Reporters sans
frontières
Communiqué
24 août 2007
Tunisie
Un journaliste d'une chaîne de télévision
privée agressé par des policiers en civil
Mohammed Abbou empêché de quitter le territoire et volé
Reporters sans frontières est indignée par l'agression dont a été victime
Aymen Rezgui, journaliste de la chaîne de télévision
satellitaire privée Al-Hiwar Attounsi, le 24 août 2007, en plein
centre-ville de Tunis. Le jour même, l'avocat Mohammed Abbou n'a pas été
autorisé à se rendre à Londres, où il devait être interviewé par la chaîne
Al-Jazira.
"Cette nouvelle agression témoigne de la volonté réelle des autorités
tunisiennes d'empêcher les journalistes indépendants de travailler. A
l’instar d’Aymen Rezgui, ces journalistes sont sans cesse surveillés et
harcelés. Ce n'est pas la première fois qu’il se fait agresser et
confisquer son matériel. C'est d'autant plus révoltant que cet incident
s'est produit en plein jour, devant de nombreux témoins", a dénoncé
l'organisation.
"Par ailleurs, nous demandons aux autorités tunisiennes de mettre fin à
leur acharnement contre l'avocat Mohammed Abbou, libéré il y a un mois
après avoir injustement passé près de deux ans et demi en prison. Cet
homme continue d'être puni pour sa liberté de ton", a ajouté Reporters
sans frontières.
Aymen Rezgui sortait d'une conférence de presse tenue par le Parti
démocrate progressiste (PDP) dans ses locaux en plein centre-ville,
lorsqu'il a été agressé par une dizaine de policiers en civil. Il a été
blessé à la main. Sa caméra ainsi que toutes ses notes ont été
confisquées. Le PDP dénonçait la volonté des autorités tunisiennes
d'entraver ses activités légales, en particulier le rassemblement des
jeunes du parti prévu les 25 et 26 août prochain, en lui interdisant
l’accès et l’utilisation des espaces publics.
Le directeur d'Al-Hiwar Attounsi, Tahar Ben Hassine, avait confié, il y a
peu, à Reporters sans frontières, ses craintes quant à une éventuelle
agression. Les 15 et 16 août 2007, des policiers s'étaient rendus à son
domicile et avaient interrogé sa femme de ménage. M. Ben Hassine
souhaitait porter plainte pour "tentative d'intrusion".
Dans une autre affaire, l’avocat Mohammed Abbou s’est rendu, le 24 août
2007, à l’aéroport de Tunis-Carthage pour embarquer vers la
Grande-Bretagne afin d’enregistrer une émission sur la liberté
d’expression et les droits de l’homme en Tunisie, dans les studios
londoniens de la chaîne satellitaire Al-Jazira. L’avocat, en liberté
conditionnelle, a été informé par les autorités qu’il était “interdit de
voyage”. Selon Me Abbou, aucune disposition légale ne justifie cette
interdiction. Dans une déclaration à l’Agence France-Presse, le 22 août
dernier, l’avocat avait révélé ses craintes de ne pas être autorisé à
quitter le territoire après qu’une importante somme d’argent, qui lui
était destinée pour un prochain déplacement en France, envoyée par
l’organisation de défense des droits de l’homme Frontline, via Western
union, avait mystérieusement disparu.
Reporters sans frontières rappelle que le président Zine el-Abidine Ben
Ali est l'un des 34 prédateurs de la liberté de la presse.
Communiqué de la FTCR aux
sans-papiers à Lille
La fédération des tunisiens pour une citoyenneté des deux rives suit avec
beaucoup d’inquiétude l’évolution de la grève de la faim entamée depuis
le 15 juin dernier par les sans-papiers à Lille.
La FTCR qui n’a cessé d’appeler à la régularisation de tous les sans
papiers, apporte un soutien indéfectible aux sans-papiers grévistes de la
faim, au CSP 59 et à tous les militants engagés dans cette cause.
Elle s’insurge contre les pratiques dégradantes subies par les grévistes
de la faim et les méthodes musclées et inhumaines employées par les forces
de police à Lille sous l’égide du préfet Daniel CANEPA, conformément à la
politique du président Sarkozy et de son gouvernement.
La FTCR exige l’arrêt des interpellations des grévistes de la faim, la
libération de ceux qui ont été conduits dans des lieux d’enfermement aisi
que l’arrêt des expulsions.
La FTCR considère que la seule issue à même d’éviter des conséquences
dramatiques est la régularisation de tous les sans papiers concernés et en
particulier les grévistes de la faim. Elle fait porter la responsabilité
de toute évolution négative à l’entêtement des autorités préfectorales.
La FTCR réitère son soutien aux grévistes de la faim et appelle à une
régularisation de tous les sans papiers.
Paris le 22.8.07
Le président tunisien pour une
"approche globale" dans la lutte contre le terrorisme
Associated Press, le 23 août 2007 à 19h47
TUNIS (AP)-- Le président tunisien Zine El
Abidine Ben Ali a appelé jeudi à "hâter la tenue d'une conférence
internationale, sous l'égide de l'ONU, en vue de l'adoption d'un code de
conduite en matière de lutte contre le terrorisme qui soit contraignant
pour tous les Etats".
Dans une interview accordée à la revue libanaise "Al-Hawadeth" et diffusée
par l'agence de presse tunisienne TAP, il estime impératif pour la
communauté internationale de redoubler d'efforts pour apporter "des
solutions communes à l'ensemble des problèmes" engendrés par
"l'aggravation des périls de l'extrémisme et du terrorisme".
Face à ce fléau, le président tunisien plaide pour "une approche globale
qui ne se limiterait pas aux seules dimensions sécuritaires, mais qui
engloberait les dimensions économiques, sociales, culturelles, éducatives
et politiques".
Selon lui, "tout dysfonctionnement qui affecterait l'une de ces dimensions
ne pourrait qu'alimenter l'extrémisme et le terrorisme".
A ses yeux, la lutte contre ce phénomène "commande d'éradiquer la pauvreté
dans le monde et d'œuvrer à combler la fracture économique et cognitive
entre les Etats du Nord et ceux du Sud et à diffuser les valeurs de
tolérance et de concorde".
Au plan politique, il juge nécessaire de rechercher des "solutions
équitables aux problèmes en suspens (...) à l'origine de tant de foyers de
tension et de conflits générateurs de sentiments d'impuissance et
d'humiliation de nombreux peuples", allusion au conflit israélo-arabe et à
l'Irak.
"Il est temps de dépasser le scénario de l'antagonisme entre l'Orient et
l'Occident et rompre avec les malentendus accumulés entre les
civilisations et les religions", ajoute le président Ben Ali.
Un tel dialogue "est nécessaire pour corriger notre image en tant
qu'arabes et musulmans et de la débarrasser des séquelles d'une
méconnaissance de notre civilisation, de notre culture et de notre
religion, laquelle s'accompagne parfois de comportements et d'attitudes
qui heurtent notre sensibilité", déplore-t-il.
Associated Press
Un parti d'opposition dénonce les
"entraves" des autorités tunisiennes
AP - Vendredi 24 août, 19h44
TUNIS - Un parti de l'opposition légale en Tunisie a accusé vendredi le
gouvernement d'avoir entravé l'organisation d'un séminaire de jeunes qui
devait se tenir dans un village touristique dans la banlieue sud de Tunis.
Lors d'une conférence de presse, Maya Jribi, secrétaire générale du parti
démocratique progressiste (PDP), a fait état de "pressions" exercées sur
la société propriétaire de cet espace, qui ont conduit à l'annulation du
contrat signé avec le PDP, sous prétexte de travaux devant être effectués
sur les lieux.
Elle a mis en garde contre "la gravité" de telles entraves et contre les
conséquences qui peuvent en découler en entraînant les jeunes vers les
courants de l'extrémisme et de la violence.
Selon elle, de telles "mesures oppressives" qui ont affecté d'autres
structures de la société civile, telle que l'Association tunisienne des
femmes démocrates (ATFD), "visent à étouffer toute voix indépendante".
"Nous élevons une protestation énergique contre ces pratiques", a-t-elle
déclaré.
Les autorités rejettent ces accusations, en assurant que "les huit partis
légaux ne font l'objet d'aucune restriction dans leurs activités dans
leurs sièges ou dans leurs médias". AP
Tunisie: visite privée de Silvio
Berlusconi chez le président Ben Ali (Ansa)
AFP, jeudi 23 août 2007
ROME - L'ancien premier ministre italien Silvio Berlusconi a quitté jeudi
matin la Sardaigne où il passait ses vacances pour se rendre en Tunisie
afin d'y rencontrer le président Zine El Abidine Ben Ali, a indiqué
l'agence italienne Ansa.
Selon l'agence il s'agirait d'une visite privée, M. Berlusconi étant un
ami de longue date du président tunisien.
L'actuel chef de l'opposition italienne a été au pouvoir à deux reprises
en 1994 puis de 2001 à avril 2006.
AFP
Allocution du 6 avril 2004 de
Bertrand Delanoë lors de l’inauguration de l’esplanade Habib Bourguiba.
« Il y a quatre ans disparaissait celui que l’Histoire a, de son vivant,
érigé en fondateur de la nation tunisienne. Nous reviennent à l’esprit les
mots prononcés en 1973 par Habib Bourguiba : “D’une poussière d’individus,
d’un magma de tribus, de sous tribus, tous courbés sous le joug de la
résignation et du fatalisme, j’ai fait un peuple de citoyens.” Des paroles
fortes qui identifient un rôle, une oeuvre et un parcours uniques dans le
siècle.
Retracer le destin d’Habib Bourguiba, c’est évoquer la figure du leader
charismatique, celui qui fait l’Histoire. Et, dans ce cheminement hors du
commun, Paris occupe une place particulière. C’est en effet dans notre
capitale que le jeune étudiant à la Sorbonne et à l’École libre des
sciences politiques a acquis les armes intellectuelles et idéologiques
propres à nourrir le futur homme d’État. Venu avec l’ambition déclarée «
d’étudier le droit en vue de combattre le protectorat », Habib Bourguiba,
à 20 ans, s’est donné les moyens de son rêve d’indépendance.
C’est aussi à Paris qu’il rencontra Mathilde, sa première épouse. Et
comment oublier que ce séjour parisien lui offrit l’occasion de cultiver
sa passion pour les auteurs français, Vigny, Hugo ou Bergson ? Sans doute,
déjà, peut-on déceler les ressorts de la dualité qui caractérise son
rapport à notre pays : il sera un militant inlassable de la
décolonisation, mais demeurera un admirateur sincère et enthousiaste de la
France universelle, épris de ses poètes, de ses écrivains, de sa culture.
Ainsi, lorsqu’il retrouve son pays natal, en 1927, il ne peut que mesurer
le décalage cruel entre les principes enseignés à Paris et la pratique
effective du protectorat. Ce constat stimule, plus que jamais, le dessein
qu’il nourrit : servir l’émancipation de son peuple. Très tôt, en effet,
il acquiert la conviction que l’indépendance de la Tunisie est
inéluctable, même si son horizon paraît alors lointain. Lucide, intuitif,
il perçoit aussi très vite l’inefficacité du « Destour », le parti libéral
constitutionnel, qu’il juge inadapté à cette ambition. Assumant la
dissidence, il fonde donc le Néo-Destour.
Cette jeune formation est moins élitiste, plus populaire. Elle n’est plus
seulement urbaine, mais s’ouvre aux campagnes. Surtout, et c’est la marque
fondamentale du bourguibisme, elle rejette la logique du “tout ou rien” et
s’inscrit dans une démarche par étapes, en acceptant la négociation avec
la puissance coloniale.
Dès 1931, le “Combattant suprême” résumait cette stratégie dans le journal
La Voix du Tunisien : “Le contact d’une civilisation plus avancée
détermine pour le peuple tunisien une réaction salutaire. Une véritable
régéné ration se produit. Grâce à une judicieuse assimilation des
principes et des méthodes de cette civilisation, il arrive fatalement à
réaliser par étapes son émancipation définitive.”
La marche vers l’indépendance est ainsi pensée très tôt : elle sera
l’oeuvre du peuple, progressant pas à pas, au rythme des compromis, de la
lutte et même des sacrifices. Durant vingt ans, en effet, Bourguiba
affrontera toutes les exigences du combat. Assigné à résidence dès le
milieu des années 1930, libéré sous le Front populaire puis de nouveau
emprisonné en 1938, il est livré par le gouvernement de Vichy à Mussolini,
qui espérait ainsi affaiblir la résistance en Afrique du Nord.
Terribles années, dominées par l’intensité de l’affrontement, mais aussi
par le sens des valeurs et de l’Histoire. En dépit de son opposition à la
colonisation, Bourguiba condamne les fascismes et, dès le 8 août 1942,
lance un appel à soutenir les troupes alliées contre les forces de l’Axe.
De sa prison, il écrit : “L’Allemagne ne gagnera pas et ne peut gagner la
guerre. L’ordre est donné aux militants d’entrer en relation avec les
Français gaullistes en vue de conjuguer notre action clandestine. Notre
soutien doit être inconditionnel. C’est une question de vie ou de mort
pour la Tunisie.” Et ces propos prennent un relief particulier en ce lieu
où se trouve le monument à la mémoire des soldats tombés pendant la
campagne de Tunisie, en 1942-1943.
Une fois la guerre terminée, le combat reprend. D’abord sur la scène
internationale. Du Caire, où il réside, jusqu’au siège des Nations unies,
Bourguiba s’impose comme le porte-parole et le théoricien inspiré de la
cause tunisienne. Mais, conscient que la liberté ne se gagne que de
l’intérieur, il rentre en Tunisie en 1949. Après les révoltes de 1952, son
parti est interdit, et lui-même condamné à l’exil.
Alors que la marche vers l’indépendance semble brutalement interrompue,
une rencontre décisive va restaurer l’espoir. Car à la conviction de
Bourguiba fait écho l’esprit éclairé de Pierre Mendès France. Le 31
juillet 1954, celui-ci annonce que la France reconnaît l’autonomie interne
de la Tunisie. L’Histoire s’accélère alors. Le gouvernement tunisien
engage des pourparlers avec la France qui débouchent sur le protocole
d’accord du 20 mars 1956. La Tunisie est indépendante et souveraine. Le 25
juillet 1957, Bourguiba en devient le premier président de la République.
Victoire de la raison arrachée dans le tourbillon enflammé des
événements... En contournant les haines et les blessures irréversibles, en
écartant les logiques de vengeance, Bourguiba a ouvert à son pays la porte
de l’avenir, tout en préservant ses liens avec la France. Des liens, en
vérité, essentiels à ses yeux. Et un héritage précieux que résume
magnifiquement Jean Lacouture : “Habib Bourguiba, dit- il, ce sage aux
manières d’agité méditerranéen, dont le possibilisme lyrique fonda un État
et aurait peut-être pu, pris pour modèle, éviter la guerre d’Algérie.” Des
liens que Bourguiba s’attachera toujours à faire vivre. Il deviendra
ainsi, à l’instar d’un Léopold Sédar Senghor, son ami, l’un des plus
ardents défenseurs de la Francophonie, veillant à maintenir l’enseignement
de notre langue dans les écoles tunisiennes.
Dès son accession au pouvoir, Bourguiba s’applique à parachever la
souveraineté nationale et à faire entrer la Tunisie dans la modernité. Ses
convictions, sa volonté, son prestige lui permettent de bousculer tabous
et conservatismes. Les réformes se succèdent : affirmation d’un État laïc
; généralisation de l’enseignement comme levier contre le
sous-développement ; amélioration de la santé publique ; et, surtout,
émancipation des femmes. “Ce que j’ai fait pour la femme, dira-t-il en
1972, demeure la fierté de mon oeuvre.”
Seize ans auparavant, il avait en effet promulgué un code du statut
personnel très avant-gardiste, interdisant la polygamie, remplaçant la
répudiation par une procédure de divorce et fondant le mariage sur le
consentement mutuel. Un an après, il accordait le droit de vote aux
femmes, légalisait la contraception en 1961, puis l’interruption
volontaire de grossesse, en 1967 – longtemps, donc, avant de nombreux pays
européens, dont le nôtre.
C’est une véritable révolution pour le statut des Tunisiennes qui fut
ainsi engagée. Et un progrès dont beaucoup de femmes à travers le mo nde
sont encore, cinquante ans plus tard, tenues à l’écart. C’est aussi un
formidable héritage qu’il lègue à notre époque, sous forme d’un message
adressé à travers le temps aux faussaires de la religion, aux tenants de
l’obscurantisme.
Pionnier et visionnaire, Bourguiba le fut aussi comme grande figure du
monde arabe. Il utilise ce statut et son prestige au service d’une
idée-force : conquérir la paix au Proche-Orient comme la Tunisie avait
conquis son indépendance. Dans le fracas des passions, il est le premier à
prôner la sagesse et le réalisme. À Jéricho, en 1965, il affirme ainsi,
contre Nasser, que “la politique du tout ou rien n’a mené la Palestine
qu’à la défaite”. Il ose les mots de paix et de coexistence.
Vision empreinte de pragmatisme et d’intelligence. Mais conception, aussi,
inséparable d’une indéfectible fidélité à la cause palestinienne,
symbolisée par l’arrivée, en août 1982 – après l’invasion du Liban par
Israël –, de bateaux militaires français conduisant Yasser Arafat et ses
partisans jusqu’au port de Bizerte. Indépendance, paix et progrès : telles
sont les ambitions qui ont inspiré une vision sans cesse en mouvement, et
des actes mémorables, même si la longue présidence de Bourguiba s’acheva
malheureusement dans la confusion. Rarement l’identification entre un chef
d’État et une nation n’est apparue aussi forte. Bourguiba a été la
Tunisie, il a incarné sa naissance, sa souveraineté, son développement.
Aujourd’hui, en ce jour anniversaire de sa mort, c’est donc à cet homme
d’État d’exception que Paris rend hommage.
Parce qu’il fut l’un des acteurs majeurs du siècle dernier ; parce qu’il
sut éviter une cruelle tragédie dans notre histoire commune ; parce que
nous lui devons les liens amicaux, fraternels et pacifiques institués
entre nos peuples ; parce que les Tunisiens, au sein de notre communauté
parisienne, apportent une richesse précieuse à l’identité de notre ville,
il nous revenait d’inscrire son nom dans la mémoire collective de notre
cité.
Paris l’honore aujourd’hui, et, au-delà, marque son profond attachement à
la Tunisie, à son peuple, à son avenir. […] Puisse sur cette esplanade
résonner la modernité des mots que Bourguiba prononçait, il y a cinquante
ans : “Mon vœu le plus cher est que les musulmans vivent dans une
communion des cœurs encore plus étroite, que les dirigeants réalisent
entre eux une meilleure compréhension et combattent tous les complexes –
d’infériorité ou de supériorité – qui risqueraient de nous précipiter dans
une catastrophe, ce que nous pouvons sûrement éviter grâce à un recours
incessant à la raison et à l’intelligence.”
Que tous les promeneurs de ce lieu sachent que, irrigué de ces sages
principes, bat ici, avec confiance, le cœur de l’amitié entre les peuples
de Tunisie et de France. »
(Source : le blog « Mouwaten Tounsi », le 22
août 2007)
Lien :
http://mouwatentounsi.blogspot.com/
Interview mit
Mohammad Abbou:
"Das tunesische Volk setzt auf Versöhnung!
Der Menschenrechtler und Rechtsanwalt Mohammad Abbou wurde im April 2005
zu dreieinhalb Jahren Haft verurteilt, nachdem er hatte die Praxis der
Folter in Tunesien kritisiert hatte. Jetzt kam er nach der Intervention
des US-Außenministeriums und des französischen Präsidenten frei.
Zunächst einmal: Wie haben Sie die Begnadigung durch den tunesischen
Präsidenten und die Haftentlassung aufgenommen?
Mohammad Abbou: Das war keine Begnadigung durch den Präsidenten,
wie es von einigen behauptet wird. Der Haftentlassung lag ein
polizeilicher Beschluss zugrunde. Außerdem wurde dieser Beschluss
erlassen, nachdem ich mehr als zwei Drittel der Haftzeit verbüßt habe.
Meine Haftentlassung verdanke ich nicht den tunesischen Behörden, die mich
weiterhin in Haft behalten wollten, um sich an mir und an all den
unabhängigen Menschen, die für meine Freiheit gekämpft hatten, zu rächen.
Es sind meine Anwaltskollegen, die gleich nach meiner Verschleppung und
meiner Überstellung ins Gefängnis am 1. März 2005 eine große Kampagne für
meine Entlassung lostraten. Die hatte sich auf weite Teile der tunesischen
und der internationalen Zivilgesellschaft ausgeweitet. Viele tunesische
und internationale Organisationen hatten sich über zwei Jahre für meinen
Fall eingesetzt, bis ich meine Freiheit wieder bekam.
Haben Sie davon erfahren, dass sich am Ende der französische Präsident
für Ihre Freilassung einsetzte?
Abbou: Ich habe dies erfahren. Deshalb nutze ich diese Gelegenheit,
ihm, all den französischen Organisationen und dem französischen Volk
meinen Dank auszusprechen. Außerdem möchte ich dem US-Außenministerium
danken, das in einem offiziellen Schreiben meine Entlassung forderte. Die
US-Botschaft in Tunesien hatte sich intensiv für mich eingesetzt. Zudem
gilt mein Dank den internationalen Rechtsorganisationen, die mich
vorbehaltlos verteidigt haben. Weiter möchte ich den gewissenhaften
Menschen aus vielen Medienanstalten weltweit danken, die geholfen haben,
den verfälschten Diskurs der tunesischen Regierung aufzudecken.
Befürchten Sie nicht, dass die tunesische Regierung Sie - wie viele
andere Oppositionelle - beschuldigt, im Ausland um Unterstützung
nachgesucht zu haben?
Abbou: Ich möchte eins klarstellen: Wenn tunesische Bürger keine
staatliche Institutionen anrufen können, um ihre Rechte schützen und
Gerechtigkeit walten zu lassen, und wenn besagte Institutionen
instrumentalisiert werden, um politische Gegner kalt zu stellen und die
Bürger ihrer Rechte zu berauben, dann muss es einen Ausweg aus einem
solchen Missstand geben.
In solch einer Situation befanden schon Philosophen, dass ein Volk das
Recht habe, Widerstand gegen die Diktatur zu leisten.
Wir wollten aber nicht, dass Tunesien in Gewalt und Anarchie versinkt. Das
tunesische Volk setzt bekanntermaßen auf Versöhnung, auch wenn ihm die
Demokratie vorenthalten wird, und dies obwohl es alle Voraussetzungen
erfüllt, um in einer Demokratie zu leben.
Für uns kommt keine andere Alternative als der friedliche Widerstand in
Frage. Allerdings unterdrückt die tunesische Regierung jedwede Form des
friedlichen Widerstands.
Vor diesem Hintergrund bin ich keineswegs beschämt darüber, dass die
Partner Tunesiens Druck ausüben, um einen Ausweg herbeizuführen. In diesem
Fall geht es darum, die tunesische Regierung zu verpflichten, ihren
Bürgern die ihnen zustehenden Rechte zu garantieren, die Verfassung und
die damit einhergehenden Freiheiten zu respektieren sowie die
internationalen Verträge einzuhalten, die Tunesien unterzeichnete.
Ich muss aber deutlich machen, dass besagter Druck seitens der Partner
Tunesiens darauf beschränkt bleiben muss, Verfassungs- und Gesetzesbrüche
sowie die Verletzung der Würde der Tunesier zu unterbinden.
Wir lehnen jede mögliche ausländische Einmischung ab, die der tunesischen
Regierung etwas vorschreiben könnte, was der tunesischen Politik
zuwiderläuft, unter der Voraussetzung, dass sie den Interessen des
tunesischen Volkes entspricht.
Können Sie uns einen Eindruck von den Haftbedingungen geben?
Abbou: Ich habe schwierige Zeiten durchgemacht. Am 19. März 2006
trat ich in den Hungerstreik und forderte, dass man mich in eine
Gefängniszelle zusammen mit den gewöhnlichen Häftlingen verlegt, weil die
Regierung behauptete, dass es in Tunesien keine politischen Häftlinge
gebe. Deshalb wollte ich wie jeder andere Häftling behandelt werden.
Meiner Forderung wurde jedoch nicht entsprochen. Stattdessen wurde ich
damit bestraft, dass man mich mit Gewalt in die gleiche Zelle
zurückbrachte. Am 9. Tag des 25-tägigen Hungerstreiks wurde ich trotz
meines sich verschlechternden Gesundheitszustandes gezwungen, die Zelle zu
verlassen, um bei der täglichen Zählung der Häftlinge anwesend zu sein.
Auch der Gefängnisarzt, an den ich mich deswegen gewandt hatte, behauptete
in Anwesenheit der Gefängniswärter, dass mein Gesundheitszustand dadurch
nicht beeinträchtigt werde. Dies war unethisch und äußerst inhuman.
Außerdem verzichtete ich aus Solidarität mit den übrigen Häftlingen, die
in Zellen ohne Matratzen einsaßen, auf meine eigene Matratze, was mir
jedoch Nierenbeschwerden verursachte.
Dieses Problem wäre ziemlich einfach zu beheben gewesen, wenn man meiner
Bitte gefolgt wäre. Doch mein Gesuch wurde abgeschmettert. So musste ich
auf diese schmerzhafte und ungesunde Weise ein Jahr und vier Monate
schlafen.
Ich wünsche mir, dass derartige Praktiken gegenüber der tunesischen
Bevölkerung aufhören. Sie verdient einen würdevolleren Umgang.
Gab es während Ihrer Haft Versuche seitens der Behörden, Sie zur
Stellung eines Gnadengesuchs zu bewegen und Ihnen den Artikel, der
letztlich der Grund für Ihre Verhaftung war, zu verzeihen?
Abbou: Solche Versuche unternahmen Personen, die den Behörden nahe
standen. Auch ein Mithäftling war von den Behörden damit beauftragt
worden. Es gab auch weitere niederträchtige Versuche, die stets an meine
Haftentlassung geknüpft wurden. Ich lehnte alle ab, und zwar nicht nur, um
meine Würde zu wahren und auf mein Recht auf Meinungsäußerung zu pochen,
sondern auch um das tunesische Volk durch mich nicht zu demütigen.
Was halten Sie vom Appell des tunesischen Präsidenten Ben Ali an das
tunesische Volk, seine Amtszeit ab 2009 um weitere fünf Jahre zu
verlängern?
Abbou: Ich bin der Meinung, dass Machtwechsel zu den tragenden
Säulen eines demokratischen Systems gehört. Die Machtergreifung im Jahre
1987 durch Präsident Ben Ali wurde von den Menschen, die unter dem
Diktator Bourguiba und der lebenslangen Präsidentschaft gelitten hatten,
deshalb begrüßt, weil der Präsident in der Erklärung vom 7. November 1987
den Bruch mit der bisherigen Diktatur versprach.
Das Versprechen wurde aber nicht gehalten, obwohl die tunesische
Verfassung seit 1988 vorsieht, dass der Staatspräsident nicht öfter als
zweimal für die Präsidentschaftswahlen kandidieren darf. Nach der
Volksabstimmung im Jahre 2002 wurde jedoch die Verfassung dahingehend
geändert, dass der 73-jährige Präsident für die Präsidentschaftswahlen
2009 nach einer 22-jährigen Amtszeit wieder kandidieren darf.
Das ist ein Zustand wie zu Zeiten von Bourguiba. Jeder kennt die Gefahren,
denen das Land in den achtziger Jahren aufgrund der damaligen Situation
ausgesetzt war. Daher glaube ich, dass keine demokratischen Strukturen –
weder in Tunesien noch in irgendeinem anderen Land – aufgebaut werden
können, solange es eine lebenslange Präsidentschaft gibt.
Interview: Salim Boukhdhir
Aus dem Arabischen von Raoua Allaoui
© Qantara.de 2007
Salim Boukhdhir ist tunesischer Schriftsteller und Journalist.
Source:
Site“Qantara“( site appartient au canal DW deutsche welle) le 23 aout
2007 .
Lien :
http://www.qantara.de/webcom/show_article.php/_c-468/_nr-803/i.html
Peres rassure Erdogan après qu'un
lobby juif évoque le "génocide" arménien
AFP, le 23 août 2007 à 19h29
ANKARA, 23 août 2007 (AFP) - Le président
israélien Shimon Peres a appelé le Premier ministre turc Recep Tayyip
Erdogan jeudi au téléphone pour le rassurer sur la volonté d'Israël de
maintenir des relations étroites avec la Turquie, a annoncé un conseiller
de M. Erdogan.
Cet appel intervient après qu'un important lobby juif américain, la Ligue
anti-diffamation (ADL), a décidé de qualifier de "génocide" le massacre
des Arméniens à l'époque de l'empire ottoman, ce que rejettent
catégoriquement les autorités turques.
A Ankara, cette décision fait craindre la fin du soutien du puissant lobby
juif américain contre ceux qui pressent Washington de reconnaître le
massacre des Arméniens comme génocide et de faire voter une loi dans ce
sens au Congrès.
"Peres a insisté sur l'importance pour Israël de ses relations avec la
Turquie", a déclaré le conseiller du Premier ministre turc à l'AFP. "Ce
fut une discussion fructueuse", a-t-il ajouté.
Mercredi, l'ambassade d'Israël à Ankara a déclaré que l'Etat hébreu avait
connaissance des "terribles événements" et des "horribles souffrances"
endurés par les Arméniens, tout en exhortant les Israéliens à ne pas
prendre partie.
"Israël demande à ce qu'aucune des deux parties ne soit privilégiée et
qu'aucune qualification ne soit faite concernant ce qui est arrivé. Nous
espérons que les deux parties parviendront à un dialogue ouvert qui
permettra de refermer les blessures", a-t-elle ajouté.
L'ADL a déclaré mardi qu'elle avait réexaminé le cas du massacre des
Arméniens et, après consultation de spécialistes, avait jugé qu'il
"correspondait à un génocide".
L'organisation américaine a néanmoins ajouté qu'une loi du Congrès, qui
reconnaîtrait ce massacre comme un génocide, ne "faciliterait pas la
réconciliation entre Turcs et Arméniens, et pourrait mettre en péril...
les importantes relations bilatérales entre la Turquie, Israël et les
Etats-Unis".
La Turquie est le principal allié d'Israël dans la région depuis la
signature en 1996 d'un accord de coopération militaire, qui avait provoqué
la colère des pays arabes et de l'Iran.
L'intervention américaine en Irak et la politique israélienne envers les
Palestiniens ont favorisé l'émergence de sentiments anti-américains et
anti-israéliens dans l'opinion turque.
Le gouvernement de M. Erdogan, issu de la mouvance islamiste, avait se son
côté provoqué la colère d'Israël en 2006 en accueillant à Ankara des
responsables du Hamas pour, selon la Turquie, tenter de convaincre le
groupe islamiste palestinien de renoncer à la violence.
AFP
Belfast mum dies in hols swimming
pool tragedy
By Claire McNeilly
A devastated Ulster family were today coming to terms with their grief
after a 57-year-old mother-of-three tragically died on holiday abroad.
Meta Forsythe, from Twinbrook in west Belfast, was found dead in a
swimming pool in Tunisia on Sunday - just two days into her summer break.
Mrs Forsythe's body was discovered in the pool by her 24-year-old daughter
Lisa, who was then forced break the terrible news to the rest of the
family by telephone.
A post mortem examination is due to be carried out and it is understood
that the Department of Foreign Affairs in Dublin are helping to arrange
for the body to be flown home.
Mrs Forsythe's distraught husband Eric told the Irish News that he would
remember her as a woman of strong faith and charity.
Speaking to the Belfast Telegraph, Father Darach, a curate at St Luke's
Twinbrook, said that Mrs Forsythe, who was a florist at the church, would
be sorely missed.
" Everyone is still very much shocked," he said.
(Source: "Belfast Telegraph” (Quotidien –
Irlande), le 22 août 2007 à 11h07)
Lien :
http://www.belfasttelegraph.co.uk/news/local-national/article2884209.ece
Rumeurs sur la vente de Hannibal TV
:
Larbi Nasra rompt le silence
Nizar Bahloul
Les entretiens avec Larbi Nasra, patron de Hannibal TV, ne sont pas
faciles. Imposant, peut-être hégémonique, le bonhomme n’aime pas qu’on le
contrarie trop. Les rumeurs? Il s’en moque. Ce qu’on écrit sur lui et sur
Sa chaîne ? Bof ! Ce qu’on dit à son encontre ? Les chiens aboient… Larbi
Nasra est persuadé qu’il est au-dessus de tout cela. Il a fondé cette
chaîne pour le plaisir et non pour l’argent. Tout le reste n’est que
littérature.
Larbi Nasra dément tout. Il nie en bloc. Personne ne l’a contacté pour
l’achat de sa chaîne et il n’a contacté personne à ce sujet. Il n’a pas de
dettes et la chaîne fonctionne parfaitement. « Je ne suis quand même pas
le cocu qui est le dernier à apprendre que sa femme le trompe», nous
dit-il en dialectal tunisien dès l’entame de l’entretien qu’il a accordée
à nos confrères de Haqaïq et auquel nous avons assisté. Il nous le fera
comprendre d’ailleurs plus tard, car ses relations avec les journalistes
qu’il ne connaît pas directement ne sont pas vraiment au beau fixe.
Les plus folles rumeurs n’ont pas arrêté de circuler ces derniers temps
autour du fondateur de la première chaîne privée tunisienne. Une chaîne
qui est montée en flèche à partir de rien pour occuper en un temps record
(deux ans!) la première place de l’audimat sans jamais en redescendre.
“Hannibal est en vente et un groupe tunisien désire la racheter. Larbi
Nasra s’est évadé en Arabie Saoudite. Larbi Nasra n’a pas de quoi régler
ses factures et il a les banques, les créanciers, le fisc et la CNSS sur
le dos”. Il nous fallait vérifier tout cela et l’unique personne pour
infirmer ou confirmer ne pouvait être autre que Nasra lui-même.
L’exercice ne plait pas vraiment à l’intéressé, mais il accepte de jouer
le jeu en nous ouvrant les portes de sa grande villa qui lui sert de
bureaux dans le vaste terrain abritant les locaux de la chaîne privée.
« Certains considèrent Hannibal TV comme un jouet, dit-il. Une sorte de
gadget. Certains pensaient qu’on était une petite chaîne et qu’on allait
le rester. Non ! Hannibal TV va bien et le demeurera. La programmation de
ramadan est prête dans les cartons depuis des mois. »
Convaincu de sa position et de l’effet qu’il a sur les Tunisiens, il
brandit les derniers chiffres de Sigma Conseil, qu’il ne considère
toujours pas comme « ami », montrant ses 35% d’audimat. « Je suis certain
qu’on a plus de 40%. De toute façon, on les aura ».
Concernant les rumeurs colportées un peu partout, Larbi Nasra, comme ses
lieutenants il y a quelques semaines, évoque la jalousie de certains pour
en expliquer les raisons. « Nous dérangeons, alors on mène contre moi-même
et mon staff une guerre des nerfs dont l’objectif est de nous déstabiliser
». Quelles sont les raisons de cette campagne de « déstabilisation » ? La
jalousie, dit-il, étonné que l’on ne comprenne pas du premier coup. « Tout
succès a un prix. On me considère comme un intrus dans le domaine et on ne
comprend pas pourquoi on réussit. Ils ne comprennent pas comment j’ai pu
apprendre le métier en quarante jours». Larbi Nasra est convaincu, et les
résultats de sa chaîne ne peuvent que le confirmer dans sa position, qu’il
est un excellent gestionnaire et qu’il mène la barque Hannibal comme elle
doit être menée.
Il nous racontera les témoignages des téléspectateurs qu’il recueille ici
et là, en Tunisie et à l’étranger. « Dans le paysage médiatique, nous ne
sommes qu’une goutte dans un océan face aux chaînes du Golfe financées par
les puissances pétrolières. Pourtant, là où je vais, on connaît Hannibal.
Nous sommes classés parmi les 40-50 premières chaînes de la région malgré
nos moyens. C’est comme si nous étions une famille de 8-10 personnes
dînant avec une baguette.»
Autant d’éléments qui le confortent dans la position de quelqu’un qui a
fortement réussi son projet. Un projet qu’il développe pour le plaisir et
uniquement le plaisir. « Je suis milliardaire, j’ai fait déjà mes preuves
et amassé ma fortune, bien avant de créer Hannibal.
Cette chaîne n’est pas là pour que je gagne de l’argent, mais pour le
plaisir et l’unique plaisir. D’ailleurs, elle ne gagne pas d’argent et nos
recettes ne couvrent même pas les 2/3 de nos dépenses.»
On revient à la charge sur la question des rumeurs et de ce qu’il a
qualifié de pressions. Il commence à se fâcher, mais répond. « Oui, j’ai
eu des pressions. J’ai eu les banques, le fisc et la CNSS. Cela ne me
dérange pas, au contraire. Pour les banques, je leur ai versé le jour même
un million de dinars couvrant largement (plus que le double) les traites
passées et à venir. Concernant le fisc et la sécurité sociale, cela
m’arrange que ça se sache. Que l’on sache que Larbi Nasra n’est pas
au-dessus de la loi et paie ce qu’il doit payer à l’Etat. »
Quand on évoque la question de l’insolvabilité, il sort de ses gonds et se
fâche vraiment. « Moi insolvable ? Et pourquoi donc ? J’ai de l’argent et
je n’ai nullement besoin de rouler X et Y pour en avoir. Je n’ai pas à me
salir pour quelques dinars. »
Il suspend l’entretien et appelle son « daffeur » immédiatement.
Un jeune gars qui semble consciencieux et à qui il demande de témoigner en
toute franchise. Le jeune témoigne : « Nous réglons la CNSS et les impôts
généralement dix jours avant l’échéance. Nous réglons les salaires à
temps, sans retard. M. Larbi Nasra a donné des consignes fermes pour que
toutes les factures soient réglées au maximum 48 heures après leur
arrivée. »
Que reste-t-il à savoir ? Nous revenons sur les « pressions » et les
raisons. « Je ne comprends pas vraiment. Je suis le fils du régime. J’aime
le Président Ben Ali,non pas en tant que président uniquement, mais en
tant que personne. J’estime avoir une ligne éditoriale conforme aux
souhaits du régime et du gouvernement et répondant aux intérêts du pays.
Cela dit, tout le monde peut se tromper et il est possible que l’on ait
fait des erreurs. Mais elles ne sont nullement préméditées. »
Pour l’avenir, il déclare que l’objectif est de retenir les 35% de
Tunisiens qui regardent sa chaîne. « Qu’est-ce qui est mieux ? Qu’on nous
regarde ou qu’on aille voir Al Jazira, ses diffamations et son tissu de
mensonges ? »
Compte-t-il vendre la chaîne s’il trouve un bon parti ? « Pour tout l’or
du monde, je ne la vendrai pas, nous répond-il. Je n’ai pas créé cette
chaîne pour l’argent. J’ai déjà injecté 8 à10 millions de dinars. Tant que
mon plaisir est là, tant je continuerai. Si la pression devient forte, là…
»
Larbi Nasra ne nous dévoilera pas tout. Entre ses déclarations, entre ses
“off”, entre ce qu’il a gardé pour lui, on comprendra plusieurs choses. On
comprendra que le bonhomme n’est pas du style à se laisser faire ou à se
laisser piétiner. Quand on a comme lui la cinquantaine et que l’on n’a
plus grand-chose à prouver, que l’on se moque du «qu’en dira-t-on», il
n’est pas évident de traiter avec lui.
(Source : « Réalités » (Magazine
hebdomadaire – Tunis), N° 1130 du 23 août 2007)
Grande polémique autour d’un
concours :
La paix pourra attendre …
Nizar Bahloul
Cela ne devait être qu’un concours. Un simple concours de dessins inspiré
du tableau de Pablo Picasso «La Colombe de la Paix » pour lequel on invite
les jeunes de 15 à 18 ans d’une dizaine de pays méditerranéens à donner
leur vision de la paix.
Il se trouve que les noms des co-organisateurs ne plaisent pas à tout le
monde puisqu’on retrouve deux israéliens parmi eux. Dans un mois d’août
synonyme de farniente et d’absence d’information significative, le
concours a été considéré par certains comme l’ « affaire » de l’année. On
crie au scandale, on lance une pétition, on appelle au boycott (du
concours, de ses organisateurs et de ceux qui y participent) et on
s’apprête à saisir la justice.
Le « scandale » a commencé début août avec la publication dans différents
organes de presse arabes et occidentaux d’un communiqué annonçant un
concours de dessins destiné à permettre aux jeunes de 15 à 18 ans de
donner leur vision de la paix d'après le célèbre tableau de Picasso "La
colombe de la paix". Ceux qui se sont associés à l’organisation de ce
concours ne sont pas n’importe qui. On retrouve ainsi la fondation
espagnole Picasso, le quotidien palestino-londonien Al Qods, le quotidien
égyptien Al Ahram, ainsi que certains quotidiens maghrébins. Tous, des
supports célèbres et réputés pour leur crédibilité et leur grand lectorat
aussi bien dans leur pays que dans le monde.
Il se trouve qu’il y a parmi eux la Fondation Leo Savir pour la
Méditerranée Vision 2020, le Centre israélien Perès pour la Paix, et le
célèbre quotidien israélien Yediot Ahoronot. C’est par là que le scandale
est arrivé vu que certains considèrent qu’avec la participation de ces
organismes-là, il y a une volonté manifeste de normalisation avec Israël.
Peu importe que ces organismes soient reconnus pour leur volonté de paix,
connus par leur passé pacifique militant, que Rabin ait décroché un Nobel
de la Paix ; dans les différents écrits, on ne voit que normalisation avec
celui qu’on considère comme l’ennemi numéro un des Arabes.
« Le danger de ce projet est que ces intellectuels qui se “ francisent ’’
et
s’ “américanisent ’’ essaient de convaincre les peuples arabes et nos
enfants d’accepter ce qui ne colle nullement avec notre passé militant »,
écrit ce membre du bureau de l’AJT.
Depuis, les articles et les communiqués se suivent et se ressemblent pour
dénoncer ce que l’on qualifie de haute trahison à la “ Cause ’’ ! Une
pétition est lancée depuis une dizaine de jours dans laquelle les
signataires protestent vigoureusement contre la participation de “ nos
enfants ’’ au concours. « Des centaines de personnes l'ont signée pour
manifester leur refus de cet acte de normalisation» avec Israël, a affirmé
à l'AFP Ahmed Kahlaoui, chef d'un Comité national (non reconnu – NDLR) de
lutte contre la normalisation avec Israël.
Parmi ces signataires figurent le bâtonnier tunisien Béchir Essid, des
journalistes, des syndicalistes, des enseignants et des écrivains, qui
multiplient les déclarations houleuses dans la presse arabe et les agences
de presse internationales.
Les réactions, qui frisent parfois l’extrémisme, sont des plus étonnantes
dans la mesure où certains semblent occulter l’actualité et la réalité du
terrain.
Le sujet de la normalisation avec Israël est incontestablement objet de
polémique, mais il se trouve que la résolution du problème palestinien ne
peut passer que par là, la logique guerrière n’ayant mené nulle part et il
est temps de trouver des solutions de paix. Or on ne peut faire la paix
qu’avec ses ennemis et les Palestiniens eux-mêmes, à leur tête le
Président Mahmoud Abbas, le savent.
Sur le terrain, au quotidien, les Palestiniens traitent avec les entités
israéliennes et ne rejettent pas une normalisation des relations dont ils
seront les premiers bénéficiaires.
Les dernières rencontres entre le Président palestinien et le Premier
ministre israélien, le processus d’Oslo, la poignée de mains historique
entre le leader palestinien défunt Yasser Arafat et Ishak Rabin (et leur
Nobel commun), démontrent parfaitement que les Palestiniens ne nient pas
l’existence de l’Etat d’Israël. Ils ont accepté une normalisation avec
l’Etat hébreu, dès lors qu’il y a une paix et une possibilité que les deux
peuples vivent côte à côte en toute quiétude. Et cette même résolution a
été acceptée par les pays arabes lors d’un sommet de la Ligue. Le
concours, co-organisé par l’ONG israélienne, la fondation espagnole et les
médias arabes va exactement dans le sens voulu par les dirigeants
palestiniens vivants et défunts et tous les amoureux de la paix.
Le fait même de la participation au concours de Palestiniens reconnus
fortement pour leur patriotisme et leur loyauté envers leur propre
“ Cause ’’, on pense notamment à Abdelbéri Atouane, patron d’Al Qods, est
un gage que ce concours ne trompe aucunement la “ Cause ’’ et que
l’initiateur du projet (l’ONG israélienne en l’occurrence) ne peut être
considéré comme un ennemi.
A propos de cette ONG, il est bon peut-être de rappeler les récentes
initiatives qu’elle a entreprises au profit des Palestiniens.
Selon des journaux cairotes, on apprend qu’elle figure parmi les entités
les plus actives dans l’organisation de manifestations économiques,
culturelles, sportives et sociales en direction des peuples arabes.
L’objectif étant de casser le blocage psychologique né avec le conflit
historique.
Le Centre Peres pour la Paix dirige ainsi un programme destiné à des
agriculteurs jordaniens. Grâce à ce programme, ces Jordaniens bénéficient
des dernières technologies en matière agricole, participent à des sessions
de formation en Israël et échangent des informations importantes sur la
culture de leurs terres avec des agriculteurs israéliens voisins.
Le même centre a organisé, en août dernier, une conférence économique pour
étudier les raisons de blocage dans les échanges commerciaux entre Israël
et les voisins arabes et dépasser les conflits politiques. Durant cette
conférence, on a étudié comment assurer aux Palestiniens
l’approvisionnement en eau nécessaire à leurs cultures et comment leur
faciliter la tâche dans leur business avec Israël.
Ce même centre a organisé en novembre dernier une rencontre de football
entre une équipe composée de Palestiniens et d’Israéliens d’un côté et la
célèbre équipe de Barcelone avec toutes ses vedettes de l’autre.
Autant d’éléments qui ne sont pas du tout ignorés par les Palestiniens et
les différents participants au concours. Pour eux, il s’agit tout
simplement d’oeuvrer à ce qu’ils croient être bénéfique à la Cause
palestinienne, dans la lignée même de ce qu’a fait Arafat et fait
actuellement Abbas.
Peut-on donc être plus royaliste que le roi en refusant aveuglément ce que
les Palestiniens modérés eux-mêmes cherchent obstinément ?
Rejeter ce concours, rejeter l’initiative et rejeter la volonté de
dialoguer avec l’ « ennemi » revient tout simplement à rejeter la paix.
Il est regrettable que ce message de paix ne soit pas du tout entendu.
Après les communiqués et la pétition, on apprend aux dernières nouvelles à
Tunis, que l’on s’apprête à saisir la justice pour dénoncer ce concours et
ses participants. On se demande, là, sur quelle base légale on va déposer
cette plainte ! Ceux qui s’apprêtent à le faire sont pourtant les mêmes
qui appellent à la liberté d’expression et à la nécessité de laisser tout
un chacun s’exprimer comme il l’entend!
La volonté de faire taire tout avis contraire semble hélas gagner du
terrain. La paix peut attendre, pour le moment certains ne croient qu’à la
guerre !
(Source : « Réalités » (Magazine
hebdomadaire – Tunis), N° 1130 du 23 août 2007)