendantes, puisque de telles demandes sont souvent
rejetées. Plus inquiètant encore, la Loi sur les associations est
utilisée pour criminaliser les activités d'organisations indépendantes.
Le
Comité des droits de l'homme des Nations Unies a déclaré que:
Le
Comité craint que la loi sur les associations ne compromette sérieusement
l'exercice de la liberté d'association garantie à l'article 22 du
Pacte et notamment qu'elle porte atteinte à l'indépendance des
organisations non gouvernementales de défense des droits de
l'homme. Il constate à cet égard que cette loi a déjà eu des
effets néfastes sur la Ligue tunisienne des droits de l'homme. [20]
Donc,
cela démontre qu'il y a un grand manque de respect en ce qui
concerne la liberté d'association pour les organisations des droits
de l'homme en Tunisie. Le cas de la LTDH démontre bien la nature et
le niveau des attaques à l'encontre des ONG et des ingérences dans
leur travail. Cette organisation des droits de l'homme réputée,
comptant 41 sections, est affiliée à la CIJ depuis 1979.
A
la grande consternation de quelques membres du parti au pouvoir, le
RCD, la LTDH a élu à son conseil une majorité de militants des
droits de l'homme, dont Me. Mokhtar Trifi, un avocat des droits de
l'homme qui fut élu à la présidence lors de la cinquième assemblée
générale en octobre 2000. Quatre membres du RCD ont engagé des
poursuites et ont obtenu une injonction provisoire annulant les élections
et révoquant le conseil nouvellement élu. Le 21 juin 2001, la Cour
d'appel de
Tunis
a confirmé la décision
du tribunal de première instance ordonnant l'annulation du résultat
des élections et la dissolution du conseil élu. Paradoxalement,
les autorités ont ordonné que ce même conseil organise les élections
de la nouvelle assemblée. [21]
La LTDH continue à publier des communications et tente de conduire
ses affaires ordinaires en dépit des difficultés quotidiennes,
comme la coupure ou la surveillance de ses lignes de téléphone ou
de fax, ainsi que l'a constaté le CIMA/CIJ lors de nombreuses
tentatives d'entrer en communication avec la Ligue. Comme l'affirme
Me. Trifi, la LTDH considère que la décision de la Cour d'appel
invalidant les élections démocratiques de l'organisation est
"une décision politique
dans un emballage légal." [22]
Le
gouvernement, quant à lui, continue de harceler Me. Trifi. Le
dernier incident en date à l'encontre de cet avocat des droits de
l'homme a eu lieu le 6 février 2002, la veille de la grève des
avocats. [23]
L'étude de Me. Trifi a été visitée et le contenu de son bureau,
ainsi que 200 dinars, emportés. Lorsque Me. Trifi a tenté de déposer
plainte à la police, il a été invité à nommer les suspects, sur
quoi Me. Trifi a cité le nom du chef de la police politique de
Tunis, M. Belazrag, qui l'avait menacé par le passé. A la mention
de ce nom, l'officier de police a prétendument refusé
d'enregistrer la plainte et par conséquent, Me. Trifi a refusé de
signer le rapport de police. Par la suite, trois policiers chargés
par le procureur d'enquêter sur le délit ont également refusé
d'inscrire le nom de M. Belazrag sur la plainte. C'est ainsi que cet
incident n'a pas été instruit correctement et que le harcèlement
de la LTDH et de son président se poursuit actuellement.
V.
Le pouvoir judiciaire
L'article
65 de la Constitution tunisienne de 1959 établit le principe de
l'indépendance du pouvoir judiciaire et prévoit que les juges,
dans exercice de leurs fonctions, ne sont soumis à aucune autre
autorité que
celle
de la loi. [24]
L'article 66 de la Constitution indique que les magistrats sont nommés
par décret présidentiel sur la recommandation du Conseil Supérieur
de la Magistrature, et l'article 67 établit que ledit Conseil est
responsable de la désignation, la promotion, le transfert et la
sanction des juges.
(a)
Structure des tribunaux
Le
système judiciaire en Tunisie se compose de tribunaux ordinaires en
matières civile et pénale, d'un tribunal administratif et de
tribunaux militaires.
(i)
Tribunaux ordinaires
La
Loi N¡ 67-29 du 14 juillet 1967 établit la structure des tribunaux
ordinaires, les prescriptions légales relevant du pouvoir
judiciaireet la composition du Conseil Supérieur de la
Magistrature. Conformément à l'article 1 de cette Loi, le système
des tribunaux en matière civile et pénale se compose de justices
cantonales, de tribunaux de première instance, d'un tribunal
immobilier, des cours d'appel et d'une cour de cassation, la plus
haute instance d'appel nationale, qui se prononce sur les principes
de droit et non sur les faits. [25]
(ii)
Tribunaux administratifs
Conformément
à l'article 69 de la Constitution, le système de tribunaux
administratifs est dirigé par le Conseil d'état, qui examine les
lois. [26]
Le Conseil d'état se compose du Tribunal administratif et de la
Cour des comptes, qui exerce sa compétence sur les finances des
ministères et agences gouvernementaux.
(iii)
Tribunaux militaires
Parallèlement
au système judiciaire civil, on trouve les tribunaux militaires au
sein du Ministère de la défense. Le Code de justice militaire prévoit
que les tribunaux militaires du Ministère de la défense sont compétents
pour juger le personnel militaire et les civils accusés de crimes
contre la sécurité nationale comme prévu par la loi. [27]
En temps de paix, le tribunal militaire se compose d'un juge civil
et de quatre conseillers militaires qui sont des officiers dans
l'armée active. [28]
Le verdict de ces tribunaux peut faire l'objet d'un appel interjeté
devant la Cour de cassation militaire. [29]
(b)
Le Conseil Supérieur de la Magistrature
Comme
indiqué ci-dessus, la Loi N¡ 67-29 définit la composition du
Conseil Supérieur de la Magistrature. Cependant, étant donné que
cet organe chargé de désigner, transférer, sanctionner et
promouvoir les juges relève directement de l'autorité de l'exécutif,
il ne s'agit pas d'un corps indépendant.
Conformément
à l'article 6 de la Loi N¡ 67-29 sur la structure judiciaire, le
Président tunisien dirige le Conseil Supérieur de la Magistrature,
tandis que le Ministre de la justice fait office de vice-président. [30]
Les membres suivants du Conseil Supérieur de la Magistrature sont
choisis par décret présidentiel: le premier président de la cour
de cassation, le procureur général prés la cour de cassation, le
procureur général, directeur des services judiciaires,
l'inspecteur général au ministère de la justice, le premier président
du tribunal immobilier, le premier président de la cour d'appel de
Tunis, et le procureur général de la cour d'appel de Tunis. [31]
C'est le Président ou, s'il le souhaite, le Vice-président, qui
convoque les séances du Conseil Supérieur. [32]
Il
est donc manifeste que le Conseil Supérieur de la Magistrature, qui
décide de la carrière judiciaire des magistrats, n'est pas indépendant
mais fonctionne en tant qu'instrument de l'exécutif. Comme indiqué
dans Attacks on Justice:
Cet
état de fait exerce une pression indue sur le travail et l'indépendance
des juges qui rendent des décisions dans des affaires politiquement
sensibles... Les magistrats redoutent d'être transférés ou
sanctionnés s'ils rendent des jugements contraires aux intérêts
de l'exécutif. [33]
Cette
influence indue sur les juges contrevient à l'un des préceptes les
plus fondamentaux des
Principes
fondamentaux de
l'ONU relatifs à l'indépendance de la magistrature,
à savoir que:
Les
magistrats règlent les affaires dont ils sont saisis
impartialement, d'après les faits et conformément à la loi, sans
restrictions et sans être l'objet d'influences, incitations,
pressions, menaces ou interventions indues, directes ou indirectes,
de la part de qui que ce soit ou pour quelque raison que ce soit.
[34]
Le
gouvernement continue de manière persistante à s'ingérer dans le
fonctionnement du pouvoir judiciaire, ce qui constitue une grave
atteinte aux principes constitutionnels et internationaux sur l'indépendance
de la justice.
(c)
Révocation du juge Mokhtar Yahyaoui
Le
14 juillet 2001, sur ordre du Ministre de la justice, le juge
Mokhtar Yahyaoui, président de la 10e Chambre civile du Tribunal de
première instance de Tunis, était suspendu de ses fonctions. [35]
La suspension avait pour motif une lettre ouverte adressée le 6
juillet par le magistrat au Président de la République, en sa
qualité de Président du Conseil Supérieur de la Magistrature.
Dans cette lettre, le juge Yahyaoui dénonçait le manque d'indépendance
du pouvoir judiciaire et le mépris du gouvernement pour les prérogatives
constitutionnelles de ce même pouvoir. Le
juge Yahyaoui écrivait que les magistrats devaient souvent "rendre
des verdicts qui leur sont dictés par l'autorités politique...
Cela aboutit à des jugements qui ne reflètent que l'interprétation
que le pouvoir exécutif veut bien donner de la loi." [36]
Le
CIMA/CIJ est intervenu le 20 juillet 2001 auprès du gouvernement
tunisien au nom du juge Yahyaoui, en s'ingquiétant de la violation
de l'article 8 de la Constitution tunisienne sur la liberté
d'opinion et d'_expression et l'article 65 sur l'indépendence du
pouvoir judiciare, ainsi que du Pacte
international relatif aux droits civils et politiques,
ratifié par la Tunisie. Il attirait également l'attention du
gouvernement sur la violation des
Principes
fondamentaux de
l'ONU sur l'indépendance des magistrats.
En
raison peut-être de dénonciations de plus en plus fortes aux
niveaux national et international, le juge Yahyaoui fut réintégré
dans ses fonctions le 1er août 2001. Cependant, la situation ne
s'améliora pas et début novembre 2001, le juge Yahyaoui s'est vu
retirer les affaires dont il avait la charge. Peu après, il était
appelé à comparaître devant le Conseil de discipline le 29 décembre,
parce qu'il n'avait pas "rempli ses obligations
professionnelles" et qu'il avait "atteint à la réputation
de l'appareil judiciaire". Etant donné le court délai qui lui
avait èté octroyé pour préparer son dossier, ajouté au fait que
le 29 décembre tombait en période de fêtes, les avocats du juge
Yahyaoui demandérent un ajournement au Conseil de discipline. Cette
demande leur fut refusée et les avocats du juge se retirérent de
l'affaire en signe de protestation contre le non-respect des droits
fondamentaux de la défense. Le 29 décembre, le Conseil de
discipline annonçait la révocation du juge Yahyaoui. Cette décision
fut rendue publique par un décret publié dans le bulletin officiel
le 25 janvier 2002.
Le
CIMA/CIJ a adressé un appel urgent une nouvelle fois le 13 mars
2002, en exprimant sa forte préoccupation quant à la révocation
du juge Yahyaoui et en rappelant aux autorités tunisiennes leurs
obligations nationales et internationales. Le CIMA/CIJ demandait aux
autorités de réintégrer le juge Yahyaoui et de s'assurer que les
sanctions disciplinaires prises à son encontre étaient conformes
aux Principes fondamentaux de
l'ONU sur l'indépendance des magistrats. [37]
A ce jour, ces interventions sont restées lettre morte. Par
ailleurs, le juge déchu Yahyaoui a informé le CIMA/CIJ le 24 décembre
2002 qu'après près d'une année, il devait encore recevoir une décision
écrite du Conseil Supérieur de la Magistrature motivant sa révocation.
Faute d'une telle notification exposant les motifs de sa révocation,
l'ancien juge Yahyaoui ne peut faire appel de la décision.
Le
Rapporteur spécial de l'ONU sur l'indépendance des juges et des
avocats, Me. Param Cumaraswamy, a également adressé des appels
urgents aux autorités tunisiennes pour le compte du juge Yahyaoui.
[38]
Dans sa réponse au Rapporteur spécial, le gouvernement tunisien
indiquait que la lettre ouverte au Président avait été écrite
par le magistrat révoqué en représailles contre un jugement
prononcé contre lui dans une cause civile. Le Rapporteur spécial
n'était toujours pas convaincu et prenait note "avec
préoccupation [de] la décision du conseil de discipline de révoquer
le juge Yahyaoui et des motifs de cette décision." [39]
Malgré plusieurs demandes de conduire une mission en Tunisie au
titre de son mandat, le Rapporteur spécial n'a toujours pas reçu
d'invitation de la part du gouvernement tunisien.
M.
Yahyaoui et les membres de sa famille subissent des harcèlements et
des agressions continuels de la part des autorités. Amina, la fille
de M. Yahyaoui âgée de 17 ans, a été agressée devant son école
le 14 juin 2002 par une personne inconnue qui l'a battue avec une
matraque. [40]
En outre, son neveu Zouheir Yahyaoui est en prison pour avoir crée
un site web critiquant ouvertement la situation politique en
Tunisie. [41]
M. Yahyaoui lui-même a été empêché de quitter le pays et même
de voyager en dehors de
Tunis
.
Le
11 décembre 2002, M. Yahyaoui a éte physiquement agressé par des
policiers en civil, alors qu'il tentait d'entrer dans l'étude chez
un avocat. Ces attaques contre M. Yahyaoui et plusieurs avocats des
droits de l'homme tunisiens ont prétendument été commises pour
les punir d'avoir crée l'Association internationale de soutien aux
prisonniers politiques, qui est considérée par les autorités
tunisienne comme une organisation illégale. [42]
VI.
Centre pour l'ind?pendance de la justice à
Tunis
Le
Centre pour l'indépendance de la justice à
Tunis
a été crée en novembre 2001 par plus de
quarante magistrats, avocats, professeurs d'université, défenseurs
des droits de l'homme et autres membres de la société civile, afin
de promouvoir et protéger l'indépendance des magistrats et des
juristes garantie par la Constitution et les lois tunisiennes. Le
Centre est présidé par le juge démis Mokhtar Yahyaoui et son
comité exécutif comprend Me. Bechir Essid, Président de l'Ordre
national des avocats, Me. Mokhtar Trifi, Président de la LTDH,
Mohamed Charfi, ancien Ministre de l'éducation, les avocats
suivant: Me. Alya Sherif Chammari et Me. Neijib Hosni; aussi que Me.
Radhia Nasraoui et d'autres défenseurs connus des droits de
l'homme.
Malgré
les nombreux efforts des fondateurs du Centre pour faire enregistrer
légalement leur organisation (par la remise en mains propres des
documents requis et par courrier recommandé), les autorités ont
refusé à ce jour de délivrer cette autorisation.
Concernant
les difficultés que rencontrent des ONG tunisiennes lorsqu'elles
tentent de faire enregistrer leur organisation, le Rapporteur spécial
sur la promotion et la protection du droit à la liberté d'opinion
et d'_expression déclare:
...
que la liberté d'association, et aussi de toute autre forme
d'_expression d'opinions divergentes, étaient soumises à des
contraintes destinées à réduire, voire supprimer de telles libertés.
Ces contraintes revêtent diverses formes de pression sur les
organisations et, plus grave encore, sur les personnes elles-mêmes.
En
premier lieu, le Rapporteur spécial a appris qu'il était quasiment
impossible de former de nouvelles associations indépendantes. Le
nombre de 7 000 ONG mentionné par les autorités correspond en
grande partie à des associations proches du gouvernement ou créees
par lui...
En
outre, le Rapporteur spécial a appris que les activités
quotidiennes des organisations indépendantes existantes n'étaient
aucunement facilitées par les autorités tunisiennes.... [43]
Selon
Me. Najib Hosni, avocat réputé des droits de l'homme au nom duquel
le CIMA/CIJ est intervenu à plusieurs reprises, [44]
le Centre pour l'independance de la justice à Tunis est particulièrement
menaçant pour les autorités, en ce qu'il fait la promotion d'un
système judiciaire indépendant, ce qui représente un changement
radical par rapport au système actuel de
jure et de facto,
par lequel les juges sont sous le contrôle de l'exécutif, comme démontré
ci-dessus.
VII.
Les missions d'observation du CIMA/CIJ
(a)
Première mission d'observation (16-22 juin 2002)
A
la lumière des attaques contre l'indépendance du pouvoir
judiciaire et du harcèlement croissant de juristes et de défenseurs
des droits de l'homme en Tunisie, le CIMA/CIJ a décidé qu'il
conviendrait de conduire une mission d'observation dans ce pays. Du
reste, les avocats et autres défenseurs des droits de l'homme
tunisiens encourageaient fortement le CIMA/CIJ à entreprendre une
telle mission. Comme dans toute mission d'observation du CIMA/CIJ,
l'objectif était d'entreprendre une évaluation complète et équitable
de la situation des magistrats et des avocats sur la base
d'informations recueillies au moyen d'entrevues avec les autorités
gouvernementales, des juges, des avocats, des professeurs, des ONG,
des défenseurs des droits de l'homme et d'autres membres de la société
civile, afin d'apprécier si les normes nationales et
internationales relatives à l'indépendance des magistrats et des
avocats étaient respectées. Un rapport sur la situation en Tunisie
en ce qui concerne l'indépendance des magistrats et le
fonctionnement des avocats aurait été publié à l'issue de cette
mission. Le rapport aurait présenté des recommandations concrètes
en fonction des conclusions de la mission du CIMA/CIJ et les
commentaires éventuels du Gouvernement tunisien y auraient figuré
en annexe.
Les
experts choisis pour la première mission d'information du CIMA/CIJ
étaient: Louise Doswald-Beck, Secrétaire Générale de la CIJ, la
juge Alice Desjardins de la Cour fédérale d'appel du Canada et Me.
Michael Ellman, avocat britannique. Me. Alain Werner, avocat suisse,
fut choisi comme Rapporteur. Le 24 mai, le CIMA/CIJ envoya un
courrier à M. Hatem Ben
Salem
, Ambassadeur tunisien à Genève, l'informant de
son intention de conduire une mission d'observation et demandant des
entrevues avec les responsables concernés. Un courrier analogue fut
adressé au Ministre de la justice chargé des droits de l'homme le
4 juin mais ces deux courriers resteront sans réponse. Lors d'une
rencontre avec M. Hatem Ben Salem le 7 juin, cependant, le CIMA/CIJ
apprit que la mission d'observation n'était pas la bienvenue et
n'obtiendrait pas les autorisations nécessaires. Divers motifs
furent invoqués pour ce refus, et notamment les suivants: le
CIMA/CIJ avait organisé à Tunis en 1994 un séminaire qui avait déplu
aux autorités; le CIMA/CIJ ne devait pas s'ingérer dans les
affaires intérieures des pays; cette organisation n'avait pas suivi
les procédures appropriées; le CIMA/CIJ n'avait pas d'invitation,
et l'un des experts, Me. Michael Ellman, était juif. A aucun moment
l'Ambassadeur n'a annoncé au CIMA/CIJ que la mission n'aurait pas
le droit d'entrer dans le pays; par conséquent, les préparatifs de
la mission se poursuivirent.
Le
15 juin 2002, toutefois, la juge Desjardins, premier membre de la délégation
à arriver à Tunis, fut immédiatement refoulée à l'aéroport de
Tunis-Carthage. Il devenait évident que les autres membres de la délégation
recevraient le même traitement. La CIJ décida donc d'annuler la
mission et de tenter d'obtenir les autorisations des autorités en
vue d'une seconde mission.
Le
16 juin, le CIMA/CIJ publia un communiqué de presse sur le
refoulement de la juge Desjardins, exprimant sa déception en même
temps que son désir de coopération future avec les autorités
tunisiennes. Le CIMA/CIJ adressa également un courrier le 19 juin
au Ministre de la justice, protestant contre le refoulement de l'un
des membres les plus distingués de la délégation et demandant un
dialogue à l'avenir.
(b)
Seconde mission d'observation (26-31 octobre 2002)
Le
27 septembre et le 14 octobre, le CIMA/CIJ adressa des courriers au
Ministre des affaires étrangères et au Ministre de la justice, les
informant de son intention d'organiser une seconde mission
d'observation afin d'examiner la situation des magistrats et le
fonctionnement des avocats. Dans ce courrier, le CIMA/CIJ demandait
les autorisations auprès des responsables compétents. [45]
De surcroît, le CIMA/CIJ avait reçu une invitation officielle
d'une de ses associations affiliées, la LTDH, afin de conduire une
mission d'évaluation de la situation des juges et des avocats. Le
CIMA/CIJ reçut de nombreuses autres invitations dans le but de
conduire une nouvelle mission de la part d'avocats tunisiens des
droits de l'homme.
Les
experts de la seconde mission étaient Christian Grobet, avocat et
parlementaire suisse, Margaret Owen, avocate britannique, Fellow de
l'Université de Cambridge et magistrate retraitée, et Joachim
Nergelius, Professeur de droit constitutionnel à l'Université de
Lund et Président de la section suédoise de la CIJ. Parmi les
autres membres de la mission, figuraient Linda Besharaty-Movaed,
conseillère juridique à la CIJ et Hassiba Hadj-Sahraoui, juriste
à la CIJ.
Quelques
jours avant le départ de la mission, la CIJ reçut plusieurs appels
téléphoniques de l'attaché de la mission tunisienne à Genève
tentant de dissuader la mission de partir. Les motifs ambigus invoqués
par l'attaché étaient que la LTDH n'était pas en position
d'inviter le CIMA/CIJ (probablement parce qu'elle n'avait pas tenu
d'élections conformément aux voeux du pouvoir Exécutif) et que
les termes de la mission du CIMA/CIJ étaient "en
contradiction avec la situation des magistrats".
Bien
que la CIJ ait demandé à plusieurs reprises une communication écrite
officielle et des explications des motifs cités ci-dessus, rien ne
vint. Il fut donc décidé que la mission aurait lieu.
A
leur arrivée à l'aéroport de Tunis Carthage le 26 octobre, tous
les membres de la délégation, à l'exception de Me Owen, qui avait
raté sa correspondance à Paris, furent immédiatement séparés
après leur arrivée des autres voyageurs et priés de présenter
leur passeport et leur billet. La délégation fut informée par des
agents de sécurité qu'elle n'était pas autorisée à entrer en
Tunisie et qu'elle devait repartir par le même vol qui l'y avait
conduite. La délégation demanda plusieurs fois une explication écrite,
mais fut informée qu'elle n'en recevrait pas. Me Owen, arrivée à
Tunis un peu plus tard le même jour, fut également immédiatement
refoulée.
Le
CIMA/CIJ publia un communiqué de presse condamnant vigoureusement
le refoulement de sa seconde mission. [46]
La Secrétaire Générale Louise Doswald-Beck déclara:
Nous
ne pouvons que conclure du rejet du gouvernement tunisien de tout
regard de la communauté internationale que celui-ci a quelque chose
à cacher. Il est insensé
de la part du Gouvernement de penser qu'en esquivant la communauté
internationale, il échappe à ses responsabilités en matière de
droits de l'homme. [47]
C'est
ainsi que par le fait de ne pas autoriser les missions de la
CIMA/CIJ, le gouvernement tunisien a démontré sa mauvaise volonté
face aux graves problèmes concernant l'iné?pendance des juges et
des avocats.
VIII.
Intervention du CIMA/CIJ en Tunisie: le séminaire de 1994
L'engagement
du CIMA/CIJ en Tunisie a commencé en 1994 par l'organisation, en
collaboration avec le Ministère de la justice et l'Institut Arabe
des Droits de l'Homme, [48]
d'un s?minaire de deux semaines sur les fonctions et l'indépendance
du judiciaires en Tunisie. Le dernier jour du séminaire, les
magistrats, qui n'étaient pas des juges chevronnés et avaient été
choisis par le Ministre de la justice pour participer au séminaire,
ont signé et adopté à l'unanimité un rapport intitulé Sommaire
d'activités des cours, fondé sur leurs débats au cours du séminaire.
On comptait
parmi les plus importantes conclusions du rapport celles appelant à
"un nombre plus élevé de
membres du [Conseil Supérieur] directement élus et une plus grande
indépendance financière et légale du Conseil Supérieur." [49]
Comme indiqué plus haut, le Conseil Supérieur est l'organe
constitutionnel responsable de la désignation, la révocation et la
promotion des magistrats. Le rapport appelait également à "l'adoption
du principe selon lequel les magistrats ne peuvent être transférés
sans leur consentement" [50]
et que "tout transfert doit
se faire selon des normes objectives appliquées en toute égalité." [51]
Des recommandations concernant la surveillance par le Parquet des
rapports de police lors d'une arrestation et le droit des détenus
à être représentés pendant la garde à vue figuraient également
dans ce rapport.
Plusieurs
jours après la fin du séminaire, le Ministère de l'intérieur
informait le CIMA/CIJ que les juges participants avaient retiré
leur soutien à la déclaration, qui ne reflétait pas fidèlement
leurs vues. En réalité, les magistrats avaient dû signer sous la
contrainte une contre-déclaration modifiant substantiellement les
avis exprimés dans la déclaration précédente. M. Frej Fenniche,
alors Directeur exécutif de l'Institut Arabe des Droits de l'Homme
et co-organisateur du séminaire, a affirmé que, "le
10 déc. 1994, à 3 heures du matin, des représentants du Ministère
de la justice se sont rendus chez chacun des juges participants,
leur ordonnant de signer une contre-déclaration." [52]
Cette contre-déclaration, qui ne contenait que deux brefs
paragraphes, était largement contraire à la déclaration initiale
et contenait "deux phrases louant le Président de la République." [53]
La quasi-totalité des juges participants ont cédé à la pression
et signé la contre-déclaration. M. Fenniche nous a appris que le
Ministère de la justice et le Président du Tribunal administratif
tentaient de faire pression sur lui également, afin de dénoncer le
séminaire et la déclaration en question, mais M. Fenniche a refusé
de se plier à leur demande. [54]
IX.
Normes internationales
La
Tunisie a ratifié les traités suivants des Nations Unies: la
Convention contre la torture, la Convention relative aux droits de
l'enfant, la Convention sur l'élimination de toutes les formes de
discrimination à l'égard des femmes, la Convention internationale
sur l'élimination de toutes les formes de discrimination raciale,
le Pacte international relatif aux droits civils et politiques et le
Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et
culturels. Toutefois, la Tunisie n'est pas partie aux
deux protocoles facultatifs du Pacte
international relatif aux droits civils et politiques,
l'un se rapportant au droit des particuliers de déposer une plainte
auprès du Comité des droitsde l'homme et l'autre visant à abolir
la peine de mort. En outre, la Tunisie a égalementratifiéla
Charte africaine des droits de l'homme et des peuples.
Selon
l'article 32 de la Constitution tunisienne, les traités
internationaux ratifiéspriment sur les lois nationales. Par
extension, les traités peuvent être appliqués directement dans la
législation nationale par les juges et les personnes responsables
de leur application.
Les
obligations internationales non-contraignantes en la matière sont
lessuivantes: les Principes
fondamentaux de l'ONU relatifs à l'indépendance de la
magistrature, les Principes de bases de l'ONU relatifs au rôle des
avocats et la Déclaration de l'ONU sur le droit et la responsabilité
des individus, groupes et organes de la société de promouvoir et
protéger les droits de l'homme et les libertés fondamentales
universellement reconnus.
X.
Recommandations
Le
CIMA/CIJ exhorte le gouvernement tunisien à respecter les
recommandations suivantes relatives à la magistrature, les avocats,
et les défenseurs des droits de l'homme:
Magistrature
Respecter
l'article 65 de la Constitution appelant à une magistrature indépendante.
Conduire une enquête
impartiale sur la révocation de l'ancien juge Yahyaoui et lui
donner la possibilité de préparer une défense en bonne et due
forme devant un organe compétent et indépendant.
Amender la loi sur
la composition du Conseil Supérieur de la Magistrature, de sorte
que la majorité de ses membres ne soit pas désignée par l'exécutif,
mais par des juges qualifiés élus en toute indépendance.
Juristes
et défenseurs
des droits de l'homme
Cesser immédiatement
d'agresser des avocats et conduire des enquêtes impartiales sur les
incidents récents où des avocats, et dans certains cas, leurs
enfants, ont été physiquement attaqués.
Rejeter l'action
introduite contre le Conseil de l'Ordre et le Président de l'Ordre
national des avocats pour avoir exercé le droit légitime d'appeler
à la grève. Cesser dorénavant toute ingérence dans les affaires
de l'Ordre.
Cesser les
surveillances policières et l'interception des appels et des fax
d'avocats et de défenseurs des droits de l'homme. Cesser le pillage
des cabinets d'avocats et des bureaux de défenseurs des droits de
l'homme. Ces mesures constituent manifestement des actes de harcèlement
et d'intimidation.
ONG
internationales et mécanismes spéciaux de l'ONU
Permettre
aux ONG internationales et aux rapporteurs spéciaux de l'ONU de pénétrer
en Tunisie afin de conduire des missions au titre de leurs mandats
respectifs.
Obligations
internationales
Agir
conformément au obligations suivantes: le
Pacte international relatif aux droits civils et politiques,
notamment ses articles 9 et 14, et à la
Charte africaine des droits de l'homme et des peuples,
principalement ses articles 7 et 26; amender le Code de justice
militaire, de sorte que des civils ne soient pas jugés par des
tribunaux militaires; respecter les
Principes fondamentaux de l'ONU relatifs à l'indépendance de la
magistrature, les
Principes de bases de l'ONU relatifs au rôle des avocats
et la Déclaration de l'ONU sur
le droit et la responsabilité des individus, groupes et organes de
la société de promouvoir et protéger les droits de l'homme et les
libertés fondamentales universellement reconnus.
(source:
www.icj.org)
L'affaire
Khlif est loin d'être close...
Tahar
Ben Hassine
Le bel adage tunisien, "c'est lorsqu'elles bêlent que leurs mères
les reconnaîssent", n'a jamais été aussi bien adapté à une
situation qu'à l'affaire Khlif. Cette affaire a d'abord servi à révéler
l'étendue de la duplicité du régime : il brandit l'épouvantail
de l'intégrisme pour confisquer les libertés de tous, mais n'hésite
pas à repêcher les pires spécimens de l'intégrisme, comme Khlif,
pour combattre un adversaire politique qu'il estime menaçant.
L'affaire servira également de révélateur du degré de sincérité
des convictions démocratiques récentes, affichées par les
islamistes tunisiens. Mais, en marge de cette affaire, certaines
convictions passéistes se sont révélées à l'opinion nationale
dans toutes leurs dimensions.
En ce qui concerne les islamistes, aucune réaction officielle de la
part du mouvement Ennahdha n'a été publiée jusqu'à ce jour , un
silence révélateur de leur approbation de ce genre de discours et
de ce genre de procédé. Leur discours « démocratique » ne
devrait plus tromper personne.
A l’inverse, notre choix démocratique est sincère. Pour cela,
nous avons réclamé pour eux une amnistie générale et nous
continuerons de le faire avec autant d’énergie, car la démocratie
pour nous est indivisible.
Cela étant, et en réponse aux tentatives de "noyer le
poisson", dans une campagne manifestement intégriste, quoique
présentée courageusement de manière anonyme et savamment orchestrée
sur le réseau internet, je voudrais simplement rétablir l'affaire
dans son contexte et présenter une lecture normale des prêches de
Khlif.
Le
livre de Charfi : Islam et liberté
La première édition de l'ouvrage de Charfi est parue en 1998. Ce
que l'auteur a voulu démontrer tout au long des 273 pages de
l'ouvrage, c'est que l'islam réel, celui du Coran et de la sunna du
prophète, ne contredit pas la liberté, mais ce sont plutôt ceux
qui ont gouverné au nom de l'islam qui ont dénaturé, au gré des
conjonctures de leur pouvoir, le bel esprit d'ouverture et de tolérance
qui fonde notre religion. Sa
conclusion à ce sujet est on ne peut plus claire : "Nous avons
étudié des versets coraniques, écrit-il, et des éléments de la
sunna du Prophète qui montrent à l'évidence que l'islam est une
religion, non une politique, une question de conscience et non
d'appartenance, un acte de foi et non de force.
Nous avons relevé des faits d'histoire nombreux et fondamentaux qui
montrent amplement que l'empire islamique, depuis son fondateur Abou
Bakr jusqu'à l'abolition du califat par Ataturk en 1924, a été
essentiellement une oeuvre profane, non religieuse" et que de
ce fait, les différentes pratiques, contraires aux libertés, qui
jalonnent l'histoire de l'empire islamique, ne peuvent être imputées
à l'islam.
Dans ce sens, l'ouvrage de Charfi est une défense de l'Islam ,
nullement une attaque contre lui. Mais une telle acception a le défaut
de saper les fondements des thèses intégristes qui revendiquent précisément
ces dérives profanes dans l'histoire de l'islam, dans l'objectif de
justifier leurs propres ambitions politiques.
Contexte des prêches
:
Khlif est toujours membre du RCD. Il a été député du RCD pendant
5 ans, entre 1989 et 1994, soit les années où le pouvoir a profité
des violences exercées par les islamistes pour installer un système
répressif. Durant ces années, et par la suite, Khlif n'a jamais
prononcé un seul mot, ni à l'assemblée nationale, ni dans
"sa mosquée", pour dénoncer ce que subissent les
islamistes alors que Charfi réclame leur libération.
Au moment où Khlif a évoqué le livre de Charfi, il savait
pertinemment que la parution du livre date de 5 ans. Il reconnaît
lui-même avoir lu l'ouvrage, donc Khlif a sciemment menti en prétendant
que le livre de Charfi venait de paraître, Etant donné
l'importance de la mosquée de Kairouan et le statut de l'imam, il
ne fait pour nous aucun doute, sous le régime de Ben Ali, que les
prêches de Khlif ne peuvent être que "suggérés" par le
pouvoir ou conçus par lui et cautionnés par en haut,
Vu la qualité du « produit », l'équipe qui a filmé les prêches
de Khlif ne peut pas être une équipe d'amateurs mais de vrais
professionnels. Les techniciens de la RTT ou de la police auraient même
pu être mis à contribution,
Depuis quand la mosquée de Kairouan a été convertie en club littéraire?
Et depuis quand Khlif s'est-il découvert une vocation de Bernard
Pivot? Et combien de livres a-t-il déjà critiqué avant celui de
Charfi?
Questions préalables
Ce n'est pas Charfi qui a prétendu que Khaled Ibn Al Walid a tué
Malek Ibn Nouaira et a épousé sa femme, mais bien l’historien et
commentateur, Tabari, dont l’œuvre est considérée importante
dans le patrimoine musulman. Alors pourquoi s'en prendre à Charfi?
Pour autant que l'on sache, Tabari n'a jamais été déclaré
apostat par aucun Imam.
Khlif condamne Charfi pour la réforme de l'enseignement qu'il a
introduite, sous prétexte qu'elle vise à "tarir les sources
de l'islam". Il dévoile sa véritable pensée. Pour dénoncer
cette réforme, les islamistes confondent à dessein islam et intégrisme.
Pour eux, l’islam ne peut être compris qu’à la manière des
intégristes ; toute autre interprétation est anti-musulmane et
donc œuvre d’apostat. Khlif pense manifestement comme eux. En
outre, cet imam ne peut ignorer que la réforme de l'enseignement de
Charfi est toujours en vigueur, alors pourquoi ne pas dénoncer les
successeurs de Charfi et tout le régime actuel?
Relevons d’abord les diatribes racistes contre les juifs en général
alors qu'il s'agit d'un peuple du livre que notre religion reconnaît
et respecte. En outre, nous constatons que Khlif utilise en
l’amplifiant et en le sortant de son contexte le bout de phrase,
sur 273 pages, qui qualifie Isaac Rabin d'homme "lucide et
courageux" sans mentionner que ces deux adjectifs se réfère
à l’option de Rabin pour une solution de paix avec les
palestiniens, et que cela lui a coûté la vie. Khlif se garde bien
de citer le président Arafat, leader du peuple palestinien, et
principal concerné par sa cause qui déclarait, à l'occasion du
premier l'anniversaire de la mort de Rabin, à la radio israélienne
"Shalom haver (salut, mon ami), je te regrette " (voir le
quotidien français l'Humanité du 21/10/1996). C'est également
Arafat qui déclarait l'année dernière à une chaîne de télévision
américaine "Si Rabin avait vécu, il y aurait déjà un Etat
Palestinien" (voir le courrier international du 2/11/2001).
Sans prendre position sur le processus d’Oslo, Charfi a simplement
fait remarquer que Rabin a été assassiné par un fanatique juif,
ancien élève d’une faculté intégriste. Monsieur
Khlif joue les surenchères à bon compte, du haut de son
"mimbar" sans se soucier de la vérité.
Le
sens des prêches et des supplications
Khlif
ne cache pas qu'il souhaitait du mal à Charfi. Au détour d'une
citation de Charfi disant "ce qui me peine...", Khlif
intercalait "Et que Dieu prolonge sa peine..... Ceci est
important à relever, car il indique clairement l'esprit dans lequel
ces prêches sont dits.
Concernant les supplications, disant textuellement " Ô Dieu,
cet homme est ton serviteur. Nous ne l’insultons pas et nous ne le
maudirons pas, nous n’appelons pas à son meurtre comme l’avait
fait Khomeyni avec Salman Rushdie. Toi, Tu as dit et Ton Jugement
est véridique : Ô Dieu, Tuteur des croyants ; Ô Dieu, Tu es notre
tuteur ; nous nous plaignons de lui auprès de Toi. Si
Tu veux, Tu peux accélérer sa punition en ce monde ; si Tu veux,
Tu renvoies sa punition au Jour du Jugement Dernier ; et si Tu veux,
le punir à la fois ici-bas et dans l’au-delà".
Nous ne l'insultons pas et nous le maudirons pas signifie que la
personne concernée mériterait d'être maudite et d'être insultée,
et que l'orateur a le pouvoir et la légitimité de le maudire et de
l'insulter, mais que par "magnanimité", (ou plutôt par
crainte d'un scandale judiciaire), il s'abstient de le faire. Par
contre, ceux qui partagent le point de Khlif ou qui ont été amenés
à partager ses positions, convaincus qu'ils sont du bien fondé de
ses prêches, mais qui n'ont pas la même "magnanimité",
peuvent le faire de bon droit.
"Nous n’appelons pas à son meurtre comme l’avait fait
Khomeyni avec Salman Rushdie" signifie que la personne concernée
est au même niveau d'apostasie que Salan Rushdie, autrement, il n'y
aurait eu aucune raison de l'évoquer dans cette affaire. L'orateur
s'estime également au même niveau d'autorité que Khomeiny. Quant
au fond, il estime que l'appel au meurtre se justifie pleinement.
Mais là également, la "magnanimité" de l'illustre imam
(ou plutôt sa peur des conséquences) le retient. Par contre, la
justification est toute prête et les adeptes peuvent également exécuter
une fatwa implicite.
Dans tous les cas, Khlif estime que Charfi mérite une punition. Il
implore donc Dieu d'en accélérer l'exécution. Et comme les sujets
de Dieu que nous sommes sont tenus "d'ordonner le bien et
d'interdire le mal", quiconque appliquerait ce châtiment
n'aurait obéi qu'à une injonction divine. Voilà où veulent en
venir Khlif et ses commanditaires. Voilà ce que Ennahdha, le parti
qui se dit « démocrate » ne dénonce pas.
Khlif a déjà utilisé ce procédé contre la ligue tunisienne de défense
des droits de l'homme en 1980, et par suite de ses prêches, la
maison de Ahmad Kilani, à l’époque président de la section de
la ligue à Kairouan, s'est trouvée saccagée par des nervis
surexcités.
Voilà pourquoi nous estimons que l'affaire est d'une extrême
gravité. Ce n'est pas seulement parce qu'elle touche Charfi, mais
parce que le procédé a déjà été utilisé, qu'il est
actuellement utilisé, et qu'il risque d'être utilisé contre tout
opposant qui deviendrait un jour gênant pour le régime.
(source:
le site www.perspectivestunisiennes.net
, le 17.03.2003 à 00h06)
الدولة
الإسلامية
بين المثال
والواقع
الجزء
الأول: حكم
النبوة
بقلم
الشيخ راشد
الغنوشي
بمناسبة
السنة
الهجرية
الجديدة 1424يسرني
أن التقي
بممثلي
منظمة
الشباب
المسلم في
المملكة
المتحدة،
فهذا مبعث
شرف لي،
لتقديري
للدور
الهام الذي
تضطلع به
هذه
المنظمة
الطلابية
الواعدة.
اسمحوا
لي أيها
الإخوة
والأخوات
الأبناء
أن
أهنئكم
وأمة
الاسلام في
أرجاء
الارض
بالسنة
الجديدة
مبتهلا إلى
الله
العزيز
الرحيم أن
يجعلها سنة
رحمة وعز
ونصر وحفظ
وتأييد
لأهل طاعته
وطلاب الحق
والعدل
والحرية
حيثما
كانوا
وهلاكا
للظالمين
ومن
والاهم،
وأن
يتولى
بلطفه
ورحمته
أسرى
المسلمين
وأن يفك
قبضة
الطغاة عن
رقابهم وأن
يؤوي
الدعاة
والعاملين
في سبيله
إلى ركن
شديد.
أسمحوا لي
أيها
الابناء
والبنات أن
أنقل اليكم
تحيات شباب
تونس الذي
يناضل من
أجل نفس
الأهداف،
أنقل إليكم
تحيات شباب
العالم
الإسلامي
الذي يقدر
جهادكم
وعطاءكم.
حديثي
إليكم،
بهذه
المناسبة
يتعلق
بالحكم
الاسلامي
في عهده
النموذجي
ثم في عهود
تطوره إلى
حكم عضوض
وإلى
دكتاتورية
تكاد تكون
مطلقة.
حكم
النبوة
والخلافة
الراشدة:
إنها
مرحلة مهمة
جداً
بالنسبة
للأمم
الإسلامية
ولمستقبلها،
مرحلة
العهد
النبوي
والخلافة
الراشدة،
عصر
الإسلام
الأول. كيف
كان تصور
الدولة في
ذلك العهد؟
ما هي الأسس
التي كانت
تقوم
عليها،
والتي نحن
مدعوون إلى
الاستهداء
بها في هذا
العصر،
الذي أصبح
فيه مطلب
إعادة
الكيان
السياسي
للأمّة
الإسلامية
المحور
الذي يدور
عليه عمل
الحركة
الإسلامية،
في أقطار
عدة، وذلك
في مواجهة
حالة
التشرذم
والضعف
والانكسار
التي كانت
ثمرة لسقوط
الدولة
الاسلامية
سواء في
صورتها
المثالية
الراشدة أم
في صورها
الواقعية:
الملك
العضوض،
وفي مواجهة
تيارات
فكرية
وسياسية
داخل الأمة
الإسلامية
وخارجها لا
تزال تلح
على أن ليس
للإسلام
مفهوم
للدولة،
وعلى فرض
وجود مفهوم
فهو
ثيوقراطي
لا يتناسب
مع مفهوم
الدولة
الديمقراطية
التي تأسست
على إرادة
الشعب،
وذلك بعد أن
سقطت في
العشرينات
آخر دولة
إسلامية
بمعناها
المعروف في
التاريخ.
والآن هناك
محاولات
قامت وتقوم
لبعث أشكال
معاصرة من
الدولة
الإسلامية.
نحن
مدعوون
إذاً إلى
إثبات:
أولاً:
أن للإسلام -من
خلال أول
تجربة
تطبيقية له-
مفهوماً
واضحاً
للدولة؛
وثانياً:
أن هذا
المفهوم
ليس كما
يُدَّعى
دولة
دكتاتورية
ثيوقراطية،
وإنما دولة
إسلامية
تستمد
سلطتها من
إرادة
الشعب ومن
احترامها
وخضوعها
لمفاهيم
الإسلام
دين
الأغلبية؛
وثالثا:ً
أن هذا
المفهوم
للدولة في
الإسلام
الذي نشرحه
نوع خاص من
الدولة
الديمقراطية،
يجتنب
سلبيات
الدولة
الديمقراطية
العلمانية
المعاصرة
ويستوعب
إيجابياتها
أو
حسناتها،
نمط
استطاع أن
يحل
الإشكاليات
التي طرحها
مفهوم
الدولة
الديمقراطية
العلمانية
المعاصرة.
العرب
قبل
الاسلام:
كانت
حياة العرب
تحكمها
شريعة
القوة
والفوضى
والتشرذم
ولا سيما
منطقة
الحجاز،
التي لم
تعرف
مفهوماً
للدولة قط،
مع أن أطراف
الجزيرة في
اليمن وفي
الشمال
عرفت بعض
الدويلات
التي تحدث
القرآن عن
بعضها مثل
سبأ وعاد
وثمود.
ومنطقة
الحجاز هذه
كانت
تسودها
النزاعات
القبلية
حتى أوشكت
أن تأتي على
سكانها.
ورغم أن
بلاد
الحجاز
عرفت بعض
التجمعات
والقرى مثل
مكة
والمدينة (يثرب)
والطائف،
فلم يكن في
هذه القرى
نفسها أو
المدن
الصغيرة،
الزراعية
أو
التجارية،
نظام
سياسي،
وإنما كانت
تخضع لنوع
من التآلف
القبلي. حتى
الحج نفسه
بالرغم أنه
يقتضي
تنظيماً،
إلا أن
تنظيمه ظل
بدائياً
وموزعاً
بين بطون
قريش، يختص
بعضها
بسقاية
الحجاج
وبعضها
باستضافتهم،
وبعضها
بشؤون
الدفاع،
فلم تكن
هناك قبيلة
واحدة سلمت
لها باقي
القبائل
العربية
بالقيادة.
بل كانت
جهات مهمة
من جزيرة
العرب
تابعة
للقوى
الخارجية
لفارس أو
الروم أو
الحبشة. وفي
كل الأحوال
كان الظلم
هو القيمة
السائدة في
العلاقات
بين هذه
القبائل،
حتى قال
شاعرهم:. "إنما
العاجز من
لا يستبد"
وقال
حكيمهم
زهير ابن أي
سلمى:
"ومن
لم يذد عن
حوضه
بسلاحه
يهدم
ومن لا يظلم
الناس يظلم"
ولقد
أوشكت
المظالم
التي تحولت
إلى نظام
عام لبلاد
الحجاز
خاصة أن
تحطم حياة
القوم
وتهددهم
بالانقراض،
ما اضطر
شيوخ
قبائلهم
إلى
التواضع
على حد أدنى
من قواعد
للتعايش
بينهم -قلما
احترمت-
سميت حلف
الفضول،
شهده النبي
صلى الله
عليه وسلم
في صباه،
وتمنى لماّ
ظهرت دعوته
وواجهت
الكيد
والحرب من
قبل قريش
أقوى
القبائل
العربية
نفوذا أن
يعيدوا
العمل بذلك
الميثاق
بما يحقق
التعايش
السلمي
ويمنع
التظالم
والعدوان.
وكان
الاضطرار
لمثل ذلك
الحلف ثمرة
لغياب
السلطة من
حياة عرب
الحجاز
خاصة.
كانت
حالات
التعايش
السلمي
قليلة بين
العرب
نتيجة غياب
السلطة
السياسية،
بل كانت
شرعية
القوي هي
الغالبة،
والقوي هو
الذي ينتزع
حقه
انتزاعا. فـ
"إنما
العاجز من
لا يستبد"
كما قال
الشاعر
عمرو بن
هند، وكانت
الحروب
الطاحنة
دائمة
الاشتعال
لا يكاد
يخمد
أوارها إلا
زمن الحج،
لما يحمله
من
اعتبارات
دينية
ومصالح
اقتصادية،
أو خلال
هدنة عابرة .
رصيد
الفطرة
ورسوخ قيمة
الحرية
والكرامة:
مع
أن هذا
الوضع
الحضاري
السياسي
للعرب زمن
ظهور
الاسلام
كان غاية في
التخلف
محكوما
بالفوضى
والحروب
الاهلية
فقد كان
أنسب
الأوضاع في
العالم
ليكون
منطلقاً
للدعوة
الجديدة. في
القرآن
الكريم "الله
أعلم حيث
يجعل
رسالته"،
وذلك لأن
غياب
الدولة في
الحجاز
أعطى فرصة
للدعوة
الجديدة أن
تنشأ في
بيئة حرة
طلق من أي
نوع من
الوصاية
لأية دولة.
ولو أنها
ظهرت مثلا
في فارس أو
الروم
لأخمدت
أنفاسها في
المهد أو
لتعرضت
للتحريف
كما فعلت
دولة الروم
مع رسالة
المسيح
عليه
السلام،
حاربتها في
الأول بلا
هوادة ثم
تبنّتها
لتوظفها
بعد أن
أعادت
صياغتها
بما يناسب
مصالحها. إن
الحرية هي
أحوج ما
تكون له أي
دعوة جديدة.
ولم تكن
منطقة في
وسط العالم
يومئذ
تتوفر على
هذه النعمة
العظمى
مثلما
تتوفر في
بلاد
الحجاز،
فضلا عن
تهيء أهلها
بسلامة
الملكات
وصلابة
المعدن
وشدة
الانفة
والنجدة،
وما تتوفر
عليه لغتهم
من جمال
وأوعية
مرنة
لاستيعاب
المعاني
الجليلة،
مما يؤهلهم
لحمل رسالة
عالمية. لا
سيما وعنصر
الفطرة كان
عند العرب
كان نقيا
صلبالم
يرهقه ترف
حضاري ولا
أنهكه
استبداد،
بل عجمت
عوده حروب
أهلية
متلاحقة
أورثته
قدرات
قتالية
فائقة
وشجاعة تصل
حد التهور
ونزعات
فردية
وأنفة
تتأبى عن كل
قيد، ولا
تبيت على
ضيم، فكانت
هذه
الخامات
الفطرية
الممتازة
لا تنتظر
إلا الصقل
والاندراج
ضمن رسالة
عظمى تهب
هذه
المعادن
الثمينة
المعنى
والهدف
والرباط
المجتمعي..
فكانت
رسالة
الاسلام.
ما
هي المبادئ
الأساسية
للدولة
التي
استمرت
أربعة عشر
قرناً؟
لقد
مرت الدعوة
الإسلامية
بمرحلتين:
مكية
ومدنية. أما
المرحلة
المكية فلم
يكن فيها
الاسلام
دولة بل كان
دعوة أي
جماعة، غير
معترف بها،
تعيش
مزاوجة بين
السرية
والعلنية.
وبعد أن
استيقن
صاحب
الدعوة
عليه
السلام أن
مكّة لا
تصلح قاعدة
انطلاق
لدولته،
وأن
زعماءها
استيقنوا
من شدة خطر
الدعوة
الجديدة
على
مصالحهم،
بما
تبشر به من
عدل
ومساواة
كفيلان
بهدم بنيان
المجتمع
الجاهلبي
من أساسه
وانهيار
الطبقية
التي
يتربعون
على هرمها
وما يدعمها
من ثقافة
وقيم وما
تحميه من
مصالح.
توجيه
من ربه عز
وجل باشر
البحث بدأب
عن قاعدة
بديلة تصلح
منطلقا
لمشروعه.
وبعد بحث
ناصب التقى
في السنة
الحادية
عشرة من
بعثته بوفد
من يثرب،
يتكون من
اثني عشر
رجلاً
وامرأة عرض
عليهم
الاسلام
فقبلوه
وأخذ عليهم
البيعة على
مجرد
القبول
بالاسلام.
وفي العام
التالي
تواعد على
هامش الحج، -وفي
سرية تامة-
مع نفس
الوفد وقد
بلغ العدد
ثلاثة
وسبعين من
الرجال
والنساء،
عقد معهم
بيعة سميت
بيعة
العقبة
الثانية.
وكانت أعظم
تعاقد في
تاريخ
الإسلام إذ
قامت على
أساسه أول
دولة
إسلامية. إذ
لم تكن مجرد
بيعة على
قبول مبادئ
الاسلام
وإنما كانت
أيضا بيعة
سياسية على
تحمّل أهل
يثرب مهمة
نحويل
مدينتهم
قاعدة
لدعوة
الاسلام
ودولته
ومقاتلة كل
من يرومها
بعدوان
والقبول
بمحمد ابن
عبد الله
نبيا مرسلا
ورئيسا
للجماعة
السياسية
الجديدة.
لقد أخذ
النبي صلى
الله عليه
وسلم منهم
العهد أن
يحموه كما
يحموا
أموالهم
وأنفسهم
وأن
يدافعوا
بأنفسهم
وأموالهم
عن هذه
الدعوة
الجديدة.
وعلى أساس
ذلك
الميثاق
انتقل إلى
يثرب التي
استقبله
أهلها نبيا
رسولا
وزعيما
رئيسا
للدولة،
فكانت دولة
المدينة
على صغر
جغرافيتها
نواة مفعمة
بالخصوبة
لنظام دولي
جديد
بقيادة
النبي صلى
الله عليه
وسلم،
سيعمر
لقرون
مديدة
ويستمر -حتى
بعد
انهياره
كنموذج
واقع للحكم-
مصدرا
لإلهام
ثورات
متلاحقة ضد
الطغيان
على أمل
الاقتراب
من ذلك
النموذج
النبوي
والراشدي.
كان
واضحاً
جداً الفرق
بين
البيعتين،
فالبيعة
الأولى
التي يماثل
مضمونها
بيعة
النساء
التي ورد
ذكرها في
سورة
الممتحنة «يا
أيها النبي
إذا جاءك
المؤمنات
يبايعنك.....»،
كانت بيعة
على
الالتزام
بالإسلام
والقيام
بواجباته
والانتهاء
عن
المحرمات.
بما فيه من
معروف
وتجنب
المنكر. أما
بيعة
العقبة
الثانية
فكانت
لإقامة
الدولة
وحمايتها
والقتال من
أجل
حمايتها من
كل عدوان.
وإذا
كان مقتضى
البيعة
الأولى أي
بلاغ
الرسول صلى
الله عليه
وسلم عن
ربّه قد
انتهى
بإكمال
الدين وختم
النبوة
ووفاة
النبي صلى
الله عليه
وسلم، فما
بقي غير
واجب
الاستجابة
والبلاغ "فأقم
وجهك للدين
حنيفا"،
فمعنى
البيعة
الثانية أي
إقامة
الكيان
السياسي
الاسلامي "الدولة"
قد تواصل في
خلفائه
أمانة في
عنق كل
القادرين "فاحكم
بينهم بما
أنزل الله":
أن يؤسسوا
كيانا
سياسيا
إسلاميا
لإقامة
الاسلام
نظاما
للمجتمع من
طريق
الشورى.
وواضح
أن فكرة
التعاقد
التي قامت
عليها
الدولة
الأوروبية
المعاصرة
أساسا لها
بديلا عن
القوة أو
الحق
الالهي،
والتي دعا
اليها
مفكرو
النهضة
الاروبية
مثل روسو
ولوك ذات
أصول
اسلامية.
والحقيقة
التاريخية
كما رأينا
تشهد على أن
دولة
الإسلام
سواء أكانت
في عهد
الرسول صلى
الله عليه
وسلم أم في
عهد خلفائه
الراشدين
سبقت إلى
مبدأ
التعاقد
أساساً
لشرعية
الحكم،
وصيغته في
الإسلام
معروفة
بالبيعة.
ولقد مثلت
بيعة
العقبة
الثانية
بين النبي
عليه
السلام
وبين وفد
يثرب العقد
الذي قام
عليه
التحالف
وقامت على
أساسه
الدولة
الاسلامية
الاولى في
المدينة.
لم
ينتظر
العالم
أربعة عشر
قرناً حتى
يأتي
المفكرون
الغربيون
الذين كانت
تقوم
الدولة
عندهم على
فكرة القوة
أو على فكرة
الحاكم
الاله، أو
ظل الله على
الأرض، من
أجل القيام
بثورة في
الفكر
السياسي
تحرر
البشرية من
تلك
الخرافات.
لم ينتظر
العالم
طوال تلك
المدة، لقد
سبق
الإسلام
إلى تلك
الثورة
التي شهدت
فترة
مثالية من
الازدهار
ثم تراجعت
تحت ضغط
الروح
الامبراطورية
السائدة في
العالم
يومئذ،
وعودة
مواريث
القبيلة
للظهور.
فنشأت
أنظمة
للحكم هي
مزاوجة بين
روح
الإسلام
التحررية
الديمقراطية
من جهة،
وبين أنظمة
الاستبداد
السائدة في
العالم
وميراث
العصبية
القبلية من
جهة ثانية،
حتى إذا
شهدت
العلوم
والمعارف
وطرق
الاتصال
مراحل
متطورة من
نموها تمرد
الفكر
الغربي على
الخرافة
والاستبداد
مستفيداً
من إرث
الإسلام
التحرري.
لما
انتقل
الرسول صلى
الله عليه
وسلم إلى
المدينة (اسم
أعطاه
الإسلام
ليثرب) - أي
المجتمع
النموذجي (المثال)
الذي ينبغي
للمسلمين
في كل زمان
ومكان أن
يستلهموه
وينهلوا من
تراثه في
إقامة
العدل
وتساوي
الفرص
والأمن
والحرّيّة
والتسامح-
لم تكن في
يثرب دولة
بل مجموعات
قبلية. كانت
مدينة
متعددة
الأديان
بين وثنيين
ويهود
وحنيفيين (موحدين
لله ولكن
على غير
ديانة
محددة) وبعض
المسيحيين.
وكان
القتال على
أشده بين
القبائل
الرئيسية
في يثرب
وخاصّة
القبيلتين
الرئيسيتين
في يثرب.
وعندما بدأ
سكانها
يعتنقون
الإسلام
قبل الهجرة
زاد التعدد
وزاد
الصراع،
وصارت أحوج
ما تكون إلى
عقيدة
جامعة
وقيادة
لتوحيدها.
ولم
تكن دوافع
كل زعماء
الأوس
والخزرج في
الإقبال
على الدعوة
دينية
بحتة، بل
كان بعضها
سياسياً
بهدف توحيد
صفوفهم
ومنع
التقاتل
بينهم
وإيجاد
الرباط
الديني
الموحد
والقيادة
الموحدة.
ولا يبعد أن
تكون
منافسة مكة
مركز سيادة
قريش بمركز
آخر حاضرة
في الأذهان.
وكان
أول عمل
النبي صلى
الله عيه
وسلم أن سنّ
للمجتمع
الجديد
دستوراً
سمي "الصحيفة"،
لسنا نجد
عندما
نتأمل
تاريخ
الدساتير
في العالم
نظيرا له في
الاعتراف
بالتعددية
على
المستوى
التشريعي
والمرجعي
والتكويني
من هذا
الدستور
الذي نظم
العلاقة
بين كل سكان
المدينة:
مسلمين
ويهودا على
اختلاف
أصولهم
القبلية
ومشركين.
وما من شك في
أن دراسة
هذا
الدستور
مهمة جداً
للمهتمين
بالفكر
السياسي.
فقد نظمت
الصحيفة "الدستور"
العلاقة
بين سكان
المدينة
على أساس
المواطنة
التي هي حق
لكل من
قطنها، على
أساس:
-
التسليم
للرسول صلى
الله عليه
وسلّم أن
يكون هو رأس
الدّولة
والضامن
للنظام
العام
للمدينة،
والقائم
على تطبيق
القانون،
مع احتفاظ
كل طائفة
بحق تنظيم
شؤونها؛
-
اعتراف كل
هذه
الطوائف
بزعامة
النبي صلى
الله عليه
وسلم؛
-
إقامة
العدل بين
كل
المواطنين
والتضامن
بين الجميع
في الدفاع
عن الدولة
وإعطائها
الولاء.
-الاعتراف
لكل مجموعة
دينية
متعاقدة
بحقوقها في
الاستقلال
بإدارة
شؤونها
الخاصة
بها، بما في
ذلك حقها في
التقاضي
حسب نظامها
القضائي
الخاص بها. "فإن
جاؤوك
فاحكم
بينهم أو
أعرض عنهم" <المائدة41>
ومعنى ذلك
أن لهم الحق
أن يحتكموا
للشريعة
الاسلامية
أو
لشريعتهم
فتعدد
الانظمة
القانونية
مسموح به في
الدولة
لاسلامية.
كما
أعلنت
الصحيفة أن
المسلمين
من
المهاجرين
والأنصار
ومن لحق بهم
هم أمة من
دون الناس
وذلك على
أنقاض
الرابطة
القبلية،
حيث كان
الرابط
الدموي هو
الذي يجمع
الناس. من
هنا يمكن
اعتبار أن
الصحيفة
هدمت كل ما
يمكن
تسميته
بروابط
العصبية من
قومية أو
عرقية أو
طبقية مما
له اعتبار
مهم لدى
الدولة
المعاصرة.
وبذلك يمكن
اعتبار
الدولة
الإسلامية
دولة
عقيدية
بمعنى أن
الناس لا
يلتقون
فيها على
أساس اللون
أو العرق أو
الطبقة
وإنما على
أساس القيم
والأفكار.
صحيح أن
الإسلام
ذكر بأن
الله
سبحانه
وتعالى خلق
الناس
شعوباً
وقبائل،
ولم ينكر أن
هناك شعباً
عربياً
وآخر
هندياً
وأخرى
أوروبية،
إلخ. وأن
هناك
تنوعاً في
الأعراق
والألوان
واللغات
والأديان،
ولكن
الرباط
الذي يلتقي
الناس حوله
وينظم
حياتهم
ويوحد
بينهم هو
الرباط
الفكري
والقيمي.
فالإنسان
لم يختر
لغته، ولم
يختر لونه،
ولم يختر
عرقه أو
بلده، ولكن
يفترض فيه
باعتباره
إنساناً أن
يختار
عقيدته
التي تزوده
برؤية عامة
للكون
والحياة
والانسانية
وبمرجعية
عليا
للقيم، لما
هو خير وما
هو شر.
غير
أن الملفت
في هذه
الدولة رغم
أنها حسب
دستورها
دولة
عقيدية،
أنها
اعترفت مع
ذلك بحق
المواطنة
لجميع
سكانها،
دون اقصاء
لأي فئة
منهم. فـ "اليهود
-حسب دستور
المدينة-
أمة مع
المؤمنين"
وهنا تبرز
إشكالية.
فإذا
اعتبرت
جميع
مكونات هذه
الدولة بمن
فيهم
اليهود "أمة
واحدة مع
المومنين"،
و هم ولا شك
ليسوا من
أمة
العقيدة
وإنما من
أمة
السياسة،
امة
الدولة،
وإذا كان
غير
المسلمين
المقيمين
في دولة
الاسلام
لهم حق
المواطنة
فما حال
المسلمين
غير
المقيمين
في أرض دولة
أسسها
الاسلام هل
يكون لهم حق
المواطنة
من باب
الأولى
فيكون المسلمون
حيثما
كانوا
مواطنين ؟
أم أن حق
المواطنة
هو فقط لمن
يقيم على
أرض
الدولة؟
سواء أكان
مسلما أم
غير مسلم؟
ذلك موضع
خلاف بين
الفقهاء
المعاصرين،
منهم أبو
الأعلى
المودودي
الذي يرى أن
المواطنة
في الدولة
الإسلامية
مشروطة
بسكنى دار
الإسلام.
ويخالفه
مفكرون
آخرون، مثل
سيد قطب،
مؤكدين على
أن
الانتماء
للإسلام
انتماء
للدولة
المسلمة،
وذلك على
غرار دولة
إسرائيل
العبرية
اليوم، فكل
يهودي في
العالم هو
مواطن في
الدولة، في
تماه كامل
بين الدين
والدولة.
غير
أننا في
سورة
الأنفال
نجد القرآن
يؤيد وجهة
نظر أبي
الأعلى، إذ
تنص آية
الأنفال 72، «والذين
آمنوا ولم
يهاجروا ما
لكم من
ولايتهم من
شيء حتى
يهاجروا.
وان
استنصروكم
في الدين
فعليكم
النصر إلا
على قوم
بينكم
وبينهم
ميثاق».
ومعنى ذلك
التفريق في
النصرة بين
المقيم على
أرض الدولة
وإن لم يكن
مسلماً،
وهذا
حمايته
واجب على
الدولة. أما
المسلم غير
المقيم في
أرض الدولة
فتجب نصرته
بحسب
الإمكان،
وبما لا
يتناقض مع
مصالح
الدولة
واتفاقياتها
مع الدول
الأخرى.
وهذا
يتناسب مع
القانون
الدولي
المعاصر
الذي ينص
على
إقليمية
القوانين.
ومعنى
كل ما تقدم
أن المرحلة
النبوية
أرست
المبادئ
الأساسية
للدولة
الإسلامية.
يتبع
الجزء
الثاني:
الخلافة
الراشدة
Le
mal arabe
Moncef
Marzouki
Le
professeur Moncef Marzouki a eu la gentillesse de m’envoyer le
manuscrit de son livre, encore inédit, intitulé « Le mal arabe
». Je l’ai lu d’un seul trait, le jour même de sa réception
par courrier électronique. Avant de faire la critique de ce livre
dans le prochain numéro de TUNeZINE, je voudrais en citer les
trois passages qui m’ont touché le plus. Le premier extrait
parle de ces Tunisiens oubliés de Dieu et des hommes, doublement
écrasés. Broyés par l’impitoyable machine répressive du régime
et anéantis par la misère économique. Le deuxième passage
parle du téléspectateur d’«Apostrophe » le plus attentif et
attentionné que Bernard Pivot ait jamais eu durant toute sa carrière
de journaliste culturel. Enfin, le troisième extrait, qui
pourrait bien inspirer le scénario d’un court métrage, m’a
fait rire et pleurer en même temps. Franz Kafka, le Juif tchèque
germanophone, est aussi un prophète tunisien…
Omar Khayyam
Entre
l’Intégrisme et la dictature, la Démocratie interdite
PREMIER
EXTRAIT
Aujourd’hui c’est ma tournée des grévistes de la faim. Ce
n’est pas plus amusant que la tournée des prisons ou des
tribunaux, mais c’est tout aussi instructif sur la face cachée
de la Tunisie. Dans la voiture j’avais demandé à mon compagnon
Lassaâd Jouhri de parler d’autre chose que du commerce des
mignons dans les prisons. Nous allons d’abord chez Heidi Bjaoui
–en grève de la faim dans sa maison depuis des semaines. Il réclame
ses droits élémentaires : papier d’identité, carte de soins,
travail. L’homme a été condamné pour appartenance à’’
Ennahda’’ le parti islamiste écrasé au bulldozer. Il a purgé
sa peine, mais la voilà qui continue sans la moindre
justification légale.
A peine installés, nous parlons des enfants et de leurs résultats
d’examens pour oublier qu’on était au trente quatrième jour
d’une grève qui n’aboutira à rien.
‘’En prison, on refusait de nous communiquer les carnets de
note de nos enfants. Les gardiens étaient jaloux des résultats.
C’est bien connu que les enfants des prisonniers politiques sont
les élèves les plus brillants par un mécanisme psychologique
simple à imaginer.
Comment fuir cette maudite répression ne fut-ce qu’un instant ?
Je tire la longue tresse de la petite assise à côté de moi.
‘’Mes filles se sont coupé nattes et queues parce que je leur
tirais toujours, et toi ton père, te tire-t-il les cheveux ?
Jouhri intervient :
‘’Dites lui qu’il n’est pas question de participer à la
grève de la faim de son père’’.
Des enfants faisant la grève de la faim. Seigneur dieu, dans quel
pays je vis !
Nous devons aller rendre visite maintenant à un autre gréviste
de la faim, tout aussi anonyme, et qui fait sa petite grève, dont
personne n’a entendu parler, dans un village qui n’existe sur
aucune carte.
Il s’appelle Abdessalem Smiri. Comme tous les anonymes il est au
bas de l’échelle socioprofessionnelle. Il est tourneur, sachant
à peine lire, et vit dans un patelin au nord de
Tunis
au nom ridicule ‘’ Ezzahra", car il n’y a pas beaucoup
de fleurs dans cette bourgade dont le nom en français donnerait
‘’la fleurie’’. Notre anonyme en question vit donc dans
une maison ou plutôt une masure anonyme au fond d’une ruelle
poussiéreuse qui, cela va sans dire, ne porte pas de plaque. Je
le trouve couché par terre sur une couverture rapiécée et ce
sera le seul meuble dans le décor , car voyez –vous les
anonymes, les vrais, les durs, les purs, sont souvent TRES
pauvres.
En général, ce genre d’êtres, sous d’autres cieux, et même
chez nous ne mange pas à sa faim, mais celui-là ne mange pas du
tout. En grève de la faim depuis une semaine, l’homme n’a pas
du tout l’air bien. Comment un tel vieillard peut-il tenir
depuis une semaine ?
Je demande à ‘’Si (monsieur) Abdessalem son âge. Sa réponse
me glace le sang. Le ‘’vieillard’’ est plus jeune que moi.
Il a à peine cinquante ans. Je cligne des yeux incrédules. Il en
parait au moins soixante dix.
Ici on fait intervenir dans la description de l’anonyme, le flot
de souffrances dont personne, bien entendu, n’a jamais entendu
parler et qui ont blanchi la barbe et la crinière, voûté le
dos, tracé sur le visage ces rides si profondes qu’on les
prendrait pour des balafres.
Arrestation selon le scénario qu’affectionne la dictature. Des
super flics sur le toit mitraillette au poing, le village bouclé,
l’interruption brutale dans la masure, les injures, les
bousculades, la fouille (avec le grand classique du matelas découpé
au couteau).
Il aurait suffi, me dit-il d’une convocation. Eh ! Oui mon
vieux, mais comment se seraient-ils fait plaisir ? Donc
arrestation, Donc torture, Donc condamnation à huit ans de prison
sur une présomption de collusion avec les Islamistes.
Mon compagnon de visite, islamiste et fier de l’être, me dit
accablé : huit ans pour rien. L’homme n’était pas des nôtres.
Il sait de quoi il parle parce que Lassaâd Jouhri emprisonné
pendant des années, rendu paralysé par la torture a été jugé
avec lui dans la même affaire.
Les anonymes sont d’excellentes victimes expiatoires, et le menu
fretin a toujours constitué le terrain de prédilection pour ce
qu’on appelle sous d’autres cieux, les erreurs judiciaires.
L’homme parle de ces années d’horreur avec des yeux embués.
Un détail me frappe
‘’Sous la torture, ils m’ont cassé le poignet droit. Ils
ont fini par m’emmener à l’hôpital. Le gardien m’a mis les
menottes sur ce poignet. Je l’ai supplié de me les mettre sur
l’autre. Il
a refusé. Je hurlais de douleur. Je ‘’vois ‘’ : de
l’acier froid et très serré sur de l’œdème. Finissent
enfin huit années de cauchemar dans l’un des systèmes pénitentiaires
les plus odieux de la planète, pourtant riche en lieux
d’horreur et d’abjection.
‘’Je
sors pour qu’un autre cauchemar commence. Je retrouve mon
travail de tourneur. La police s’en mêle. Mon patron me chasse
sans explication. J’essaie d’ouvrir un garage de réparation
de bicyclettes. La police s’en mêle et le propriétaire annule
la location. Les enfants n’allaient plus à l’école depuis
longtemps .Le petit dernier n’arrêtait pas de déambuler dans
les vergers se parlant tout seul. Maintenant cela va un peu mieux,
mais j’ai eu peur qu’il ne devienne fou. Ma femme, malade,
s’en va chercher du travail tous les matins chez les maraîchers
du coin. Elle trime du matin au soir pour cinq dinars la journée
(cinq euros). Elle revient accablée d e fatigue le soir pour
s’occuper du dîner et des trois enfants. Comment
allons nous manger si elle tombe malade ? Nous n’avons pas droit
au carnet de soins gratuits qui n’est donné qu’aux gens du
parti. Comment
achèterions les médicaments alors que nous n’avons à peine de
quoi manger ?’’
C’est signé. Je reconnais toute le savoir faire de ce grand
technicien de la répression qu’est Ben Ali. Feu de tout bois
sur l’ennemi exécré.
A la porte de Borj Erroumi, la prison qui surplombe Bizerte, et
dont je sortais après avoir rendu visite à mon frère Mohamed
Ali condamné à ma place à deux ans , une vieille femme pouvant
à peine marcher, s’approche de moi.
‘’Mon enfant peux –tu m’emmener avec à Bizerte ? C’est
si difficile de trouver un taxi.’’
Pendant qu’on roule La vieille femme, éclate en sanglots.
‘’Ces hommes ont-ils donc une mère ? Ont-ils des enfants ?
Comment peuvent –ils être si cruels ? Sont-ils seulement des
musulmans ? Ne craignent-ils pas Dieu ? Je suis obligée
d’emprunter à mes voisins pour pouvoir voir une fois par mois
mon fils. Qu’est-ce que cela leur aurait coûté de le laisser
à la prison de Sfax ? Non, il a fallu qu’ils le mettent à
Bizerte. J’habite dans l’île de Kerkennah. Alors je dois
prendre le ferry jusqu’à Sfax, un ‘’louage ‘’ jusqu’à
Tunis, un autre jusqu’à Bizerte, puis un taxi. Tu me vois faire
tout cela à mon âge. Chaque visite me ruine et la bourse et la
santé. Pourquoi font-ils tout cela ? N’ont-ils pas de mère,
n’ont –ils pas d’enfants ?’’
Sanglots le reste du chemin. Ils font cela de façon systématique
et délibérée pour tous les prisonniers politiques .Ceux du Nord
sont envoyés dans le Sud et vice et versa. Il faut isoler encore
plus les prisonniers, déchirer au maximum les liens familiaux et
assouvir une vengeance inextinguible.
Ce que l’on ne souligne pas assez c’est a quel point tout
dictateur est un extrémiste. Son exigence de la soumission totale
est poussée jusqu ‘au ridicule. Enfermé dans une logique
paranoïaque, il se donne raison contre le monde entier. Il ignore
ce qu’est le dialogue avec les adversaires politiques, ne laisse
place à aucune négociation, accumulant les ennemis sur l’étendue
du spectre politique. La caractéristique de tout système
politique extrémiste quel qu'en soit le fondement –ou l’alibi
idéologique - est d’exiger une forte dose de violence pour
perdurer. Rien d’étonnant à ce que le dictateur ait introduit
dans le pays un tel niveau de brutalité inconnu auparavant, car
inutile du temps de Bourguiba.
Ne sachant pas faire des compromis en bon extrémiste, il est
condamné à exercer encore plus de répression pour maintenir un
pouvoir devenu de plus en plus intolérable et illégitime. Il
existe une loi immuable en politique qui lie le niveau de violence
politique à l’illégitimité du système et à l’extrémisme
de ses dirigeants.
Quand je pense à ce qu’ont subi les Islamistes je n’ai
qu’un mot qui me vient à l’esprit : Apartheid. Ces tunisiens,
idéologiquement de couleur noire, doivent être constamment
stigmatisés comme terroristes, obscurantistes. Il faut les faire
craindre et haïr par le reste de la population et donc les
isoler, les retrancher du corps social. Les prisonniers n’ont
aucun droit humain reconnu. Leurs familles doivent être disloquées
chaque fois que c’est possible. Il faut les affamer en punissant
sévèrement toute aide, de quelque origine qu’elle vienne. Hors
des prisons, ils peuvent survivre par tolérance et en rasant les
murs. On voit moins de barbes ou de voiles dans les rues de Tunis,
que dans le métro de Paris ou de Washington. On doit leur
interdire le travail ou les acculer à exercer les plus bas métiers
même quand ils sont ingénieurs ou informaticiens. Il est hors de
question qu’ils accèdent à la fonction publique. Ce sont des
citoyens de seconde zone dans un pays où, il n’existe pas de
citoyens de toute façon.
Un jour, une jolie jeune fille, habillée en jeans et T-shirt, les
cheveux au vent est venue au siège du Conseil National pour les
Libertés en Tunisie (CNLT) raconter une de ces nombreuses
histoires de l’apartheid.
Son fiancé, officier, s’est vu interdire de se marier avec elle
parce qu’elle a dans sa famille un lointain cousin emprisonné
pour Islamisme. La fille était au désespoir et nous avec.
Comment peut-on pousser la haine à un tel niveau ?
Quelles blessures profondes porte cet homme qui nous gouverne, que
le pouvoir n’a pas guéries ? De quelles humiliations secrètes,
subies on ne sait trop quand, où et comment, se venge-t-il ? Avec
quels fantômes règle-t-il des comptes qui ne seront jamais soldés
? Pour qui devons –nous payer ce prix prohibitif qu’est la
souffrance de tout un peuple ? Le plus dramatique et drôle à la
fois c’est que de tous les Tunisiens, condamnés par lui à
vivre dans la peur, il est probablement le plus terrorisé.
J’ai souvent réfléchi à la tactique du pouvoir avec les
anciens prisonniers politiques. En sortant de prison, ils ne
doivent ni travailler, ni sortir du pays chercher du travail, ni
recevoir aucune aide selon la règle que tout le monde connaît
cinq=cinq. Un don de cinq dinars fut-ce à un proche entraîne
cinq années de prison. Une partie des prisonniers politiques sont
les victimes du cinq=cinq.
Comment condamner des milliers de familles à la faim, des femmes
à la prostitution sans pousser les gens à la révolte ? Puis
j’ai compris que tel était justement l’objectif.
Ainsi on pourrait justifier a posteriori toutes les horreurs de la
décennie noire et justifier le maintien de la machine répressive,
au chômage depuis des années, et dont les pièces commencent à
rouiller sérieusement.
Le génie de notre peuple a été justement d’opposer au
terrorisme de l’Etat une résistance pacifique, ou des hommes et
des femmes ont brandi des principes contre des intérêts, la
non-violence contre la brutalité, l’intelligence face la bêtise…la
responsabilité face à la plus criminelle des irresponsabilités
que peut commettre un pouvoir : pousser ses propres administrés
à la violence.
‘’Je ne demande rien d’autre que d’être traité comme un
humain. Je veux retrouver mon travail de tourneur, faire vivre ma
famille, est-ce trop demander ?’’
Cet homme meurtri dans sa chair et son âme, depuis tant d’années,
qui n’a pour réclamer ses droits que cette dérisoire grève de
la faim, est le symbole anonyme de ce refus calme et patient du règne
de la force et de la brutalité.
Je songe un instant au principe sur lequel fonctionne cette géniale
invention qu’est la grève de la faim.
‘’Moi homme, je m’adresse à toi, qui sous ta carapace de
colère, de peur et d’ignorance, reste mon semblable et mon frère,
pour te demander de mettre fin à mes tourments. Je subodore que
toi non plus, car comme moi enfant né d’une femme et d’une mère,
tu n’es ni heureux ni fier de tout cela. Alors rencontrons-nous
et faisons la paix.
Mais quelle chance a ce message de toucher le cœur d’un tel
système, d’un tel homme ?
Tout dépend de l’épaisseur de la couche de cynisme, de colère,
de peur et d’ignorance que le message doit traverser pour
parvenir à cette profondeur ou le divin est enfoui en chacun
d’entre nous. La nappe peut être chez les uns à ciel ouvert ou
à quelques pas sous vos pieds.
Creusez, creusez, ce n’est qu’une question de profondeur même
chez le serial killer.
Des fois le miracle se produit. Bourreaux et victimes tombent dans
les bras les uns des autres et la vallée de larmes devient
l’espace d’un instant la vallée des sourires. Mais certaines
âmes sont enfouies sous une couche si épaisse que le
‘’signal’’ rebondit comme une balle de caoutchouc sur une
plaque de ciment. Nous sommes pour l’instant dans ce cas de
figure. Point de miracle, mais la sordide réalité. L’homme
n’aura que ses yeux pour pleurer, et moi toute mon expérience
de la psychothérapie pour le convaincre d’arrêter une grève
suicidaire ne fût-ce que pour pouvoir continuer le combat. Je
suis saturé de toute cette souffrance mais le pire est à v enir.
En sortant de chez le ‘’vieux ‘’ Abdessalem ‘’, Jouhri
me chuchote à l’oreille.
‘’Dis à la vieille qu’il n’est pas question qu’elle
participe à la grève de la faim de son fils.
Je le regarde sans comprendre.
‘’La mère de notre gréviste ne mange plus depuis que son
fils s’obstine à ne rien avaler. A son âge c’est une
folie’’.
Je regarde éberlué une petite vieille ratatinée, portant sur
son visage toute la mélancolie de ce monde. Elle nous tend un
plateau avec des verres de ‘’Fanta ‘’ et quelques gâteaux
secs avec des larmes silencieuses. Des
vieillards et des enfants faisant la grève de la faim !
Existe-t-il
pire indicateur sur le délabrement moral de ce pays ?
Le
cœur, disent les Français doit se bronzer ou se briser. Le mien
se bronze et se brise à la fois. Pourtant la médecine m’a bien
entraîné à résister à la souffrance de l’autre. Cette
résistance est l’une des garanties de l’efficacité du combat
contre elle. Mais comment lui résister quand elle vous environne
de toute part, quand elle est à la fois dehors et dedans ?…
DEUXIEME
EXTRAIT
-Il n’y a pas que la chaîne tunisienne, me dit le gardien
d’un air entendu.
-Comment ? J’ai vu dès le premier jour que le bouton de
changement de chaîne est enlevé.
-Oui mais il y a le truc du bâton d’allumette. C’est si
simple. Oh vous les intellectuels !
Je tends l’oreille brusquement intéressée.
-Tu vois, il suffit de mettre le bâton dans le petit trou et de
tourner doucement. Mon premier rayon de lumière : la complicité
des humains contre leur propre inhumanité et ce, par delà la
distribution des rôles dans la tragi-comédie de l’existence.
On m’a souvent parlé de ces comportements
‘’paradoxaux’’ y compris dans les salles de torture. Génial
comme disent mes filles. Ça marche. Enfin pas souvent. Je me
souviens d’avoir suivi un soir toute une émission de Pivot sur
Voltaire, debout, avec mon bâton d’allumette enfoncé dans le
trou de la machine, pour maintenir un semblant d’image.
Jamais ‘’Apostrophes ‘’ n’a eu un téléspectateur plus
méritant.
L’un des secrets de la résistance de notre humanité
tiendrait-elle aussi à notre capacité à nous créer des
plaisirs humbles et des joies secrètes même dans la pire
situation ?
TROISIEME
EXTRAIT
Il est rare que des tunisiens honorent des compatriotes. Même au
sein de la mouvance des droits de l’homme, la rivalité peut –être
sans merci Nous voulions par ce prix, adoucir les mœurs rudes du
mouvement démocratique, et rompre avec une tradition bien établie
que seuls des associations de la société civile internationale,
étaient capables de reconnaître les hommes et les femmes de
qualité dans notre pays.
Nous n’avions pas d’argent pour doter ce prix et la médaille
était de bric et de broc. Mais qu’importe pour nous c’était
Le prix. Je faisais chaque 10 décembre au soir un discours
enflammé et notre doyen remettait en grand cérémonial un
parchemin en papier ordinaire et une médaille sortie de la débrouillardise
de Sihem Ben Sedrine. A cette occasion La maison de maître
Chakroun se transformait en maison de la liberté.
Mais ce 10 décembre 2000, mon problème est d’y arriver.
Impossible de semer mes éternels anges gardiens. Je hèle un
taxi. C’est un cortège qui se forme derrière moi. Je saute du
taxi. La
meute sort de partout. C’est hallucinant. Ils me serrent de façon
provocante. Je n’ai jamais vu rien de pareil dans ma longue
carrière de gibier de la police. J’ai en permanence l’image
de la chasse à courre. Je veux fatiguer ces fonctionnaires, mais
en vain. Dans les ruelles où je m’engage pour me débarrasser
des voitures, ils lâchent sur moi les motos.
Je
décide de ne pas aller chez le doyen, craignant d’être celui
qui conduira la meute à la maison supposée non brûlée. En
fait, ils savaient tout et la maison était bouclée depuis belle
lurette. Tous nos invités avaient été refoulés, certains
molestés. La police les pourchassera jusque dans les cafés pour
les empêcher d’être ensemble. Il
y a de plus en plus de flics. Il en sort de partout. Bientôt
je marche sur le trottoir avec une moto, roulant à mon pas,
quasiment collée à moi et. Les rares piétons, sautent sur la
chaussée inquiets de ce manège inhabituel. Soudain je me
rappelle le prix ! Il faut qu’il soit décerné ce soir. La
commission l’avait attribué cette année à la ligue. Essoufflé,
je rentre dans le premier taxiphone ouvert et j’appelle son président
Mokhtar Trifi. Il me confirme que les armées policières sont à
pied d’œuvre dans tout le pays. Les barrages, interceptent sur
la route de Bizerte, les amis venant pour la cérémonie.
Bon lui dis –je, oublions tout cela. Je prends ma voix la plus
solennelle en surveillant l’entrée menaçante des policiers et
le visage effrayé du propriétaire :
‘’Au nom du CNLT, je suis heureux de remettre le prix Hachemi
Ayari de cette année 2000, à la Ligue tunisienne des droits de
l’homme pour sa détermination à sauvegarder son indépendance
et à lutter pour les libertés en Tunisie. Ouf, c’est fait. Je
sens Trifi aussi ému que moi à l’autre bout du fil.
-Je suis très honoré par ce prix. Nous allons continuer quoi
qu’ils fassent.
(Source:
Le N° 109 de l’e-mag TUNeZINE)
La
dixième croisade ?
André
Fontaine
Les
états-unis ont beau compter aujourd'hui encore nombre de grands
historiens, y compris de notre pas toujours "douce"
France, ils ont beau célébrer avec dévotion l'Independence Day
et Thanksgiving, qui commémore l'arrivée, en 1620, des "pèlerins"
du Mayflower sur les côtes du Massachusetts, le moins qu'on
puisse dire est que l'Histoire n'y a pas trop bonne cote.
"You're
History" est
une manière de dire à un contradicteur que ses références au
passé sont hors de propos. Et Francis Fukuyama exprimait un point
de vue très répandu outre-Atlantique quand il assurait naïvement,
au lendemain de la chute de l'empire soviétique, que celle-ci
entraînait tout simplement, avec la victoire universelle du "rêve
américain", la "fin de l'Histoire" imprudemment
prophétisée par Hegel en 1806 au lendemain de la victoire de
Napoléon à Iéna. A l'en croire, l'ennui constituait le
principal danger qu'avait désormais à redouter l'espèce
humaine.
Fukuyama,
qui est Américain, comme son nom ne l'annonce pas, est
aujourd'hui le premier à reconnaître qu'on n'en est pas encore
tout à fait là, mais le comportement de George Bush II et de son
entourage continue de témoigner d'une belle indifférence aux
valeurs identitaires que leur histoire a pu léguer aux autres
peuples.
Il
n'est que de voir avec quel dédain le secrétaire à la défense,
Donald Rumsfeld, a parlé de ces vieilles nations de la vieille
Europe que sont à ses yeux la France et l'Allemagne, dont
l'influence serait en pleine perte de vitesse, ce que dément à
lui seul l'accueil réservé à Jacques Chirac par les foules algériennes.
Bien
plus grave cependant est l'ignorance du monde islamique dont fait
preuve l'actuel président des Etats-Unis, quand il insiste sur
l'inspiration religieuse de sa campagne contre le despote de
Bagdad et quand il assure que la déposition manu militaride
ce dernier par les soldats de l'Oncle Sam ouvrira la voie à la démocratisation
de la région. Ce faisant, il fournit en effet le meilleur
argument à ceux qui, déjà si nombreux dans le monde arabe,
considèrent Américains et Britanniques comme la réincarnation
des croisés du Moyen Age.
L'un
des premiers à employer l'__expression, à l'époque
contemporaine, a été le Turc Mehmet Ali Agça, qui, lorsqu'il
tenta de tuer Jean-Paul II, déclara s'en prendre au "commandant
suprême des croisés". On la retrouve aujourd'hui dans
la bouche de Ben Laden et de centaines d'imams qui prêchent le djihad
pas seulement en Irak, mais en Arabie saoudite, dans bien
d'autres pays musulmans, voire sous nos latitudes.
C'est
que, comme l'a si bien écrit Amin Maalouf dans son beau livre sur
Les Croisades vues par les Arabes (J.-C. Lattès, 1983), "il
est clair que l'Orient arabe voit toujours en l'Occident un ennemi
naturel. Contre lui tout acte hostile, qu'il soit politique,
militaire ou pétrolier, n'est que revanche légitime. Et l'on ne
peut douter que la cassure entre ces deux mondes date des
croisades, ressenties par les Arabes, aujourd'hui encore, comme un
viol". Installer à demeure, dans ces conditions, des
militaires américains à proximité des Lieux saints de l'islam
relevait, aux yeux de certains, de la provocation : il semble
bien d'ailleurs que cette décision n'ait pas peu contribué à la
conversion au terrorisme du chef d'Al-Qaida, jadis golden boy saoudien
qui avait guerroyé avec les moudjahidins contre les Soviétiques
en Afghanistan. En tout cas, il ne perd jamais une occasion
aujourd'hui de dénoncer la coalition des "croisés" et
des "sionistes", grief auquel la Maison Blanche donne déjà
prise en s'alignant pour l'essentiel sur les positions d'Ariel
Sharon.
D'autant
que Saddam Hussein est né natif de Takrit, où vit le jour en
1137 le héros, s'il en fût, du monde arabe qui avait nom
Saladin. Inutile de dire qu'il a dans son bureau le portrait en
pied de celui qui, cinquante ans plus tard, reprit Jérusalem aux
"Franj", aux croisés, et dont il se croirait volontiers
la réincarnation.
PÉTROLE
ET PRÉSIDENTIELLE
Saddam
Hussein n'a malheureusement ni la loyauté ni l'humanité de celui
qui avait forcé l'admiration, Dante compris, des Occidentaux du
Moyen Age. Vieux mécréant, et s'en étant longtemps fait gloire,
le raïs irakien a fait inscrire des sourates du Coran sur le
drapeau national et n'hésite plus à parler de guerre sainte.
Il
y a eu neuf croisades, au bilan très contrasté. Allons-nous
assister à la dixième ? De quoi Bush veut-il nous
convaincre quand il nous assure qu'il prie chaque jour pour la
paix, alors qu'il attend manifestement avec tant d'impatience le
moment d'en découdre avec Saddam ?
Croit-il
vraiment se conformer, en annonçant la guerre inévitable, à la
volonté divine dont il se réclame à tout bout de champ, quand,
le pape en tête, les chefs de la plupart des Eglises chrétiennes
le supplient de laisser ses chances à la paix ? Quand le
cinquième commandement interdit purement et simplement de tuer ?
Quand le sermon sur la montagne proclame bienheureux les
pacifiques ? Quand, au jardin des Oliviers, le Christ a obligé
Pierre à remettre son épée au fourreau ?
Les
guerres de religion ont fait trop de mal au cours des âges, et
elles continuent d'en faire, notamment en Irlande du Nord, au
Proche-Orient, au Cachemire, au Soudan, pour qu'un pays, fût-il
le plus puissant du monde, se croie autorisé à en déclencher
une nouvelle, avec le risque, surtout si les opérations traînent
en longueur, de voir une grande partie du monde islamique prendre
fait et cause pour un tyran d'un autre âge.
Que
George W. Bush se dise bien, en tout cas, qu'à persévérer
dans cette voie, il va donner de plus en plus l'impression de régler
un compte personnel, avec un œil sur le pétrole irakien et un
autre sur l'élection de 2004 : ce n'est évidemment pas
ainsi qu'il a beaucoup de chances de se rallier ceux qui, de plus
en plus nombreux, y compris en Grande-Bretagne, et, avec Jimmy
Carter et le New York Times, aux Etats-Unis mêmes, disent
carrément non à la guerre.
(ARTICLE
PARU DANS LE JOURNAL “LE MONDE” DATE LE 15.03.03)
متى
يكون لهذا
الهوان
انتهاء؟
بقلم:
أمينة
بريدعة (المغرب)
حناجرنا
خرساء
أّّذرعنا
شلاء
كلامنا
هراء
شعاراتنا
جوفاء
لا فعل إلا
البكاء
حتي صرنا
فيه خنساء
لا عزة لا
إباء
هذا ما شهدت
به الأعداء
نفطنا لهم
إهداء
و شروطهم
لنا إملاء
و حقنا
سبيله
الاستجداء
منهم
التحقير و
الإذلال
و منا
الطاعة
العمياء
كيف لا و
الغذاء
منهم و
الكساء
أمة
تنازعتها
الأهواء
فاستغل
ضعفها
الأعداء
كيف نبغي
عزة ووقارا
و جسمنا
بالتمزق
أشلاء
لماذا لا
نعي أن
التنازع
عقبة
كأداء؟
عجبا لا
نتعلم
فالأخطاء
دائما
الأخطاء
(المصدر:
صحيفة
القدس
العربي
الصادرة
يوم 17 مارس 2003)
|