TUNISNEWS
3ème année,
N° 982 du 27.01.2003
archives
: http://site.voila.fr/archivtn
LES TITRES
DE CE JOUR:
Reuters: Tunisian dissident's family
says being harassed
A.D.P.M: Solidarité avec les deux
journalistes en grève de la faim - Rassemblement devant le
Consulat de Tunisie à Montréal
Olivier
Dupuis: Pour une amnistie générale en Tunisie: grève de la
faim de M. Hamadi Jebali
DLMM: Appel à tous les Députés
Européens à être solidaires avec les journalistes
Tunisiens.
Tunisie, Réveille-toi
:Avec les prisonniers politiques tunisiens
Dr Moncef marzouki: Pour Zouheir et
Hammadi
Omar Khayyâm:La
faim d’un peuple
Edito
du Résistant: TUNISNEWS et TUNéZINE sont le pivot
d’information et de formation pour le peuple tunisien
Association des Jeunes Tunisiens au Canada:LE MAL DE NOUS
AFP: Evacuation de milliers de sinistrés de zones inondées
en Tunisie
La Presse : Mobilisation
constante et poursuite des opérations de secours et de
fourniture d’aides
Info Tunisie: Suivi permanent de la situation dans les régions affectées par les inondations
بـــــلاغ
عاجـــل:الجمعية
الدولية
لمساندة
المساجين
السياسيين
بتونس
الشرق
الأوسط:
أهالي
ضحايا
طائرة
مصرية سقطت
في تونس
يلجأون إلى
القضاء
للحصول على
تعويضات
الوسط
البحرينية
: الحرب على
العراق
والانعكاسات
المرتقبة
على دول
المغرب
العربي
قدس
برس :
العلامة
الدكتور
يوسف
القرضاوي :
أمريكا
تريد أن
تكون إلهاً
من دون
الله لكننا
نكفر بهذا
الإله
ونقاومه
|
الجمعية
الدولية
لمساندة
المساجين
السياسيين
بتونس تونس في 2003/1/26 يشن عدد من المساجين السياسيين بسجن برج الرومي وهم السادة نور الدين قندوز ( محكوم بالسجن مدة 35 سنة ) ونبيل النوري ( محكوم بالسجن مدة 34 سنة ) ونبيل الواعر (محكوم بالسجن مدة 15 سنة ) والهاشمي بالخير إضرابا عن الطعام منذ يوم 2003/1/7 وذلك إحتجاجا على حرمانهم من أبسط حقوقهم المنصوص عليها بالقانون المنظم للسجون من طرف المدير الجديد للسجن علي شوشان الذي اتخذ فور توليه مهامه جملة من الإجراءات الرامية الى التضييق على المساجين السياسيين مثل الحرمان من فراش منفرد، الحرمان من تلقي العلاج، الحرمان من مطالعة الجرائد والكتب .. إلخ وقد بادر مدير السجن علي شوشان بوضع المساجين السياسيين المضربين بالسجن الإنفرادي كما منعت عائلاتهم من زيارتهم منذ يوم 7 جانفي 2003، وقد سمح يوم 2003/1/25 لعائلة السجين السياسي الهاشمي باكير بزيارته إلا أن أعوان السجن قاموا بحمله عنوة بمجرد شروعه في الحديث عن الأوضاع داخل السجن . وتبدي عائلات المساجين السياسيين قلقها على مصير أبناءها خاصة وأن إضراب الجوع دخل أسبوعه الرابع ولا يزال أبناؤهم مصرين على مواصلة الإضراب إلى غاية تحقيق مطالبهم المشروعة . والجمعية الدولية لمساندة المساجين السياسيين إذ تعبر عن إنشغالها العميق للتردي الخطير للأوضاع داخل السجون فإنها : - تدعو الرأي العام الوطني والدولي إلى التعبير عن تضامنهم مع المساجين السياسيين في تونس والتنديد بانتهاك السلطة لأبسط الحقوق الدستورية للمواطنين - تحمل السلطة مسؤولية كل ما يمكن أن ينجر عن إضراب الجوع الذي يخوضه المساجين السياسيون بسجن برج الرومي - تطالب السلطة بإحترام الدستور والقوانين والإفراج الفوري عن كل المساجين السياسيين وسن قانون العفو التشريعي العام عن الجمعية الرئيس الأستاذ محمد النوري
Tunisian
dissident's family says being harassed
Reuters, le 27.01.2003 à 14h25 (Heure GMT)
TUNIS, Jan 27 (Reuters) - The family of a jailed Tunisian dissident, who has vowed to continue a hunger strike until he is freed, said on Monday Tunisian authorities had stepped up surveillance of their home and were harassing visitors. Hammadi Jebali, who was sentenced in 1992 to 16 years in prison for being a leader of the banned Islamist Nahda, began his hunger strike two weeks ago at the high-security Annadour prison, 60 km (40 miles) north of Tunis. "They are stationing four police cars to almost blockade our home. They have been questioning and harassing every visitor to our home, even before they get to our door," 20-year-old daughter Soumia told Reuters. She said the authorities had asked him to stop the strike and pledged to consider his demand that he and others be freed. "His reply to the authorities was that he will continue his hunger strike until they satisfy his release demand," Soumia, a university student, said. "He was terribly weakened by the hunger strike and his face looked deathly pale," she added. Human rights activists who had tried to visit the family home in Sousse, 110 km (70 miles) southeast of Tunis, gave similar accounts of the surveillance. "This is part of the tactics deployed by the authorities to put pressure on the family so they may ask him to stop his hunger strike and spare them more nightmares," an activist and family friend, who did not want to be named, told Reuters. Jebali, 54, is the former editor of al Fajr, a weekly Nahda newspaper. Government officials were not available for comment but have said Jebali and other Nahda activists were jailed on "terrorist-related charges" and were not political prisoners. REUTERS
Solidarité
internationale avec les deux journalistes tunisiens en grève
de la faim
Ottawa, le 27 janvier 2003,
Aujourd’hui, les journalistes tunisiens Hamadi Jebali et Zouhaïer Yahyaoui, tous deux prisonniers d’opinion, entament respectivement leur 15ème et 11ème journée de grève de la faim.
Par cette grève qu’ils entreprennent au péril de leur vie, ils revendiquent l’amélioration de leurs conditions carcérales ainsi que leur droit à être soignés. Mais, leur revendication principale reste leur libération immédiate et inconditionnelle.
M. Hamadi Jebali, directeur de l'hebdomadaire interdit El Fajr, est l'un des principaux dirigeants du mouvement Ennahdha (la Renaisance). Emprisonné depuis janvier 1991 (condamné à seize ans de prison ferme), il est considéré par les associations de défense des droits de l’Homme comme un prisonnier d’opinion dont le seul tort est d’avoir exprimé ses opinions (voir à ce sujet les prises de position concordantes d’ONG tels Amnistie Internationale et Reporters Sans frontières…).
De son côté, M. Zouhaïer Yahyaoui, webmestre du site TUNeZINE, www.tunezine.com, a été arrêté en juin 2002. Condamné à deux ans de prison ferme, M. Yahyaoui est également un prisonnier d’opinion dont les écrits satiriques ont fortement déplu aux autorités tunisiennes. Il est incarcéré dans des conditions inhumaines caractérisées par la promiscuité et le manque de soins médicaux. Ses droits élémentaires de prisonnier sont constamment bafoués.
La grève de la faim de ces deux journalistes tunisiens est un cri d’alarme qui vient rappeler leurs conditions personnelles ainsi que celle du millier de prisonniers d’opinion que compte la Tunisie.
Par le moyen de grèves de la faim tournantes, un vaste mouvement de solidarité avec ces prisonniers s’est enclenché en Tunisie, dans certains pays européens (la France, la Grande-Bretagne, la Belgique, l’Allemagne, l’Italie…) et au Canada.
L’A.D.P.M annonce que des militants tunisiens et canadiens, vivant au Canada, se joindront à ce mouvement de solidarité en entament, à leur tour, une grève de la faim de 24 heures et ce, le jeudi 30 janvier 2003 suivi par un :
Rassemblement devant le Consulat de Tunisie à Montréal 511, Place d’arme le jeudi 30 janvier 2003 de 12h à 13h
Le rassemblement et la grève de la faim ont deux objectifs :
Action parrainée par :
Information : Jamel Jani, Association des droits de la personne au Maghreb : 613 - 748 5231 Note : À tous nos amis qui désirent se joindre à ce mouvement de solidarité en entamant une grève de la faim de 24 heures, veuillez communiquer avec nous à l’adresse e-mail suivante : cmtnes@attcanada.net La liste des grévistes de la faim sera diffusée le jeudi 30 janvier 2003
POUR
UNE AMNISTIE GENERALE EN TUNISIE:
GREVE DE LA FAIM DE M. HAMADI JEBALI Par : OLIVIER DUPUIS, député européen Bruxelles, le 27 janvier 2003. Monsieur Hamadi Jebali, directeur de l'hebdomadaire Al Fajr, organe du mouvement islamiste Ennahda, dont il est l’un des dirigeants, est détenu depuis 1990. M. Hamadi Jebali a été condamné en 1992 – au terme d’un procès qui n’a respecté en rien, selon les ONG présentes, les critères du procès juste et équitable - à 16 ans d'emprisonnement par le tribunal militaire de Bab Saadoun, pour appartenance à une association non reconnue. Le 13 janvier 2003, M. Hamadi Jebali a entamé une grève de la faim pour protester contre ses conditions de détention et exiger sa libération ainsi qu'une amnistie générale pour tous les prisonniers politiques. Il souffre d'insuffisance cardiaque et cette grève risque d'avoir de graves répercussions sur sa santé. M. Hamadi Jebali est détenu depuis plusieurs années en isolement, en violation de la législation tunisienne qui limite l'isolement à un maximum de 10 jours et en violation de l'article 32 des « Règles minima pour le traitement des détenus » de l'ONU de 1959 qui dispose : « L'isolement du prisonnier dans une cellule individuelle est prohibé » et l'assimile à un traitement cruel. Le 18 janvier, l'administration de la prison du Nadhour, à Bizerte, a fait savoir à la famille de M. Jebali que son état de santé ne lui permettait pas de se rendre au parloir pour la visite hebdomadaire. Question d’Olivier Dupuis, secrétaire du Parti Radical Transnational et député européen, à la Commission européenne “La Commission est-elle au courant de l'état de santé inquiétant de M. Jebali ? Quelles initiatives la Commission entend-elle prendre pour que les autorités tunisiennes assurent des conditions de détention décentes à M. Jebali, y compris en ce qui concerne le droit de recevoir des soins médicaux adéquats ? En outre la Commission ne considère-t-elle pas que la question de l’amnistie générale pour les délits d’opinion des années 80 et 90 constitue une question dont la solution ne peut plus être renvoyée et, dans l’affirmative, quelles initiatives entend-elle prendre afin que les autorités tunisiennes prennent les mesures nécessaires en ce sens ?” www.radicalparty.org
Droits
& Libertés des Maghrébins et au Maghreb
Association d’Aide, d’Assistance, de Soutien et de Défense des Droits de l’Homme B.P. N° 28 – 93161 Noisy-le-Grand Cedex- France- E-Mail : DLMMAbdess@hotmail.com – CCP Paris 5 336 77 P Communiqué du 27 Janvier 2003 Appel à tous les Députés Européens à être solidaires avec les journalistes Tunisiens. Hamadi JEBALI & Zouheir Yahyaoui en grève de la faim Qu’ils n’ont que leurs vies à donner contre l'injustice et l’arbitraire Solidarité avec les journalistes Tunisiens Hamadi JEBALI & Zouheir Yahyaoui DLMM qui vient d'apprendre que Mme Wahida Jebali épouse du journaliste directeur du journal interdit AL Fajr ( l'aurore) a été empéchée de visiter son époux, en grève de faim. Sa famille s’inquiétude de la détérioration de l'état de santé déjà précaire de Mr Hamadi Jebali (54 ans) et craignent que le refus de visite de la part des autorités Tunisiennes pourrait-être une raison supplémentaire pour cacher l'état de santé devenue dangereuse du journaliste. Le 25 courant, au 13° jour de sa grève de la faim, nous avons appris que ses filles Soumaya et Safa, ses soeurs Jamila et Samira, ainsi que son épouse Mme Wahida Jebali sont entré en grève de la faim en solidarité avec le journaliste embastié depuis ans. La famille accompagnée par Me Mohamed Nouri et Lassad Jouhri de l'AISPP. Me Nouri, du journaliste qui a rencontré le directeur général des prisons pour demander un permis de visite à son client, chose refusée. Madame Jbali a déclaré que son mari a beaucoup maigri et qu'il donne des signes de fatigue et qu'il se maintient difficilement debout. La famille de Hamadi Jbali a pu avoir une autorisation de visite sans barrières. Hamadi Jbali garde le morale et affirme sa détermination de continuer son action jusqu'à la réalisation de ses revendications et exprime sa reconnaissance et ses remerciements à tout ceux qui l'ont soutenu ou exprimer leurs solidarité. Reporters sans frontières qui s'alarme de la détérioration de la santé du jeune homme Zouhair Yahyaoui (28 ans) demande aux autorités tunisiennes sa libération immédiate et inconditionnelle. "Non seulement le régime tunisien emprisonne des personnes qui n'ont commis comme crime que celui de s'être exprimées mais il les incarcère aussi dans des conditions déplorables", a déclaré Robert Ménard, secrétaire général de Reporters sans frontières. Depuis une semaine, Zouhair Yahyaoui souffre d'une gencive infectée et d'importants maux de tête. Suite à ses demandes répétées de soins auprès de l'autorité pénitentiaire, il n'a pu obtenir que deux aspirines. Le 16 janvier, il a informé sa famille, qui lui rend visite tous les jeudis, qu'il débuterait une grève de la faim le lendemain. "De toutes les manières, la souffrance est telle que je ne peux pas me nourrir", a-t-il déclaré à ses proches. Zouhair Yahyaoui est incarcéré à la prison de Borj el Amri, située à 30 km de Tunis, où il partage une cellule avec une centaine de détenus. Ne supportant plus les douleurs atroces qu'il endure depuis plusieurs jours (reins, dents, migraine), ne supportant plus l'absence de réponse à ses demandes répétées de soin, Zouhair Yahyaoui a déclaré, lors de la visite familiale à la prison, qu'il entamait une grève de la faim pour protester contre les conditions de détention et exiger sa libération. DLMM qui continu à soutenir les deux journalistes en grève de la faim Mr. Zouheir Yahyaoui & Hamadi JEBALI, directeur de l'hebdomadaire interdit EL FAJR et l'un des principaux dirigeants du mouvement Ennahdha embastillés depuis plus d’une décennie. Hamadi Jebali en état d´arrestation depuis le 31 janvier 1991 et condamné le 23 août 1992 à 16 (seize) ans de prison ferme aussi, les dernières nouvelles parlent de sa déportation à la prison de Bordj Erroumi comme punition à son action de sa grève de sa dernière grève de la faim . En grève de la faim depuis le 13 janvier courant réclamant la libération de tous les prisonniers politiques de Tunisie. Le manque de moyens financiers de la famille JEBALI, privée depuis janvier 1991 de tout soutien financier est en train de pousser une jeune fille tunisienne, brillante et studieuse à mettre fin à ses rêves et à son cursus universitaire. Mr. Hamadi JEBALI mis en isolement dans un cachot étroit et humide, au célèbre bagne de Nadhour près de Bizerte (60 km au nord de Tunis) La famille du journaliste est pris en ôtage, coupée du monde extérieur, par la police politique à sa résidence à Bouhassina (Sousse). Les membres de sa famille appellent à la levée de ces mesures à leurs encontre qui touchent tous les proches et les voisins du journaliste afin de les intimider. Toute personne est fouillée et son identité est systématiquement enregistrée par la police depuis 4 jours. DLMM dénonce vigoureusement ces pratiques inhumaines indignes du peuple tunisien et rappelons que le cas de les familles JEBALI & Zouheir Yahyaoui qui sont deux exemples de journalistes parmi des milliers de vies brisées, broyées et tourmentées depuis plus d'une décennie par l’appareil de répressive du régime et demande la libération immédiate de Mr. Hamadi JEBALI en grève de la faim depuis le 13 janvier courant. En conformité avec le discours public et officiel du Chef de l’Etat Tunisien du 7 Novembre 2002, déclarant « …nous acceptons de bon cœur la critique sincère de la part de tous ceux qui préfèrent rester sur le sol de la patrie et y exercer leur droit d'__expression, nous tenons à souligner que la loi est le seul arbitre face à quiconque s'avise de chercher à nuire à l'intérêt de la patrie » DLMM continue son soutien et sa demande de libération de Mr Zouhair Yahyaoui condamné, le 10 juillet 2002 par la cour d'appel de Tunis, à un an de prison pour « propagation de fausses nouvelles dans le but de faire croire à un attentat contre les personnes ou contre les biens », et à un an pour « vol et utilisation frauduleuse de moyens de communication », arrêté, le 4 juin 2002, dans un cybercafé, conduit à son domicile, où les policiers ont saisi son matériel informatique personnel. Zouhair Yahyaoui écrivait sous le pseudonyme « Ettounsi ». Il avait fondé le site TUNeZINE depuis juillet 2001 qui la lutte en faveur de la démocratie et des libertés en Tunisie. Il avait été l'un des premiers à diffuser la lettre dénonçant le système judiciaire du pays adressée au président de la République par le juge Mokhtar Yahyaoui. DLMM, enregistre avec satisfaction le soutien de Mr Tahar Ben Hassine Soutenir Hamadi Jbali et tous les détenus islamistes est un impératif démocratique qui considère que quels que soient les divergences sur le projet de société que nous pouvons avoir avec les islamistes, se taire sur l'arbitraire auquel ils sont soumis ne peut désormais être qu'une complicité avec la dictature et l'histoire ne nous le pardonnerait jamais. Que signifie aujourd'hui se demande-t-il, la détention de centaines de militants islamistes, sinon un acharnement contre toute l'opposition? Les faits sont clairs, ce ne sont pas les islamistes qui sont visés, c'est toute opposition et toute __expression divergente. Il devient de ce fait un impératif de survie politique de lutter de toutes nos forces pour la libération de tous les détenus politiques, de quelque tendance qu'ils soient. Et il s'avère à présent que ce ne sont pas uniquement les actes de violence qui étaient visés par la répression, mais toute opposition. Qui oserait prétendre aujourd'hui que Hamadi Jbali est coupable de violence? Même son acte d'accusation, ne lui reproche que la "diffusion de fausses nouvelles" (comprenez critique du pouvoir) et "appartenance à une organisation non autorisée". Et d'abord au nom de quoi, cette organisation ne serait pas autorisée, si ce n'est du pur arbitraire? Les islamistes sont certes nos adversaires politiques, mais au stade actuel de leurs pensées et de leurs actes, ils ne sont nullement nos ennemis. Et une scène politique qui ne supporte pas les adversaires et leur dénie le droit d'exister n'est rien d'autre qu'une dictature. Il doit donc être clair qu'en luttant pour la libération des détenus islamistes, nous luttons pour barrer la route à la répression des non islamistes, tant il est vrai que les libertés et la démocratie sont indivisibles. DLMM, enregistre avec satisfaction le soutien d’un grand nombre de personnalités de tout bord, Tel Mr Omar S'habou, ex- directeur de l’Hebdomadaire « Le Maghreb » qui a connu Hamadi Jebali avant et après qu'il ne dirige l'hebdomadaire"Al Fajr", au siège du "Maghreb" pour y prendre part dans le permanent débat démocratique qui s'y organisait. « Voici mon collègue Hamadi Jebali qui croupit en prison depuis plus d'une décade. Et le voici qui recourt, à son tour, à cette arme amère, cruelle et déshumanisante de la grève de la faim. Mr Sadri Khiari Je m'associe sans réserve à tous les appels de solidarité avec Hamadi Jebali, directeur de l'hebdomadaire Al Fajr et dirigeant d'Ennahdha, incarcéré dans de terribles conditions depuis plus de 12 ans, ainsi qu'avec Zouhayr Yahyaoui qui purge actuellement une peine de 2 ans de prison pour le simple fait d'avoir écrit des textes politiques au ton sarcastique et d'avoir animé le forum Tunezine sur le net. Dr Moncef Marzouki Ex- Président de la Ligue Tunisienne des Droits de l’Homme et Président du Congrès Pour la République (CPR, parti non reconnu) « Hamadi Jebali serait paraît-il un criminel. Mais quel crime a-t-il donc commis?. Celui d'avoir cru en un projet politique, de l'avoir porté et de l'avoir défendu? Celui d'avoir dirigé un journal dont il avait reçu l'autorisation des mains mêmes du régime qui le mortifie aujourd'hui? «Jebali n'appartient pas au groupe armé .. mais à un mouvement politique, signataire du Pacte National au même titre que le Secrétaire Général du RCD. S'il y a donc un crime ce serait bien plutôt le fait de le considérer comme un criminel... Tout cela est tragique parce qu'anachronique et insupportable …injuste. Et la tragédie a trop duré... » DLM.M. soutien toute acte volontaire qui lutte pour la démocratie et dans le respect des Droits élémentaires de tout être humain, sans exclusion, pour des raisons idéologiques ou politiques qui aspire a changer la société par des moyens pacifiques, et contre l'exclusion d'une partie de la population de gauche ou de droite dans leur droit à s’organiser dans son propre pays, et pour les pays musulmans, contre l'exclusion des islamistes, de prendre part dans la vie économique, politique et sociale , comme le reste de la population. D.L.M.M. appelle et continue à appeler à une amnistie générale([1]) qui se concrétisera par, la libération de tous les prisonniers politiques d’opinion, à commencer par Dr Sadok Chourou, Hamadi Jebali, Mohamed Akrout, Karim Harouni, et j’oubli bien d’autres, car la liste est bien longue, la reconnaissance de toutes les organisations populaires et syndicales et estudiantines, l’abolition des privilèges du parti au pouvoir en faisant du chef de l’Etat, le Président de tous les Tunisiens, l’ouverture d’une enquête publique sur la mort dans des conditions mystérieuses et responsabiliser les tortionnaires et leurs commanditaires, et engager des réparations des préjudices causés aux victimes de la torture, le retour des exilés dans la dignité Rassembler tous ceux et celles qui acceptent l’alternance et refusent la violence comme moyen de changement de la société autour d´un projet de réconciliation de tous les pour l´échéance de 2004. D.L.M.M. s’adresse aux représentants du Peuple Européen et en particulier, Le Président Jacques Chirac et son Premier Ministre Jean Pierre RAFFARIN à être solidaires avec ces journalistes Hamadi JEBALI & Zouheir Yahyaoui en grève de la faim qu’ils n’ont plus que leurs vies à donner contre l'injustice et l’arbitraire, et intervenir à l’occasion auprès des autorités Tunisiennes pour cesse ce calvaire qui a trop duré. Nous sommes confiant que cet Appel du cœur, sera entendu, de la part des défenseurs des populations des deux rives, pour mettre la pression sur le gouvernement Tunisien et son Président, pour que l’être humain ne subisse pas plus que d’être privé de sa liberté, pour une cause juste, celle des idées, même si on les partage pas. Nous attirons l´attention de l´opinion public national et international, aux amis de la Tunisie, de prendre les mesures appropriées, avant qu'il ne soit trop tard . Noisy-le-Grand, le 27 Janvier 2003 BOUCHADEKH Abdessalem Président de D.L.M.M. Prière intervenir auprès de Monsieur le Président de la République Française, Palais de l'Elysée, 55, rue du faubourg Saint-Honoré, 75008 Paris ,ou par mail sur ce lien http://www.elysee.fr/ecrire/mail_.htm en lui demandant d'intervenir auprès des Autorités Tunisiennes afin de préserver la santé de Hammadi Jebali, Zouhair Yahyaoui, et qu'il soit libéré dans les meilleurs délais, parmi d’autres. http://site.voila.fr/zouhairyahyaoui/index.html [1] - Voir communiqué du 10-12-1998 Pour visiter notre page ou pour publier vos réactions contactez-nous, participez au Forum http://membres.lycos.fr/tounesna/index.php nous avons besoin de vos réactions en direct, de vos propositions, de vos idées et de vos suggestions E-Mail DLMMAbdess@hotmail.com
Avec
les prisonniers politiques tunisiens
lundi 27 janvier 2003, par Tunisie, réveille-toi ! Depuis plus de dix ans les prisonniers politiques tunisiens vivent un vrai calvaire dans les multiples centres de détention du pays. Les prisons tunisiennes sont de véritables mouroirs où les conditions d'hygiène et de surpopulation sont désastreuses et où les prisonniers d'opinion sont privés d'accès aux soins et aux médicaments, de moyens d'écrire, de lire et même de prier ou de voir leur famille. Aux déplacements continuels à travers les différentes prisons du pays, le régime ajoute l'humiliation et les traitements dégradants destinés à anéantir le moral des prisonniers politiques pour les transformer en loques humaines et casser toute volonté, toute individualité. La vie carcérale en Tunisie est une mort lente que le millier de prisonniers politiques est appelé à vivre après avoir subi dans un premier temps des tortures et violences physiques insoutenables. En mars 2002, Abdelwahab Boussaa et Lakhdar Essdiri sont décédés, le premier suite à une grève de la faim qui a duré quatre mois et le deuxième suite à une négligence médicale. En Tunisie, actuellement 23 détenus d'opinion subissent un régime d'isolement total dans des prisons loin du lieu de résidence de leurs familles et privés de tout contact avec le monde extérieur. L'arbitraire du régime et la complaisance de beaucoup de nos concitoyens n'ont fait qu'éterniser une situation inhumaine. Mokhtar Yahyaoui, Saïda Akremi, Nourredine B'hiri, et d'autres encore, ont pris leur responsabilité en fondant l'association internationale de soutien aux prisonniers politiques tunisiens. Aujourd'hui c'est à nous Tunisiens de porter cette initiative au delà de ses frontières pour montrer au monde entier la vraie nature d'un régime barbare qui se dit civilisé. Le groupe « Tunisie, Réveille-toi ! » appelle tous les Tunisiens à se montrer solidaires avec les prisonniers politiques tunisiens, loin des clivages idéologiques des uns et de l'opportunisme politique des autres et de participer massivement aux 2 jours de solidarité qui auront lieu le 31 janvier et 1 février 2003 à la salle AGECA, n° 177, rue Charonne Paris 11ème, Métro : Alexandre Dumas (ligne 2).
«
Tunisie, Réveille-toi ! »
Les habitants de la rue Mansouri
Pour Zouheir et HammadiDr. Moncef marzouki
Ils sont donc en grève de la faim depuis plus de deux semaines. Encore un drame qui se noue et dont nul ne sait comment il va se dénouer. Plus exactement ce n’est qu’un autre épisode du drame que vit notre pays depuis que qu’il est sous la coupe de ce régime unique dans son histoire. Comme dans tous les drames il y a deux protagonistes : les bourreaux et les victimes. Le
drame des premiers
est qu’ils ont le
pouvoir mais
n’ont aucune autorité. La différence entre les deux est
considérable. Avec
l’autorité vous imposez votre volonté
sans avoir besoin
de la force. Comme celle de la mère, du maître spirituel, de
l’agent de circulation ou d’un
gouvernement légitime, l’autorité est reconnue
comme nécessaire, bienfaisante, dans l’intérêt de tous.
Elle est acceptée librement
et tout se déroule
avec le moindre coût d’effort et de peine pour
celui qui ordonne et celui qui obéit. L’Etat, illégal, illégitime,
immoral et incompétent, ne peut,
lui, imposer sa
volonté que par la seule une force brutale. Cette brutalité, dont l’exacerbation suit la déliquescence du peu d’autorité héritée du départ est à l’origine de cette souffrance généralisée qui accable aujourd’hui les Tunisiens. J’ai toujours été fasciné par la facilité avec laquelle des hommes sans autorité mais ayant les pleins pouvoirs, peuvent causer comme souffrances inouïes à leurs prochains sans que cela les empêche de bien manger, bien dormir et de continuer à se prendre pour des êtres humains à part entière alors que ce sont déjà des monstres. Que de souffrances gratuites n’ont-ils infligés déjà à notre peuple meurtri et empêché de crier sa douleur. Des dizaines de milliers de tunisiens sauvagement torturés, des dizaines de milliers entassés dans des geôles infâmes , des centaines de milliers de tunisiens apeurés , humiliés . Enfin, ces grèves de la faim qui ne cessent pas, ce taux de suicides qui grimpe, cette désespérance qui suinte de partout. Quel prix prohibitif pour qu’une poignée de maffieux aient le droit de piller le pays à leur guise et qu’un homme se mette à jouer à Dieu. Les grèves de la faim qui se multiplient dans notre pays sont à la fois des cris, mais aussi des bouteilles à la mer. A l’autre bout de l’Océan, il n’y a personne. Si l’homme qui hurle sa douleur se fait entendre, c’est par les siens, non par les monstres. S’il obtient gain de cause ce n’est pas parce que le monstre est devenu humain, mais parce qu’il a refait ses calculs. La souffrance criarde lui revient trop cher. Faisons taire ces cris qui dérangent. Le tintamarre continue car les monstres ne s’arrêtent pas à ces détails. Ils sont dans une autre dimension de l’existence inhumaine. Ben Ali et ses sbires au ministère de la police et à celui de l’injustice ne font plus partie du pays réel depuis si longtemps. Mais ils croient être encore des humains et même des tunisiens leur monstruosité leur est si peu évidente. Ce sont simplement des hommes accablés par les lourdes responsabilités. Ils ne cèdent pas à la ‘’pression ‘’, au ‘’chantage’’. Imaginez la pression de deux hommes mourant de faim pour réclamer leurs droits , et leur inacceptable chantage contre des hommes repus armés rasés de prés , friqués et fliqués. Honte à toi Zouheir. Honte à toi Hammadi. Ne saviez vous pas que, os maîtres et seigneurs sont magnanimes quand ils le veulent bien, quand on leur écrit des lettres et des suppliques avec gentillesse et servilité, quant on les prend dans le sens su poil, quand on les reconnaît pour ce qu’ils ne sont pas : des êtres exceptionnels ayant droit de vie et de mort sur leurs semblables et d’abord sur vous. Je suis toujours frappé par cette intoxication grave de l’esprit humain qu’occasionne le pouvoir. Elle est d’autant plus grave que sa victime est une personnalité falote, ordinaire, et parfois au dessous de la moyenne. Là l’intoxication prend des proportions gigantesques. La victime n’a aucune de ces immunités naturelles que sont la culture, la connaissance de l’histoire, la sagesse, l’expérience, la modestie, la modération ou simplement l’humanité. Elle va dès lors prendre ce visage hideux du sentiment d’infaillibilité, d’omnipotence, d’impunité. L’autre dès lors n’existe plus. S’il existe, c’est pour être nié par le système de justifications de ce narcissisme pathologique que décrit bien notre proverbe : oiseau chantant à lui même, son aile lui renvoyant son propre écho. Le drame des victimes est d’avoir de l’autorité mais aucun pouvoir, plus exactement de payer pour cette autorité que le plus extrême des pouvoirs ne peut s’offrir et que cela rend fou furieux. Ce prix est prohibitif. Ben Ali peut-il un seul instant imaginer ce qu’est d’être isolé depuis des années dans une cellule. Bien sûr que non. A-t-il la moindre idée de ce que c’est vivre dans la ‘’quarraka ‘’ au 9 Avril, à 100 dans un espace fait pour 10. Bien sûr qu’il ne le peut pas. Les bourreaux ne connaissent rien aux affres qu’ils font subir à leurs victimes. Plus exactement ils voient le dehors, mais n’accèdent jamais au-dedans, là où tout se passe Le
dictateur traite toujours
avec des abstractions : C’est un traître, un
ennemi etc. Quand bien même ! Le ‘’juge’’ qui a
condamné Hammadi Jbali à 15 ans de prison ne l’a pas
condamné –même lui- à quinze ans de prison et
de torture, car l’isolement
est de la torture pure et simple. Le ‘’ juge’’ qui a condamné Zouheir Yahyaoui à deux années de prison, ne l’a pas condamné –même lui- à deux années d’enfer. Leurs familles, non plus, n’ont pas été condamnées à des années de souffrance anonyme. Ici il nous faut faire notre mea-culpa. Il n’ y a pas que le dictateur et ses sbires qui oublient cette souffrance là. Nous aussi militants des droits de l’homme l’avons aussi parfois sans le savoir consciemment passé par pertes et profits. Obnubilée
par les martyrs, les héros
et autre cas emblématiques personne
ne crie : les femmes et les enfants d’abord. Je voudrai
que ce texte fasse exception en parlant des parents des
victimes plus que des victimes elles mêmes, car j’ai eu ce
soir un sévère rappel à l’ordre. Nous étions à la commémoration du 26 Janvier quand Sophie Al Warda, la fiancée de Zouheir a pris la parole.’’Vous avez le culte du combat, du sacrifice nous a-t-elle jeté à la figure. Vous êtes prêts à mourir pour vos idées. Zouheir n’est qu’un soldat de plus dans votre combat. Peu importe qu’il meurt, s’il a la décence de le faire pour la bonne cause. Mais moi qui le veux pour époux, je ne veux pas qu’il meure même pour la bonne cause. Je veux qu’il vive, simplement, tout simplement. Qui vous dit qu’il a l’étoffe d’un héros. Il est simplement humain. Sa grève n’est pas celle d’un militant, mais celle d’un homme qui veut sortir de l’enfer du 9 avril même par la porte d’en haut, celle qui mène droit vers le ciel.’’ Sophie, ne nous juges pas durement. Nul ne veut mourir pour son pays. Nous voulons vivre pour lui, par lui, en lui. Nul n’a voulu devenir un ‘’héros’’. On nous y a forcé. Les monstres ne nous ont laissé qu’un seul choix : nous soumettre ou nous révolter. Non nous ne cherchons pas la gloriole et le martyr , mais les droits les plus simples comme ceux pour lesquels se battent tous les grévistes de la faim . Je veux retourner dans ma faculté. Je veux reprendre mes promenades sur la plage de Sousse. Je veux reprendre une discussion avec Hammadi Jbali interrompue il y a douze ans. Je veux surtout voir sourire sa fille rencontrée un jour par hasard à Sousse. Elle était d’une telle tristesse ! A 13 ans, elle n’avait jamais embrassé son père. Je l’imagine tous les soirs s’endormant en larmes en pensant a lui mourant à petit feu dans sa cellule. Je veux que nous redevenions un peuple normal et que nous vivions tous normalement. Comme nous sommes tous aveugles sur l’étendue des dégâts causés par les monstres et sur les véritables victimes : ces dizaines de milliers d’enfants ‘’jbali’’ qui ont vécu leur enfance comme un cauchemar, ces dizaines de milliers de femmes qui ne connaissent de la vie que l’humiliation, la misère et la corvée du couffin. Oui Sophie, tu as eu raison de nous engueler, car nous aussi nous commencions sans le savoir à nous transformer en monstres. Pour ne pas leur ressembler un peu plus, apprenons à nous battre pour de tels cas en voyant les hommes et non les causes. Gardons nous de les juger ou de les instrumentaliser. Ne tirons aucune gloriole de leurs souffrances ou des nôtres. Il n’ y a jamais rien de bon dans aucune souffrance. Apprenons simplement à la supporter avec dignité, à accompagner celle de Zouheir, Hammadi et les autres. Par-dessus intériorisons son souvenir pour qu’un jour nous puissions y mettre un terme, du moins dans le domaine politique, en rendant autorité et pouvoir synonymes et non comme dans cette phase démente de notre histoire d’irréductibles ennemis.
La faim
d’un peuple
C’est insensé, c’est fou, c’est délirant ce qui est en train de se passer en Tunisie. L’événement s’apparente plus à un cauchemar qu’à un quelconque mouvement de protestation. Tous les envoyés spéciaux qui se sont déplacés pour assister à l’événement ne croyaient pas leurs yeux au début. Certains journalistes pensaient qu’ils s’étaient trompés d’avion et qu’ils se trouvaient en Somalie ou en Angola. Comment un peuple en chair en en os s’est-il transformé, en l’espace de deux semaines, en un peuple de fantômes? D’où sortent ces squelettes qui hantent ce pays, appelé jadis « le grenier de Rome » ? La famine a-t-elle frappé cette population africaine de dix millions d’habitants qui, selon la propagande officielle, « mange à sa faim » ? Les gardiens du zoo « ouled-ahmadien » ne donnent-t-il plus à manger à leurs bêtes ? Ce
qui s’est passé est bien plus grave et, de loin, plus inquiétant
qu’une famine. Jusqu’à ce jour béni du Seigneur où j’écris
ces maigres lignes, personne ne sait
qui a lancé le premier le mot d’ordre assassin. Du
jour au lendemain, tout un peuple, excepté ses bébés et ses
enfants, a cessé de se nourrir. C’est un ramadan à durée
indéterminée, sans rupture de jeûne ni « souhour ».
D’énormes stocks de viande, poissons, volailles, produits
laitiers, légumes et fruits pourrissent sur les étalages des
marchés et des magasins, faute d’acheteurs. Les restaurants
sont vides, les bars, les cafés et les salons de thé sont déserts.
Les vendeurs ambulants de casse-croûtes et de boissons ont
carrément disparu. Le
visiteur qui débarque de l’étranger a l’impression de
vivre au milieu d’un film tourné au ralenti : Des
corps décharnés qui se déplacent à vitesse d’escargot,
des voitures, bus et des métros qui roulent à 5km /h.
Seules les ambulances atteignent parfois la vitesse
vertigineuse de... 10km/h ! Pourtant l’économie du
pays marche ou fait semblant de marcher. Les citoyens
continuent à travailler et à vaquer à leurs occupations
quotidiennes. Mais avec chaque jour qui passe, le rythme de la
vie ralentit. La vitesse de déplacement des gens diminue. La
lenteur de leurs mouvements vous donne le vertige. Rien
qu’à les voir, on est envahi par une irrésistible envie de
s’assoupir. Vous sentez vos membres s’engourdir et vous
entrez dans leur monde d’apathie, de léthargie, d’atonie
et de totale abolie... Certains ont même commencé à avoir
des visions. Des visions de troisième type, qui ne sont ni
des cauchemars ni des rêves. Des
visions que l’on ne peut ni cerner ni décrire. Je ne
peux prétendre avoir partagé leurs visions, c’était plutôt
mes propres visions de leurs visions. Car ces jeûneurs ont
choisi le silence. Pour
préserver leurs précieuses réserves d’énergie, les gens
ont cessé de parler. Un silence inquiétant, oppressant,
angoissant règne sur ce pays à sang chaud dont l’animation
était légendaire. Seule la voix de la propagande résonne
encore dans ce royaume de silence, quoique rouillée et
affaiblie par la « défection » de certains
journalistes jeûneurs. Depuis qu’une présentatrice du télé-journal
s’est évanouie devant des millions de téléspectateurs, la
RTT a interdit les émissions en direct. D’ailleurs, les
techniciens ont augmenté la puissance de transmission des
programmes radio, car la voix des journalistes est devenue à
peine audible. La seule voix tonitruante qu’on entend à la
radio est celle du docteur Hakim, le bedonnant diététicien
de l’Institut de la Nutrition, qui invite les gens, du matin
au soir, à « manger sain ». Des spots de pub
« casseurs de grève » bombardent jour et nuit les
postes télé et les écrans de cinéma. Des téléspectateurs
hâves et faméliques voient défiler devant leurs yeux fatigués
des images alléchantes de délicieux yaourts, onctueux
chocolats, appétissants gâteaux, croustillantes gaufrettes,
savoureuses pizzas, bref toutes sortes de délices qui
aiguisent l’appétit et chatouillent le palais. Peine
perdue. Aussi bien les plaisirs de la bonne chère que les
douleurs de la faim ne sont plus qu’un vague souvenir pour
ces millions de gens qui se sont engouffrés dans ce tunnel
sans fin, appelé grève de la faim. Au milieu du tunnel, et
avant de plonger dans le silence, une avocate a déclaré :
« J’irai jusqu’à la fin ». Un peintre,
artiste du jeûne, dessina, avant de jeter son pinceau
et lever l’ancre pour ce grand voyage de la faim, un tableau
intitulé « L’infini ». L’on n’y voit ni
formes distinctes ni paysages, juste des lignes entrelacées
qui pointent vers un horizon qui s’ouvre sur d’autres
horizons jusqu’à... l’infini. Un
graffiti dessiné par une main anonyme exténuée hante
les murs de Tunis : QUE LA FLAMME DU COMBAT RESTE ALLUMEE !
Mais le pays mincit, maigrit, se consume comme une bougie. Une
bougie dévorée par sa flamme. Une flamme qui combat jusqu’à
la fin. Une fin annoncée par les dernières lueurs.
Les lueurs de l’espoir. L’espoir d’une délivrance.
Délivrance du désespoir. Un désespoir qui rallume la flamme
du combat. Le combat d’une bougie. Une bougie dévorée par
sa flamme. Une flamme qui combat jusqu’à la fin. Une fin
annoncée par les dernières lueurs. Les lueurs de
l’espoir... Omar Khayyâm, le 26 janvier 2003
Le
numéro 14 du Résistant du janvier 2003 est en ligne
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