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TUNISNEWS
6 ème année,
N° 2076 du 27.01.2006
Comité International
pour la Libération de Mohamed Abbou: Plaidoyer pour Mohamed
Abbou
Déclaration de membres fondateurs du
Syndicat des Journalistes Tunisiens
O. F: Commentaire sur l´article de Abdelaziz Barrouhi «
Mehdi Mlika, le « grand jardinier de Tunisie »
AFP: Pour la presse arabe, la victoire
du Hamas est un "séisme politique"
AFP: La presse européenne sous le choc s'interroge sur les
chances de paix
AFP: La presse américaine met le
Hamas au défi de la paix
Reuters: Le Hamas contraint par son succès à se
métamorphoser inopinément?
AFP: La presse palestinienne parle
d'un "séisme politique"
IEMED: Le Maghreb et la société de l'information
IEMED: Statut de la femme tunisienne :
conscience de citoyenne et responsabilité d'Etat
La Presse : Femme tunisienne : les jalons d’un partenariat
actif
Réalités: L’Islam et le débat
intellectuel
|
Exclusif
Correspondance de Tunis
Nous apprenons du Palais de Carthage même que la visite de Monsieur
Roger Bismuth, membre de la chambre
des conseillers, au chevet d’Ariel Sharon
a été décidée et entreprise avec l’aval de Ben
Ali qui l’a chargé de transmettre à Ariel Sharon, à sa
famille et aux membres de son gouvernement, ses « sincères vœux de prompt
rétablissement »
Cette information est absolument vraie.
Comité International pour la Libération de
Mohamed Abbou
Plaidoyer pour Mohamed
Abbou
Très soulagé dès qu’il a su que sa cause sera entendue au
mémorial de Caen à l’occasion du 17ème
Concours
International de Plaidoiries des Avocats pour les Droits de l’Homme,
l’avocat Mohamed Abbou a exprimé, depuis sa
cellule à la prison du Kef où il croupit injustement depuis près de onze mois
maintenant, sa gratitude au jeune avocat français Eric
Rocheblave
dont le plaidoyer « Mohamed
ABBOU : la censure jusqu’au bout des lèvres » a été retenu parmi
les plaidoiries sélectionnées.
Sa femme qui lui a rendu visite aujourd’hui, devrait
appuyer le plaidoyer de Me Rocheblave par un
témoignage chargé d’émotion. Elle souhaite que cette nouvelle étape dans
l’épisode tragique de son mari et de toute sa famille permettrait d’espérer
une issue heureuse à une tragédie qui n’a que trop duré.
A l’occasion de ce grand évènement international, le Comité
International pour la Libération de Mohamed Abbou
(CILMA) organise une caravane de soutien au départ de Paris. Il appelle tous
ceux qui se sont mobilisés en faveur de cet avocat de la liberté à venir
nombreux défendre sa cause et par delà la cause de la liberté en Tunisie.
Le CILMA rappelle à
ceux qui ne pourront pas se déplacer qu’une diffusion directe du plaidoyer
sera assurée par le site du Concours à l’adresse suivante :
http://www.memorial-caen.fr/portail/concours/index.asp
Soyons toujours nombreux et déterminés à militer pour la
libération de Mohamed Abbou.
Paris, le 27 janvier 2006
Imad
Daïmi, Chokri
Hamrouni, Vincent Geisser
Comité International pour la Libération de Mohamed
Abbou
Syndicat des Journalistes Tunisiens (SJT)
Siège provisoire : Etude de Me Chawki Tabib
11, Avenue Habib Thameur
Tunis
Fax : 71 336 539
Déclaration de membres fondateurs
Notre jeune syndicat, le Syndicat des Journalistes Tunisiens (SJT), traverse
actuellement une situation de crise qui menace son existence et dont l’issue
risque de lui être fatale, si les membres fondateurs de ce syndicat n’agissent
pas avec la lucidité et la perspicacité requises, pour faire face à cette
situation.
Malgré son jeune âge, le Syndicat des Journalistes Tunisiens a connu beaucoup
de difficultés et d’embûches en raison de l’acharnement des autorités
tunisiennes à empêcher cette structure de tenir son congrès constitutif, le 7
septembre 2005, en violation flagrante des dispositions de la constitution.
Mais la situation qu’il traverse actuellement est autrement plus grave dans la
mesure où il s’agit d’une crise interne provoquée par son propre président.
Le confrère Lotfi Hajji, président du SJT, a, en effet, placé tout le monde
devant le fait accompli, en s’engageant de son propre chef, et sans consulter
personne, ni parmi les membres du comité constitutif ni parmi les adhérents,
dans une action à caractère purement politique – ‘’le mouvement du 18 octobre’’
- décidée par une alliance de personnalités et de partis politiques, sur la
base d’un agenda bien spécifique et après des tractations dont le Syndicat, en
tant que structure, n’a jamais été partie prenante.
Des efforts intenses ont été déployés, dès le premier jour du déclenchement de
la grève de la faim, pour convaincre notre confrère Lotfi Hajji d’annoncer
publiquement qu’il s’était engagé dans ce mouvement à titre strictement
personnel et de cesser de parler au nom du Syndicat au sein de ce mouvement,
surtout que d'importantes composantes de la société civile tunisienne dont
notamment la Ligue Tunisienne pour la Défense des droits de l’Homme (LTDH) et
l’Association Tunisienne des Femmes Démocrates (ATFD) avaient décidé de ne pas
s’engager dans cette action.
La détermination de notre confrère Lotfi Hajji à faire fi de tous les appels à
la raison qui lui ont été adressés, a fini par créer une situation d’amalgame
et de confusion, qui a porté un grave préjudice à notre Syndicat.
Face à cette situation, et devant l’unanimisme ambiant qui avait accompagné le
déclenchement de la grève de la faim, les membres du comité constitutif élargi
ont convenu de ne pas rendre publiques, immédiatement, leurs divergences de
vue avec leur président, Lotfi Hajji, pour ne pas avoir à lâcher le confrère
journaliste qu'il est, à un moment crucial où il revendiquait, à son corps
défendant, le droit à une pratique libre du métier.
Pendant toute la durée de la grève, les membres du comité ont consacré
entièrement leurs efforts à tenter de réparer les dommages causés à notre
syndicat par son président, Lotfi Hajji, qui n’a pas cessé, dans toutes ses
déclarations, d’accréditer l’idée que le Syndicat est lui ne font qu’un.
Nous avons perdu un temps précieux à régler des problèmes qui nous ont été
imposés et auxquels nous avons été acculés. A l’heure où nous avions un besoin
pressant de conjuguer nos efforts pour consolider les fondements de notre
jeune structure et préparer une stratégie d’avenir au service des intérêts des
journalistes tunisiens et de la promotion de leur profession.
La période écoulée a vu fleurir sur Internet quelques échanges de vues et
quelques discussions entre internautes anonymes au sujet de la participation
de notre confrère Lotfi Hajji à la grève de la faim et de son impact négatif
sur l’avenir du Syndicat. Les membres du comité constitutif du SJT n’ont
jamais interféré dans ces débats et c’est en simples lecteurs qu’ils ont pris
connaissance de ces écrits, y compris la dernière mise au point publiée par
notre confrère Lotfi Hajji dans Tunisnews (Edition du 26 décembre 2005) et
qu’il a, pourtant, signée en sa qualité de président du Syndicat.
Ce qui mérite d’être relevé, dans ce contexte, c’est que Lotfi Hajji a,
malheureusement, jugé opportun de défendre, dans sa mise au point, le ‘’point
de vue ‘’ d’un de ses partisans. Un scribe attitré qui a violé les règles les
plus élémentaires de la déontologie, en lançant sur les colonnes de Tunisnews
(Edition du 16 décembre 2005) un véritable réquisitoire d’une violence et
d’une bassesse inouïes, contre un groupe de consoeurs et de confrères, les
traitant de ‘’chourafas’’
(syndicalistes fantoches, manipulés par le pouvoir), et comparant la situation
de notre Syndicat à celle de la LTDH et de l’Association des Magistrats
Tunisiens (AMT)
Lotfi Hajji sait, pourtant, pertinemment que ce qui se passe actuellement au
sein de la LTDH et de l’AMT n’a absolument aucun rapport avec ce qui se passe
au sein du SJT. Il sait, aussi, pertinemment que les consoeurs et confrères,
qui ont été lynchés et attaqués dans leur honneur et leur dignité, sont
réellement des journalistes indépendants et loyaux. Des journalistes qui ont
rendu à cette profession, en particulier, et à l’action syndicale en général,
d’éminents services.
Notre devoir, aujourd’hui, est de nous ressourcer aux valeurs et aux principes
qui sont à la base de la création de notre Syndicat. Ce syndicat qui est le
couronnement d’une lutte menée par des générations successives de
journalistes, le fruit d’une action collective et d’un combat de longue
haleine et qui n’est nullement un projet personnel ou le produit d’une action
individuelle.
Comme toute structure syndicale, le SJT s’est fixé comme objectif prioritaire
de défendre les intérêts professionnels et matériels des journalistes.
Toutefois, compte tenu de la conjoncture que traverse notre pays, et marchant
sur les pas des pères fondateurs du mouvement syndical tunisien, le SJT a
choisi de ne pas s’enfermer dans des revendications purement catégorielles. Il
a donc pris, sciemment, l’engagement, en tant que partie intégrante de la
société civile tunisienne, de défendre les libertés publiques fondamentales,
collectives et individuelles, et de soutenir toutes initiatives et toutes
formes d’action visant la défense des droits légitimes du peuple tunisien, y
compris les trois revendications formulées par les grévistes de la faim et par
les forces démocratiques qui les ont soutenu, en l’occurrence la liberté
d’expression, la liberté d’organisation et la libération des prisonniers
politiques.
Cependant, notre soutien et notre appui aux revendications des forces
démocratiques ne doivent pas pour autant occulter notre propre spécificité :
Notre syndicat est avant tout une structure professionnelle dont la mission
première est de défendre les intérêts des journalistes et leurs droits
matériels et moraux, loin de toute instrumentalisation partisane. Notre
syndicat, qui s’est fixé comme objectif de défendre la liberté et
l’indépendance du journaliste, à l’égard de tous les groupes de pression quels
qu’ils soient, rejette, catégoriquement toutes formes de tutelle ou
d’allégeance politique, à l’égard du pouvoir ou de l’opposition. Le SJT refuse
également d’être utilisé comme tremplin pour servir des intérêts personnels et
d’être placé devant le fait accompli.
Les membres fondateurs du SJT, soussignés, conscients de la gravité de la
situation que traverse notre syndicat, appellent instamment tous les adhérents
de bonne volonté à redoubler de vigilance, de solidarité et de cohésion pour
faire échouer toutes les manœuvres de soumission ou de récupération qui
ciblent le syndicat et réaffirment leur ferme détermination à défendre
l'indépendance et l'autonomie de leur syndicat.
En raison de la dégradation du rendement du comité constitutif, suite à la
défection de certains de ses membres et aux erreurs de conduite de notre
confrère Lotfi Hajji, il est désormais impératif est urgent de procéder à
l’élection d’un nouveau comité qui bénéficie de la confiance des adhérents et
qui doit se conformer aux règles de la gestion démocratique.
Nous sommes tous concernés et sommes donc appelés à apporter notre
contribution à la réussite de cette mission en proposant des solutions
pratiques et concrètes pour sortir de cette crise et mettre au point un
programme d’avenir pour notre syndicat.
Compte tenu de la conjoncture exceptionnelle que connaît actuellement notre
structure, qui ne dispose toujours pas d’un siège pour rassembler ses
adhérents, et devant la détermination des autorités à empêcher la tenue de
notre congrès constitutif, le comité provisoire met à la disposition de tous
les consoeurs et confrères l’adresse électronique suivante :
forumsjt@yahoo.fr, pour participer au
débat et formuler leurs propositions et suggestions.
Les Signataires :
Mohamed Maali
Bechir Ouarda
Salma El Heni
Mahmoud Dhaouadi
Amel Bejaoui
Ahmed Hatheq El Orf
Hamida Ben Salah
Noureddine M'Barki
Mahfoudh Dhaoui
Nedra Boukesra
Mouldi Habchi
Mohamed Bououd
Meriem Khadraoui
Mohamed Nejib Ben Abdallah
Monia Rihane
Wejdene Bouebdellah
Yamina Touati
Mongi Saïdani
Nejmeddine Akkari
COMMENTAIRE SUR L'ARTICLE
DE ABDELAZIZ BARROUHI
« Mehdi Mlika, le « grand jardinier de Tunisie »
TUNISIE - 25 décembre 2005 - par ABDELAZIZ BARROUHI
« Depuis bientôt vingt ans, cet homme est la cheville ouvrière de tous
les programmes de protection et d'aménagement du cadre de vie dans son pays.
»
Commentaire:
De quel cadre de vie Mehdi Mlika s’occupe t-il ?
Sûr et certain que Si ABDELAZIZ BARROUHI fait allusion à quelques quartiers
où résident les apparatchiks du RCD, les nouveaux oligarques du régime et
les corps diplomatiques.
La Tunisie avec ses quartiers, ses ruelles, ses montagnes, ses routes
provinciales n’ont jamais été aussi sales qu’auparavant. Un rien de pluie,
un rien de vent et ce sont la boue, la poussière, les immondices, les
moustiques, les rats, les eaux et les déchets des entreprises plantées
sauvagement dans les zones d’habitation et c’est la merde pour les
habitants.
A moins que Si ABDELAZIZ BARROUHI en tant que journaliste de la race des
moutons ne voie que ce qu’on a envie de lui faire voir et colporter.
Un petit conseil Si ABDELAZIZ BARROUHI fait un tour en dehors des artères de
la Marsa et d’El Manar et vérifie par vous-même l’état des trottoirs, des
chaussées, des rues et des ruelles, vous allez être bien servi par une merde
de toutes les couleurs.
Si ABDELAZIZ BARROUHI, l’environnement réel, le vrai cadre de vie des
tunisiens, n’est nullement des fleurs et des palmiers et des zones vertes
désertes par les tunisiens qui préfèrent fréquenter les cafés que le laxisme
et les passe-droit en tant que mode de gestion de l’ère de ben ali leur a
permis de s’agrandir et occuper les trottoirs publics voire même les
chaussées.
Il faut dire que la majorité de ces cafés font autant office de bureaux de
renseignement de la police politique, que des extensions des cellules du rcd.
Que la majorité des exploitants sont des anciens flics ou des membres actifs
du rcd.
L’environnement réel, le vrai cadre de vie des tunisiens ne sont pas des
œuvres de maquillage et du fard, qui en passant, elles coûtent très cher au
contribuables, corruption et transactions occultes obligent, elles font
exploiter nos paysans et paysannes dans des chantiers où la frontière entre
domaine public et privé n’est pas marquée et ce à raison de 4 dinars par
jour tout inclus
Si ABDELAZIZ BARROUHI il ne vous a pas venu à l’esprit de se poser la
question comment Mehdi Mlika paye 150 dinars alors que nous autres nous
payons 1000 dinars (si cela est vrai). L’une des deux soit que Mehdi Mlika
fait du racket et du chantage de tout genre, soit que les agents du
ministère de l’économie et du contrôle des prix sont aux abonnés absents ou
ils sont enrôlés par le ministère de l'intérieur pour régler les comptes de
ceux qui ne se plient pas à ben ali et à ses oligarques.
L’environnement réel, le vrai cadre de vie des tunisiens c’est une
infrastructure et un aménagement qui durent. Mais pour cela, il faut des
vrais élus locaux, choisis parmi les meilleurs d’entre nous et non pas une
racaille que l’on impose ici et là qui s’enrichit en toute impunité.
Si ABDELAZIZ BARROUHI, nous tunisiens et tunisiennes, nous connaissons bien
Mehdi Mlika, sa vraie personnalité son vrai patrimoine d’hier et
d’aujourd’hui ; ses avoirs et ses déboires. Nous préférons que vous nous
écriviez un article sur le mouvement du 18 octobre, vous qui avait rendu
visite aux grévistes de la faim, à moins que vous êtes venu pour faire de
l’espionnage.
O.F
Pour
la presse arabe, la victoire du Hamas est un "séisme politique"
AFP, le 27.01.2006
DUBAI, 27 jan 2006 (AFP) - La presse arabe a qualifié vendredi
de "séisme politique" la victoire du Hamas aux législatives palestiniennes de
mercredi, en saluant sa légitimité démocratique et en demandant au mouvement
radical palestinien de ne pas enterrer le processus de paix avec Israël.
"Un séisme politique secoue la région", écrit en Une Al-Quds,
principal quotidien palestinien. Il estime que "le réel vainqueur est le
peuple palestinien, qui a permis ce transfert pacifique du pouvoir à travers
des élections libres, honnêtes et transparentes".
"L'aspect le plus dangereux de cette explosion (NDLR: la victoire
du Hamas) est le fait qu'elle soit née du discours du +nouvel ordre mondial+,
qui considère les urnes comme le seul arbitre de la représentation légitime",
souligne pour sa part le quotidien panarabe Al-Hayat.
Le mouvement islamiste radical Hamas, responsable de la grande
majorité des attentats suicide anti-israéliens, a créé la surprise en raflant
76 des 132 sièges du parlement palestinien. Le Fatah, son principal rival, au
pouvoir au sein de l'Autorité palestinienne, a dû se contenter de 43 sièges.
Al-Hayat se demande en outre comment le Hamas va "gérer sa
victoire", soulignant qu'il devra répondre à plusieurs questions qu'il avait
évitées dans le passé.
Même son de cloche dans An-Nahar. Ce journal libéral libanais
considère que "les Palestiniens ont mis le Hamas face à une nouvelle donne à
travers ces élections".
Pour un autre quotidien libanais, As-Safir, la victoire du Hamas
est "une révolution dans la révolution palestinienne qui va marquer les
années à venir".
Il s'agit d'un "tsunami démocratique", estime de son côté le
journal émirati Al-Khaleej, affirmant que la victoire du Hamas représente "un
véritable coup d'Etat, mais à travers les urnes".
Le journal officiel syrien al-Baas a appelé l'Occident à composer
avec le Hamas. "Les Européens, surtout les Américains (...) n'ont pas d'autre
choix que de se résigner et de composer avec la nouvelle donne", écrit-il.
A Abou Dhabi, Al-Ittihad considère que le taux de participation
massif aux élections "donne beaucoup de crédibilité aux résultats et permet
au nouveau gouvernement de bénéficier d'un réel soutien".
Le journal saoudien Arab News considère pour sa part que le Fatah
méritait de perdre: "Les Palestiniens ont voté contre lui parce qu'ils en ont
eu assez du copinage, de la corruption et de l'incompétence avec lesquels il
a gouverné. En ce sens, il s'agit d'un vote-sanction".
Cependant, si le Hamas ne tourne pas le dos à l'action armée une
fois arrivé au pouvoir, "les conséquences pourraient être effrayantes",
avertit Arab News.
Si la presse s'est exprimée dans plusieurs pays arabes, la
plupart des gouvernements n'avaient pas réagi aux résultats des élections
palestiniennes.
Le roi Abdallah II de Jordanie, où plus de la moitié de la
population est d'origine palestinienne, a appelé à la "reprise rapide des
négociations de paix". L'établissement de deux Etats restera "la seule
solution pour instaurer la stabilité et mettre un terme à la violence et à
l'extrémisme", a-t-il dit.
En Egypte, le président Hosni Moubarak a appelé à "l'unification
des rangs palestiniens", tandis que le chef de la diplomatie, Ahmed Aboul
Gheit, assurait que l'Egypte "respectait le choix du peuple palestinien". Il
a exprimé l'espoir que "le processus de paix se poursuivra".
Le président yéménite, Ali Abdallah Saleh, a appelé le Hamas à
poursuivre "le processus de paix avec Israël conformément aux résolutions
internationales", dans un message adressé au dirigeant palestinien, Mahmoud
Abbas.
Pour le président algérien, Abdelaziz Bouteflika, ces élections
constituent "un pas important franchi par le peuple palestinien" sur la voie
du recouvrement de "ses droits légitimes". Le ministre algérien des Affaires
étrangères, Mohamed Bedjaoui, a appelé le monde à juger sur pièce le Hamas,
invitant le mouvement radical à passer au plus vite à la négociation.
AFP
La presse
américaine met le Hamas au défi de la paix
AFP, le 27.01.2006
WASHINGTON, 27 jan 2006 (AFP) - La victoire du Hamas aux
élections palestiniennes met en danger les perspectives de paix au
Proche-Orient, estime vendredi la presse américaine, en mettant le Hamas au
défi de choisir entre terrorisme et paix.
Pour le New York Times, le résultat de l'élection représente un "pas
de géant en arrière", tandis que le seul quotidien national USA Today parle
d'une "nouvelle équation qui choque le Proche-Orient".
Comme premier responsable, le New York Times accuse le Fatah "corrompu"
et "inepte", en jugeant que son président, Mahmoud Abbas, est "faible". Le
New York Times accuse aussi les "durs" israéliens et le Premier ministre
Ariel Sharon de n'avoir fait "aucune concession" à M. Abbas.
Désormais, "le Hamas a le choix entre gouverner et terroriser",
ajoute le quotidien, tandis que le Washington Post, dans un éditorial
intitulé "Le choix du Hamas", estime que "les islamistes sont obligés de
choisir entre la démocratie et le terrorisme".
"Nous ne sommes pas optimistes, mais nous rappelons que
l'Organisation de Libération de la Palestine du défunt Arafat, dont M. Abbas
était le second, est née dans le terrorisme", relève le New York Times.
Alors qu'il est d'ordinaire critique de la politique menée par
George W. Bush, ce quotidien estime à deux reprises que le président
américain a "absolument raison" de demander à M. Abbas de rester en place et
de ne pas vouloir discuter avec un parti qui prône la destruction d'Israël.
Le quotidien des affaires Wall Street Journal (conservateur) veut
croire "possible" que "le poids des responsabilités rend le Hamas moins
radical avec le temps". "Les Etats-Unis ont l'obligation de dire clairement
au Hamas et à tous les Palestiniens, qu'il n'y a aucun avenir pour le
terrorisme", ajoute le quotidien.
Le Baltimore Sun met lui aussi le Hamas au défi de réaliser sa
promesse de "changer et réformer". "Fournir des emplois, des logements et la
sécurité pourrait s'avérer beaucoup plus difficile que d'envoyer des
kamikazes pour tuer des civils et prôner la destruction d'israël", écrit le
journal.
"Ce que le Hamas apprendra vite est que tout gouvernement
palestinien a besoin des centaines de millions de dollars venus chaque année
des Etats-Unis, de l'Europe et du Japon pour fonctionner et adoucir la
pauvreté désespérante dans les bidonvilles de Gaza et des territoires occupés",
écrit le Los Angeles Times.
Le Boston Globe (centre-gauche) et le Washington Times (droite)
pointent la responsabilité du président américain: M. Bush "peut ne pas
vouloir reconnaître publiquement que le triomphe électoral du Hamas a
compliqué ses plans grandioses pour implanter la démocratie dans tout le
Proche-Orient, mais c'est précisément ce qui s'est passé", écrit le Boston
Globe, tandis que le Washington Times estime que la victoire du Hamas est "un
avertissement" pour M. Bush.
Les gouvernements en Egypte, en Syrie, en Jordanie et dans toute
la région observent avec "beaucoup d'inquiétude" et craignent que "l'expérience
Hamas" ne s'étende, écrit le Globe.
"L'administration Bush a pensé qu'elle pourrait s'abstraire de la
complexité et refaire le monde en quelques coups de pinceau. Mais la
démocratisation est dure, compliquée et frustrante. Elle demande une
construction patiente des institutions et une attention aux détails. Il n'y a
pas de raccourcis", souligne l'un des chroniqueurs du Washington Post, E.J.
Dionne.
La presse européenne sous le choc
s'interroge sur les chances de paix
AFP, le 27.01.2006
PARIS, 27 jan 2006 (AFP) - La presse européenne était sous le
choc vendredi face à l'ample victoire du groupe radical Hamas aux
législatives palestiniennes, s'interrogeant sur les chances de paix sous la
houlette d'un parti prônant la lutte armée et la destruction de l'Etat
d'Israël.
Photos de foules compactes d'hommes brandissant armes ou corans
et titres alarmistes étaient de mise vendredi dans les journaux, qui jugent
majoritairement qu'il s'agit d'une mauvaise nouvelle pour le processus de
paix.
"Le triomphe des terroristes", titre ainsi le quotidien
conservateur allemand Die Welt en évoquant un scénario pessimiste: "l'éclatement
d'une quatrième intifada n'est plus à exclure".
Le Frankfurter Allgemeine Zeitung fait le parallèle avec la
victoire des islamistes en Algérie en 1992: "le résultat n'ayant pas été
accepté, l'Algérie a sombré dans une guerre civile sanguinaire".
"Les islamistes radicaux ont conquis la Palestine", titre le
quotidien autrichien Die Presse (droite) qui publie l'article 13 de la charte
du Hamas: "Il n'existe pas d'autre voie que le djihad ("guerre sainte") pour
règler la question palestinienne".
"Le Hamas n'a pas de programme politique et gouvernera avec le
Coran et les ceintures d'explosifs de ses kamikazes", poursuit le journal
dans un commentaire particulièrement alarmiste.
"L'Etat palestinien n'existe pas encore et un pays virtuel
+Hamasstan+ est en train d'être créé sur les territoires palestiniens", écrit
encore son confrère russe Vremia Novosteï.
"Palestine, le pire scénario", juge pour sa part le conservateur
espagnol ABC en soulignant la proximité du Hamas avec Téhéran, tandis que le
journal catalan La Vanguardia, voit dans la victoire "la seconde mort
d'Arafat".
En Italie, la Repubblica (centre-gauche) évoque "un pas en
arrière de quinze ans".
"La victoire du Hamas, une organisation considérée terroriste,
rend le conflit israélo-palestinien encore plus explosif", observe le
portugais Jornal de Noticias.
Les journaux grecs Kathimerini (libéral) et Avghi (gauche),
estiment également que "le triomphe inattendu de Hamas va faire capoter les
équilibres délicats dans la région".
Au delà des réactions à chaud, nombre de journaux tentaient aussi
d'expliquer le choix des Palestiniens et se montraient pragmatiques.
Le quotidien de centre-gauche Süddeutsche Zeitung juge que la
victoire du Hamas a été "un vote de protestation intérieur contre le chaos,
contre la corruption et l'inertie politique" dans les territoires
palestiniens.
Et selon le Corriere della Sera, la force du Hamas a été "alimentée
par le ressentiment de la population à l'égard de la corruption et de
l'inefficacité du Fatah".
"La voix démocratique du peuple palestinien doit être entendue.
Et nous devons faire à présent avec la nouvelle réalité", prône l'Independent
(centre-gauche). "Aucun démocrate ne peut nier que c'était une compétition
juste", renchérit le Financial Times.
"Diaboliser le Hamas ne constitue plus une option. Ces sont ses
leaders les plus pragmatiques qui sont en Palestine: il faut miser
franchement sur un réalisme qui devrait s'affiner au pouvoir", selon
l'éditorialiste du quotidien belge Le Soir.
"A moyen terme, la confrontation du Hamas à l'exercice du pouvoir
va probablement le forcer à apprendre la realpolitik", prédit aussi son
confrère La Libre Belgique.
Pour le néerlandais Trouw (chrétien progressiste) : "Après cette
victoire stupéfiante, il faut donner du temps à Hamas, tant qu'il ne recourt
pas à la violence".
Mais certains journaux n'hésitaient pas vendredi à pointer un
doigt accusateur en direction d'Israël, de Washington ou encore de l'Europe.
Pour le quotidien danois Information (indépendant), "l'Occident
et les efforts démocratiques du président Bush au Moyen-Orient conduisent les
partis islamistes au pouvoir.
A Genève, Le Temps juge que "en refusant de négocier avec les
plus modérés d'entre eux, en détruisant ce qui fonctionnait, Israël ne leur a
laissé d'autre choix que cette bouée repoussante".
La victoire du Hamas "est le résultat de vingt années de gestion
manquée de la crise du Proche-Orient", estime l'autrichien Der Standard (gauche).
Et d'accuser "l'Autorité palestinienne qui s'est laissée corrompre, la
Commission européenne qui a pompé des fonds dans les territoires sans se
soucier de leur utilisation et Israël qui, lors de la première intifada, a
soutenu les fondamentalistes musulmans pour affaiblir Yasser Arafat".
La
presse palestinienne parle d'un "séisme politique"
AFP, le 27.01.2006
RAMALLAH (Cisjordanie), 27 jan 2006 (AFP) - Les journaux
palestiniens évoquent vendredi un "séisme politique" après la victoire
éclatante du Hamas aux élections qui a fait voler en éclats l'hégémonie du
Fatah, le parti au pouvoir depuis dix ans.
"Un séisme politique secoue la région", écrit en manchette rouge
Al-Quds, principal journal palestinien, au-dessus d'une photo de
sympathisants du Hamas défilant dans un déferlement de drapeaux verts à
Ramallah.
Dans son éditorial, le journal estime que "le réel vainqueur de
ces élections est le peuple palestinien qui a permis ce transfert pacifique
du pouvoir à travers des élections libres, honnêtes et transparentes".
"Le Hamas, auquel le peuple a donné une chance d'appliquer son
programme politique, devrait démontrer au peuple palestinien et au monde
entier qu'il est à l'hauteur de ce mandat populaire", écrit le journal.
"Séisme politique: Le Hamas rafle la majorité des sièges du
Conseil législatif", proclame pour sa part Al-Hayat Al-Jadida, journal de
l'Autorité palestinienne.
Son rédacteur en chef, Hafez Al-Barghouthi, a appelé dans un
éditorial à la "création d'un gouvernement d'union nationale dirigé par le
président (Mahmoud Abbas) pour nous sortir de la crise et nous éviter un
scénario à l'Algérienne ou à la taliban".
Il se référait à l'annulation des résultats des élections
remportées par les islamistes en Algérie en 1992, enfonçant le pays dans un
cycle de violences et à l'interprétation rigoriste de l'islam que les
talibans avaient appliquée en Afghanistan avant la chute de leur régime.
"Le 25 janvier 2006 entrera dans l'histoire palestinienne comme
celui de la fin d'une longue époque dominée par le Fatah et le début d'une
nouvelle ère dominée par le Hamas, qui va être le premier mouvement islamiste
à prendre le pouvoir dans le monde arabe", affirme pour sa part le quotidien
Al-Ayyam de Ramallah.
Dans un éditorial intitulé "l'histoire appartient au Fatah et
l'avenir à la Palestine", le journal estime que les résultats des élections
ont constitué "une catastrophe pour le Fatah, un séisme politique et une
révolution idéologique".
ANALYSE
Le Hamas contraint par son succès à se
métamorphoser inopinément?
par Nidal al Moughrabi
GAZA, 27 janvier (Reuters) - Une fois retombés les confettis de la
fête de son inattendu raz-de-marée électoral, le Hamas se retrouve
prématurément au pied du mur: assumer le pouvoir.
Issu en 1987 de la première intifada, ce mouvement islamiste qui
s'est fait un dogme de la négation d'Israël se retrouve sans crier gare aux
premières loges politiques et diplomatiques.
Sans s'y être préparé, il va devoir cohabiter avec un président
élu - Mahmoud Abbas - qui s'est profondément engagé envers une solution de
cohabitation avec l'Etat juif.
Il lui faudra en outre tenir compte d'une communauté
internationale qui a béni cette voie pacifique et détient les cordons de la
bourse de l'entité autonome palestinienne initialement rejetée par le Hamas.
"Last but no least", la "branche palestinienne" des Frères
musulmans hérite de plusieurs décennies de domination du Fatah, le mouvement
nationaliste dont l'histoire se confond avec celle du nationalisme palestinien.
Fondé dans les années 1960 par le défunt Yasser Arafat, dont le
flambeau a été repris en 2005 par Abbas, son compagnon de route de toujours,
le Fatah, désavoué, n'est pas d'humeur à ouvrir une voie royale au Hamas.
"Le Hamas est en crise. Il est incapable de fournir les réponses
aux questions qui se posent à lui sans prévenir. Alors qu'il agitait le slogan
'réforme et changement', c'est lui qui doit changer", estime l'analyste
palestinien Hani Habib.
Grâce à sa majorité absolue, le mouvement fondé par le cheikh
Ahmed Yassine, liquidé en 2004 par Israël, est censé composer à sa guise le
nouveau gouvernement palestinien.
Mais il s'est empressé d'inviter les autres factions
palestiniennes à y participer au motif, selon les termes d'Ismaïl Haniyeh, son
chef de file électoral, de "sauvegarder l'unité nationale".
Pour les commentateurs, il est indispensable au Hamas de rallier
le maximum de factions autour de lui pour atténuer son image de radicalisme
aux yeux mêmes d'une partie de son électorat - sans parler de la diaspora
palestinienne.
TREVE DE
CIRCONSTANCE?
Car le "tsunami politique" de mercredi s'explique autant, sinon
plus, par le "ras-le-bol" des électeurs vis-à-vis du Fatah que par la
popularité du Hamas, qui a engrangé une action sociale et charitable
unanimement reconnue.
La volonté du Hamas d'épurer un establishment palestinien corrompu
fait l'objet d'un consensus mais, selon l'analyste Mahdi Abdel Hadi, le
mouvement n'a pas mandat pour tout remettre en cause.
La reconnaissance du droit d'Israël à l'existence, concédée par le
Fatah lors des négociations d'Oslo, est ainsi considérée par une majorité de
Palestiniens comme irréversible.
Aux yeux de la communauté internationale, il revient désormais au
Hamas de s'y rallier et, donc, de se résigner à ce que le futur Etat
palestinien se cantonne aux seuls territoires occupés en 1967.
Le Hamas a déjà fait preuve de sa faculté d'adaptation en
observant depuis un an une trêve, en prenant part au scrutin de mercredi dans
le cadre d'institutions nées d'Oslo et en mettant sous le boisseau durant sa
campagne ses appels à la destruction d'Israël.
La plupart des analystes suivant de près le dossier estiment
improbable que, parvenu au pouvoir, le Hamas reprenne dans un avenir immédiat
une lutte armée à laquelle il affirme ne pas renoncer.
Une telle prorogation de la trêve pourrait amener Israël à nouer
une forme de dialogue avec le Hamas au lieu de prendre des mesures
unilatérales au prétexte de l'absence d'un partenaire de paix.
"Si les Israéliens consentent à négocier une trêve avec le Hamas,
alors celui-ci cessera de recourir à la force pour promouvoir son idéal",
estime l'analyste palestinien Azzam al Tamimi.
Directeur de l'Institut de la pensée islamique, dont le siège est
à Londres, Tamimi souligne néanmoins qu'il ne s'agirait que d'une mesure de
circonstance - inenvisageable de toute façon avant les élections israéliennes
de la fin mars - et non pas d'un pas vers une coexistence à long terme - qui
reste problématique.
REUTERS
Le Maghreb
et la société de l'information
Ridha Kéfi
Au Maghreb, comme dans le reste du monde, le secteur des Technologies et de
l'Information (TIC) a connu une évolution accélérée au cours des 10 dernières
années, caractérisée par un grand volontarisme étatique, des opérations de
privatisation réussies et un pari sur le dynamisme des acteurs locaux. De
précieux partenariats avec des opérateurs étrangers, notamment européens, ont
fait le reste. Les résultats, sans être spectaculaires, n'en sont pas moins
impressionnants.
Maroc : croissance rapide, retard à rattraper
Le Maroc a consenti de gros efforts pour développer son secteur des
télécommunications. Promulguée en 1999, la loi sur la déréglementation du
secteur a entraîné la scission de l'Office des postes et télécommunications (ONPT)
en deux entités : Itissalat Al-Maghrib (Maroc Télécom) pour les services de
télécommunications et Barid Al-Maghrib pour ceux de la poste. Une Agence
nationale de réglementation des télécoms (ANRT) est chargée de superviser la
libéralisation du secteur, dont le chiffre d'affaires en 2003 s'est élevé à
1,7 milliards d'euros (4,53 % du PIB).
Téléphonie fixe : difficile libéralisation
Maroc Télécom a le monopole de la téléphonie fixe. Il compte près de 1,3
million d'abonnés, soit un taux de pénétration de 4,5 % de la population et de
17 % des ménages. Le parc se répartit entre les secteurs résidentiel (66 %),
professionnel (22 %) et publiphones (12 %).
Maroc Télécom cherche à relancer la téléphone fixe avec des offres
promotionnelles : packs fixes pour les particuliers et offres spéciales pour
les entreprises.
Pour mettre fin au monopole de l'opérateur historique dans ce domaine, l'Etat
a entrepris d'attribuer une deuxième licence de téléphonie fixe. Gain espéré :
près de 100 millions d'euros. Un appel d'offres a été lancé fin 2002, mais
aucun opérateur n'a soumissionné, à cause peut-être de l'importance des
investissements nécessaires.
Pour contourner la difficulté, les autorités ont décidé d'alléger les
conditions d'octroi de cette deuxième licence et de la « saucissonner ».
L'obligation de couverture régionale et l'usage d'une technologie particulière
ont ainsi été supprimés du cahier des charges. Selon le nouvel appel d'offres,
il y aura aussi trois types de licences : la boucle locale, le transport de la
communication (backbone) et la connexion internationale.
Téléphonie mobile : essor spectaculaire
Le GSM s'est développé rapidement. Aujourd'hui, dans 41,5 % des ménages (2,3
millions de foyers), au moins une personne dispose d'un téléphone mobile. Le
nombre d'abonnés est ainsi passé de 5,2 millions en janvier 2002 (dont 3,7
millions pour Maroc Télécom), à 7,8 millions en mai 2004 (dont 5,5 millions
pour cet opérateur). Quant au taux de pénétration du marché, il est passé,
durant la même période, de 18 % à 26 %.
Le marché du GSM est détenu par deux sociétés. Maroc Télécom, le premier à s'y
lancer, en détient 70,3 %. Méditel – conduit par l'opérateur espagnol
Telefónica, associé à Portugal Telecom, BMCE Bank et au Groupe Afriquia –, a
eu la deuxième licence de GSM, en mars 2000, pour 1,1 milliard de dollars. Sa
part de marché est estimée à 29,7 %.
Un appel d'offres pour une troisième licence de téléphonie mobile sera lancé
en 2007.
Ordinateurs et Internet : grand potentiel, timides avancées
En 2002, il s'est vendu au Maroc 140 000 ordinateurs. Le chiffre d'affaires du
secteur atteint 470 millions d'euros et augmente de 20 % par an, les services
représentant 43 % des ventes. La clientèle est répartie en trois grands
groupes : grands comptes (30 %), administrations (25 %) et petites et moyennes
entreprises (PME) (30 %).
Le parc d'ordinateurs individuels est estimé à 620 000 unités. Le taux
d'équipement, qui ne dépasse guère 11 %, varie de 3 % en milieu rural
électrifié à 23,7 % en milieu urbain. Au plan national, 63,9 % des individus
de plus de 12 ans vivant en zone électrifiée n'ont jamais accès à un
ordinateur.
Le faible niveau d'équipement s'explique par la contrainte des coûts élevés
des équipements et par la persistance de l'analphabétisme. Pour améliorer
cette situation, le gouvernement a mis en place un programme pour équiper en
ordinateurs les écoles, collèges et lycées. Il y a consacré un budget de 100
millions d'euros, soit le prix de 100 000 ordinateurs. D'ici à 2007, plus 180
e-services gouvernementaux seront aussi mis en place.
Près de 120 000 ménages disposent d'une connexion au réseau Internet à
domicile, soit un taux de pénétration dans la population totale de 0,4 %. Avec
60 000 ménages équipés (0,2 % de la population), la pénétration de l'ADSL est
légèrement plus élevée avec 600 000 individus connectés à Internet à domicile.
Le mode de connexion est dominé par le type RTC, mais l'ADSL représente déjà
plus de 45 % de part de marché. Cependant, près de 12 % de la population, soit
3,7 millions de personnes, accèdent à Internet en dehors du domicile.
Le parc informatique des 40 000 entreprises que compte le pays est estimé à un
million d'ordinateurs. Le nombre moyen d'ordinateur par employé est de 0,37.
En moyenne, 90 % des entreprises disposent d'une connexion à Internet (soit
environ 35 000 entreprises connectées) dont moins de 1 % via un accès sans
abonnement. Sur l'ensemble des entreprises, 38 % déclarent disposer d'un site
web, soit environ 15 600 sites Web pour l'ensemble des entreprises du pays.
L'utilisation des TIC par les entreprises reste cependant tributaire de leur
taille. Les grandes y ont recours, car elles y sont souvent poussées par leurs
partenaires étrangers. En revanche, les PME rechignent à s'équiper,
considérant que l'investissement est encore prohibitif.
Centres d'appels : toujours plus
Ce secteur compte une cinquantaine de centres et 4 400 positions, travaillant
pour des clients français mais aussi pour des entreprises locales. Chiffre
d'affaires 2004 : 85 millions d'euros. Le développement de cette activité
s'explique par les coûts d'exploitation moins élevés, la proximité de la
France et la pratique de la langue française.
Algérie : à la recherche du temps perdu
La loi du 5 août 2000, qui consacre l'ouverture du secteur à la concurrence, a
permis la création, entre 2001 et 2003, de l'Autorité de régulation de la
poste et des télécoms (ARPT), d'Algérie Telecom, opérateur de téléphonie fixe,
d'Algérie Telecom Mobile (appelé Mobilis) et d'Algérie Poste.
La même réforme a permis la création, en 2001, du premier opérateur privé de
téléphonie mobile, Orascom Telecom Algérie, sous la marque commerciale Djezzy
et du second opérateur privé en 2004, Wataniya Telecom Algérie, sous la marque
Nedjma.
Deux licences VSAT ont également été attribuées courant 2004 à Djezzy et à un
consortium composé du Monégasque Divona Telecom et de l'Algérien Kpoint.com.
L'ouverture du capital de l'opérateur public, prévue pour le début 2006,
constitue la dernière étape de cette réforme, dont le financement est assuré
par l'Etat à hauteur de 700 millions d'euros, ainsi que par la Banque mondiale
(30 millions de dollars), la Banque africaine de développement (120 millions
de dollars) et l'Union européenne, dans le cadre du programme MEDA II (17
millions de dollars).
Téléphonie fixe : en-dessous des standards internationaux
Malgré tous les efforts consentis, la téléphonie fixe, monopole d'Algérie
Telecom, est encore en dessous des standards régionaux. Les lignes fixes sont
au nombre de 3,1 millions et la télédensité ne dépasse guère le 30 %.
Pour combler ce retard, les pouvoirs publics ont adopté une politique
volontariste. La privatisation est l'un des éléments de cette politique. Ainsi,
un consortium composé d'Orascom Telecom et Egypt Telecom a remporté le 1er
mars 2005 la première licence fixe pour 65 millions de dollars. Ce nouvel
opérateur fixe investira un milliard de dollars sur 10 ans.
Téléphonie mobile : une activité sans précèdent
Avec la vente, au début 2004, de la deuxième licence privée de téléphonie
mobile, ce secteur a connu une activité sans précèdent. Les lignes mobiles
s'élèvent désormais à sept millions et la télédensité du GSM à 22 %. Djezzy
domine le marché avec 81 % de parts, contre 13 % pour Mobilis et 6 % pour
Wataniya, troisième opérateur.
Informatique et Internet : en plein essor
Avec un taux de pénétration de 12 %, l'Algérie est peu informatisée. Des
contraintes expliquent cette situation. Les droits de douanes sont importants
et les sociétés de développement de logiciels sont rares. Le prix officiel du
micro-ordinateur est élevé (l'équivalent de quatre mois de salaire), mais le
secteur informel propose des prix beaucoup plus attrayants.
Malgré tous ces handicaps, le secteur est en plein essor. De nombreuses
entreprises privées se lancent dans le montage, l'assemblage et la vente de
PC, ainsi que dans le développement de logiciels et la formation des
utilisateurs. L'Entreprise nationale des systèmes d'information (ENSI,
publique), qui dominait le secteur dans les années quatre-vingts, a perdu son
monopole au profit d'opérateurs privés.
Pour répondre aux besoins de ce marché naissant, les opérateurs privés
procèdent soit à l'importation du matériel monté à l'étranger, soit à
l'assemblage des pièces détachées et kits importés. Le volume des importations
s'élève à environ 50 000 unités par an.
Le pays compte environ 150 000 stations de travail, dont les particuliers
représentent moins de 20 %, mais ce taux doit être réévalué puisque une grande
partie de la filière est occupée par le marché informel.
L'opération OusraTIC lancée par le gouvernement vise à équiper cinq millions
de foyers, à l'horizon 2010, d'un micro-ordinateur de bureau ou d'un micro
portable. Dès la fin de 2005, 100 000 ordinateurs devraient être déjà écoulés.
En vertu de ce programme, tout citoyen qui désire posséder un PC peut
solliciter un prêt bancaire, à un taux faible (8 % à 9 %) et leur
remboursement s'étale sur une période allant de 12 à 36 mois.
Les grandes entreprises considèrent l'informatique comme un élément
fondamental dans leur gestion. Elles s'équipent donc en conséquence. Les PME
ne mesurent pas, quant à elles, le profit qu'elles peuvent tirer des TIC.
Résultat : seules 0,1 % d'entres elles sont informatisées.
Avec 70 % de matériel informatique obsolète, le niveau d'informatisation de
l'administration est faible et non adapté pour intégrer des applications
récentes. Un programme de développement est établi mais les incitations
réelles restent faibles. L'Algérie est entrée dans le club Internet en 1993,
mais l'utilisation du réseau était réservée aux institutions spécialisées. Il
a donc fallu attendre décembre 1997 pour voir l'accès étendu aux particuliers.
Le Centre de recherche sur l'information scientifique et technique (Cerist) a
longtemps été l'unique fournisseur d'accès. Depuis 1999, une soixantaine de
providers ont été agréés, mais seuls 10 opèrent sur l'ensemble du pays.
On dénombre aujourd'hui plus de 5 000 cyberespaces, 750 000 internautes (2,25
% de la population), 35 000 abonnés, 1 500 sites et une dizaine de portails
opérationnels. Initié en 2003, le projet ADSL est aussi en plein développement.
A la fin de 2004, on comptait 20 000 lignes haut débit.
Tunisie : à l'avant-garde du Maghreb
Le pays, qui a abrité la Seconde phase du Sommet mondial de la société de
l'information, organisé par les Nations unies, du 16 au 18 novembre 2005,
occupe la première place parmi les pays du Maghreb en matière de TIC. Ayant
beaucoup investi dans les infrastructures et recouru aux concessions pour
répondre à ses besoins (seconde licence GSM, licence VSAT...), il a réalisé de
gros progrès dans ce domaine. A preuve : près d'un tunisien sur cinq dispose
d'une ligne de téléphonie fixe et d'Internet. Et l'indice de développement des
TIC, estimé à 4,16 (contre 4,97 pour la France), situe la Tunisie au 34e rang
mondial. Malgré les carences observées
en matières de contenus de service et de gouvernance de l'Internet, toujours
soumis à la censure, le pays se positionne en bon rang parmi les pays
d'accueil des investissements dans les TIC.
Téléphonie fixe : une ligne pour quatre habitants
Le réseau national en câbles à fibres optiques couvre l'ensemble du pays, sous
forme de boucles SDH articulées autour de commutateurs multiservices de
dernière génération. Quant aux connexions internationales, elles sont assurées
par deux gateways : des liaisons en câbles optiques sous-marins avec l'Europe,
des liaisons spatiales numériques sur Internet et Arabsat. Le pays a été
également membre des grands projets régionaux, tels que Arabsat, Orascom et
Thuraya.
Le réseau fixe, entièrement numérisé depuis 1999, compte 1,2 millions
d'abonnés, soit une densité téléphonique de 25 lignes pour 100 habitants. Son
évolution a été très rapide. En moins de 10 ans, le nombre de terminaux
publics a été multiplié par six passant de 6 800 à 38 831.
Si la téléphonie mobile est partagé entre Tunisie Télécom et l'opérateur privé
Orascom Telecom, celui de la téléphonie fixe demeure le monopole de
l'opérateur historique, qui s'apprête à céder 35 % de son capital à un
partenaire stratégique, de préférence européen.
Téléphonie mobile : objectif largement dépassé
Le réseau de téléphonie mobile est géré par Tunisie Télécom et Orascom Télécom.
Il compte 4,2 millions d'abonnés (contre seulement 2 000 en 1992).
L'objectif du Xème plan de développement (2002-06) a donc été largement
atteint, puisqu'il tablait sur une capacité de trois millions de lignes et un
taux de 30 GSM pour 100 habitants.
Le réseau est, par ailleurs, connecté aux réseaux similaires de par le monde,
à travers le service de roaming.
Ordinateurs et Internet : une politique volontariste
Pour développer son parc informatique, la Tunisie a exonéré des droits de
douanes l'importation des ordinateurs et des logiciels, qui sont simplement
soumis à la TVA (18 %). Elle a lancé aussi, en 1997, le programme de l'«
ordinateur familial », qui accorde des facilités pour l'acquisition d'un PC
familial à un prix relativement bas (1 000 dinars tunisiens). Grâce à ce
programme, près de 40 000 ordinateurs ont été vendus entre 2001 et 2004. Le
nombre d'ordinateurs importés par an est passé de 30 000 à
98 000, l'enveloppe allouée à leur importation a plus que doublé, passant de
113 à 274 millions de dinars. Résultat : le parc d'ordinateurs est passé,
durant la même période, de 150 000 à 472 000, le nombre d'ordinateurs pour 100
habitants a augmenté de 1,39 à 4,78 et le taux de pénétration dans les ménages
de 2,2 à sept en 2004.
Cette dynamique a profité aux sociétés d'informatique, dont le nombre est
passé de 551 en 1997 à 709 en 2003. Le chiffre d'affaires global sectoriel est
passé, durant la même période, de 130 à 145 millions de dinars et les emplois
de 4 370 à 6 480. Conséquence : l'accès à Internet est devenu plus facile.
Ainsi le nombre d'utilisateurs de la Toile a-t-il évolué de 300 000 en 2002 à
840 000 actuellement, et celui des utilisateurs (par 1 000 habitants) de 51 à
84, celui d'abonnés au réseau (par 1 000 habitants) de 7,8 à 13.
Aujourd'hui, le nombre d'abonnés au réseau est estimé à 130 000 (contre 111 en
1996) et le taux de pénétration d'Internet dans les ménages a atteint 2,6 en
2003 (contre 1,26 en 2000).
Même si le nombre de sites web (1 775) et l'accès au haut débit sont encore
très faibles, en raison des coûts élevés par rapport au pouvoir d'achat local,
l'avenir d'Internet semble assuré avec la connexion programmée au réseau pour
toutes les institutions d'enseignement (université, lycées, écoles), la
création d'écoles virtuelles et la vulgarisation de l'e-management dans les
administrations publiques.
Avec la création d'un porte-monnaie virtuel appelé la carte « e-dinar
universel », la création de galeries marchandes et de services administratifs
sur le web, le commerce électronique semble voué lui aussi à bel avenir.
Les centres d'appels : un secteur d'avenir
Avec une quarantaine de centres d'appels, employant plus de 2 000
téléopérateurs et opérant pour la plupart pour le compte de clients
internationaux, surtout français, la Tunisie est en passe de devenir aussi une
destination privilégiée pour ce type de services.
(Source : N’7 – Janvier 2006 de la Revue
trimestrielle « pour le dialogue entre le Maghreb, l'Espagne et l'Europe »
publiée par l’IEMED l’Institut Européen de la Méditerranée à Madrid - Espagne.)
URL : http://www.iemed.org/afkar/8/fkhefi.php
Statut de la femme tunisienne :
conscience de citoyenne et
responsabilité d'Etat
La promotion féminine est en Tunisie un instrument de modernisation
sans laquelle le pays ne pourra pas décoller.
Zeyneb Farhat
Promulgué le 13 août 1956, le Code du statut personnel (CSP) demeure – 50 ans
plus tard–, le plus révolutionnaire des droits de la femme dans l'espace arabe
et musulman.
S'il choque encore des esprits coreligionnaires, il demeure pour les
démocrates et les militants des droits de l'homme, une excellente plateforme
juridique dont la philosophie moderniste a cimenté les orientations du projet
de la société tunisienne le lendemain de son indépendance pour une société de
droit. Et une plateforme justement est en évolution perpétuelle, à l'écoute
des propositions d'une société en éveil. Mais vers quelle orientation
politique peut-être poussé cet éveil ?
Promotion féminine en Tunisie à l'indépendance : outil de
modernisation
A quatre mois de la proclamation de l'indépendance de la Tunisie le 20 mars
1956 – après une colonisation de la France depuis 1881–, le CSP en Tunisie
fait l'effet d'une bombe, sans toutefois enregistrer une quelconque opposition
sociale.
Même proclamé en temps de Beylicat (monarchie), aboli quelques mois plus tard
pour un régime républicain, ce CSP issu d'une consultation tout azimut des
acteurs de la société –dont les ulémas et théologiens– a tracé clairement la
voie du projet de société que le président Habib Bourguiba défendait
farouchement durant les longs discours de son long règne de 30 ans en tant que
chef d'Etat. Depuis, la promotion féminine a été et reste en Tunisie un
instrument de modernisation sans laquelle le pays ne pourra pas décoller.
Rien ne vient du néant. Surtout pas un CSP aussi féroce au vu de la structure
de la société tunisienne des années cinquante. Bourguiba a été en fait fidèle
au courant réformiste qui a commencé à germer dès la fin du XIXè siècle et le
début du XXè, animé par les élites tunisiennes, formées en France généralement
ou à la célèbre université islamique de la Zitouna.
Notre femme dans la Chariaa et la religion, écrit par Tahar Haddad, un
politique syndicaliste, féministe formé aux enseignements de la Zitouna a
voulu « rendre justice à l'islam », en déclenchant une campagne pour la
scolarisation des filles et l'émancipation des femmes. Conspué, hué, insulté
lors de la publication de son livre, un hommage lui est rendu depuis les
années cinquante à nos jours pour avoir écrit le corpus du CSP !
Ces tunisiennes, par qui le scandale arrive !
Aujourd'hui, pour les générations de femmes nées ou ayant grandi après
l'indépendance, plusieurs paramètres concernant leur vie privée et publique
sont balisés depuis longtemps et ne constituent plus d'entraves à leur
bien-être.
La tunisienne sait que même inscrits clairement dans les textes coraniques,
grâce au CSP et à l'Ijtihad – réflexion positive des hommes de religion allant
vers l'esprit et non à la lettre du Coran –, la polygamie a été abolie,
l'adoption autorisée, l'héritage remodelé (cf. article ci-contre).
Les portes du savoir lui sont ouvertes au même titre qu’à leurs concitoyens.
Elle est électrice et éligible. Le contrôle de sa fertilité est son affaire
propre : droit à la conception et à l'avortement sans l'autorisation de
personne et dans l'anonymat gratuit dans tout hôpital de la Tunisie. Une fois
majeure, elle est totalement responsable de tous les contrats qu'elle passe –
dont le mariage, qu'elle peut contracter ou annuler au même titre que l'époux
, faisant valoir le fameux article 13 du divorce inchaa ou « caprice » pour
lequel elle aura à assumer financièrement ce détachement capricieux !
Elle hérite même toute forme de pension et revenus de la retraite de ses deux
parents à leur décès, si elle est non mariée et qu'elle ne dispose d'aucune
source de revenus fixes.
Elle dispose – autant que son concitoyen – du droit d'affiliation à la Caisse
nationale de Sécurité sociale, au titre du régime de « travailleur indépendant
», disposant de toute une couverture sociale en vigueur et cela, qu'elle soit
médecin, artiste, agricultrice, aide ménagère. Reste que l'accès à cette
information pour ces deux dernières catégories est très faible !
Pour cela, et à différentes reprises, elle ne cesse d'être diabolisée, montrée
du doigt et carrément mise au ban de « la communauté arabo-musulmane » car
ainsi armée de lois la protégeant, elle n'est plus gardienne de valeurs de sa
communauté, mais plutôt celle des valeurs occidentales !
La cabale reprend de plus belle ces dernières années au vu de l'émergence et
de la conquête d'un terrain médiatique impressionnant – télévisuel surtout –
lors d'émissions satellitaires dites « de conseils en jurisprudence musulmane
» intéractives, émises à partir des pays du Golfe ou d'Egypte. Dans ces
émissions, il est courant de conseiller à tout bon musulman qui demande
conseil au vu d'une relation future avec une tunisienne de s'en éloigner et de
couper toute relation avec « ces diables de tunisiennes par qui le scandale ne
cesse d'arriver, que Dieu nous en protège ! ». Qu'il soit fidèle à une
iconographie classique – barbe et tête couverte en verbiage direct –, ou
moderne – tête couverte et costume européen very smart en utilisant des
techniques de vidéo-projection, les animateurs de ces émissions tiennent le
même langage si dégradant de l'image de la femme tunisienne que des
associations de défense des droits pensent à les traduire devant la justice
pour « diffamation et atteinte à image de marque ». Ces émissions exorcisent
le goût amer d'humiliation que vit la communauté arabe et musulmane, en
faisant de la femme – surtout tunisienne – la cause essentielle de sa
déchéance ! En tout cas, de tout temps, la femme a toujours été le bouc
émissaire idéal dans toute société en crise !
Ces tunisiennes, scandalisées par le statut de leurs coreligionnaires
Cette même tunisienne élevée dans les acquis d'un CSP lui garantissant
l'abécédaire de sa dignité humaine, voit d'un œil scandalisé l'infantilisation
de la femme dans le monde arabe où le « crime d'honneur » est toujours vivace,
où la répudiation est encore de mise, où le divorce ne s'obtient aisément que
quand il est demandé par l'époux, où la descendante directe du défunt voit la
moitié du legs lui filer entre les mains pour un cousin ou autre mâle de la
famille, etcétéra.
Jamais, et quelque soit sa classe sociale, elle ne comprendra au nom de quelle
règle sa consœur en Arabie Saoudite n'a le droit de conduire une voiture !
Elle a suivi la Moudawana, la sœur du CSP au Maroc, d'un œil un peu
condescendant réalisant à chaque fois, le large fossé entre elle et ses sœurs
du monde arabo-musulman, encore militant aujourd'hui, en 2005, pour des «
basic liberation act » dont elle dispose –elle– depuis 50 ans.
Il est vrai que la nouvelle mouture du Code de la famille, de la Moudawana
telle qu'annoncée le 10 octobre 2003 est un pas révolutionnaire au vu de
l'ancienne législation au Maroc, pas franchi dans un tumulte médiatique. Mais
pour la tunisienne, le maintien ou l'abolition de la polygamie est un « test »
qui définit le regard posé sur le statut réel de la femme. Car, même pour les
conservateurs les plus farouches, le Coran écartant l'hypothèse d'une parfaite
équité entre les quatre épouses autorisées, la polygamie devient légalement
quasi impossible. Le roi du Maroc l'avait d'ailleurs bien souligné, en
annonçant les 11 points de la Moudawana !
Aussi, le statut de la femme tunisienne demeure, à ce jour, le seul
référentiel moderniste, auquel viennent se documenter et s'intéresser de très
près tous et toutes les militants des droits de la femme, se déplaçant en
Tunisie pour y puiser toutes « les pistes », trouvées déjà depuis 1956 à nos
jours, pour mettre en évidence l'incontestable légitimité du CSP dans toutes
les lectures du Coran et de la Geste du Prophète Mohammed, et cela afin de
contrecarrer les lectures rigides des conservateurs religieux.
Projet de société, responsabilité d'Etat
Le statut de la femme tunisienne a été pensé dans une politique globale pour
une harmonie sociale assez cohérente, qui s'est occupée de former une
citoyenne portant l'économie de son pays dans tous ses secteurs : cadre et
intermédiaire (technicienne supérieure), aviation, médecine, administration,
magistrature, art, ingéniorat, enseignement, disposant d'un réseau
d'instruction publique et de santé de base à travers tout le territoire
tunisien.
Le crédo juste après l'indépendance est clair : la conception d'un Etat
moderne, en établissant l'égalité – autant que peut – de la femme est une
partie intégrante, sinon essentielle, d'une vision moderniste de l'Etat. Ce
dernier est le seul instrument, le seul responsable et le seul garant de la
modernisation. L'Etat établit alors toutes les conditions objectives pour « la
lutte pour le développement ». Aucune entrave, aucun tabou d'ordre social ou
religieux entravant ce projet n'est à craindre ou à négocier. D'où la
législation unique dans le monde arabe et musulman défendant les droits de la
femme tunisienne.
Aujourd'hui, cet acquis est non seulement à défendre jalousement mais surtout
à faire évoluer positivement au vu des nouvelles consciences de femmes, après
50 ans d'accès au savoir, à la prise de pouvoir économique et politique.
Aujourd'hui, la femme tunisienne revendique ses droits en tant que citoyenne à
part égale, se positionnant dans un combat harassant pour une démocratie
effective.
Et plus que jamais, la responsabilité de l'Etat en Tunisie et dans tous les
pays arabes et musulmans – au vu de ses pratiques de pouvoir sourd aux
sociétés civiles modernistes – est engagée pour toute dérive enregistrée dans
leur territoires souverains, touchant à la dignité de leurs concitoyennes et
sujettes, violant les conventions internationales des droits de l'homme et de
lutte contre toute forme de discrimination envers les femmes. Conventions que
ces Etats ont – dans leur majorité – signées, mis avec des réserves. Réserves,
entre autres, dans lesquelles s'insèrent sournoisement et au nom de l'Islam,
des appels à un projet de société alternative dont la plateforme s'inscrit au
nom d'un éveil identitaire culturel arabe et musulman, récoltant les frustrés
de démocraties nationales ratées et les révoltés, impuissants d'une
conjoncture internationale où il n'est pas bon du tout d'être arabe et
musulman !
(Source : N’7 – Janvier 2006 de la Revue
trimestrielle « pour le dialogue entre le Maghreb, l'Espagne et l'Europe »
publiée par l’IEMED l’Institut Européen de la Méditerranée à Madrid - Espagne.)
URL: http://www.iemed.org/afkar/7/ffarhat.php
Crédif – Code du statut personnel
Femme tunisienne : les jalons d’un partenariat
actif
• Après le Changement, le Président Ben Ali avait déclaré : «Oui à la
révision du Code du statut personnel mais pour aller de l’avant et non pour
retourner en arrière»
Les multiples acquis de la femme tunisienne, obtenus au lendemain de
l’indépendance avec la promulgation du code du statut personnel et renforcés
par de nouvelles mesures après le Changement du 7 novembre, ont permis à cette
dernière d’entrer dans la vie active de plain-pied, et ce, dans le cadre d’un
partenariat actif avec l’homme dans plusieurs domaines économiques, sociaux et
politiques. En effet, la femme est désormais présente, y compris sur la scène
de la vie politique en tant que ministre, ambassadeur ou élue à la Chambre des
députés et à la Chambre des conseillers.
C’est justement pour célébrer le cinquantième anniversaire du code du statut
personnel que le Centre de recherches, d’études, de documentation et
d’information sur la femme (Credif) a eu l’idée d’organiser en son siège une
journée placée sous le thème suivant : «Le code du statut personnel entre
authenticité et modernité». C’était mercredi dernier, 25 janvier.
La volonté politique de préserver et de développer les acquis de la femme est
une constante largement soulignée. Le 8 mars 1988, le Président Ben Ali avait
considéré les dispositions prises en faveur de la femme, et notamment le code
du statut personnel, comme un «acquis civilisationnel» à préserver.
C’est qu’un tel acquis permet de moderniser la société et de redonner à la
famille tous ses droits. Présente à l’occasion, la ministre des Affaires de la
femme, de la Famille, de l’Enfance et des Personnes âgées, Mme Saloua Ayachi
Labbène, a souligné que la femme est désormais un membre actif et un
partenaire de l’homme dans la vie. «Des amendements ont concerné le code du
statut personnel pour le renforcer», précise-t-elle par ailleurs.
Ainsi, la condition de la femme en Tunisie est devenue un exemple pour
plusieurs pays arabes et islamiques, car l’approche tunisienne concilie
modernité et traditions, sans négliger l’identité arabo-musulmane.
Dr Mohamed-Habib Chérif, coordinateur général pour les droits de l’homme, a
présenté une communication où il a donné d’abord un aperçu sur la condition de
la femme avant l’indépendance. Il y avait, rappelle-t-il, un mouvement attaché
au principe d’une éducation traditionnelle. Un autre était plutôt tourné vers
le modèle occidental.
Un long débat a été engagé au lendemain de l’indépendance pour mettre en place
un texte juridique susceptible de concilier entre les bienfaits de la
modernité et les exigences de la tradition arabo-musulmane. «Le choix était
difficile», affirme Dr Cherif, d’autant plus que les deux mouvements tenaient
à leur point de vue. On a décidé enfin de trancher en tenant compte des
résultats du débat et, à la faveur d’une volonté politique, un texte
avant-gardiste a été adopté, qui est le code du statut personnel. Un texte qui,
aujourd’hui encore, constitue encore une fierté pour la femme tunisienne. Il
exprime la vérité selon laquelle il n’y a pas d’identité sans modernité, et
pas de modernité sans identité.
Après le Changement du 7 novembre, un autre débat a été engagé. Un mouvement a
même suggéré un retour en arrière, pour revenir, entre autres, à la polygamie,
à l’autorité exclusive du père au sein de la famille… «Le Chef de l’Etat avait
alors dit oui à la révision du code du statut personnel, mais pour aller de
l’avant et non pour retourner en arrière», se souvient M. Chérif.
D’où les mesures prises en 1992, et qui se sont traduites par les amendements
apportés au texte en 1993. Ces dispositions, si elles tirent le meilleur
profit de la modernité, consacrent aussi les préceptes de l’Islam. Cela peut
être vérifié, entre autres, à travers la question relative à l’héritage, fait
remarquer l’orateur. Des dispositions ont été prises aussi en ce qui concerne
le divorce : dans un souci de prévention, les époux sont invités à des séances
de conciliation.
A travers toutes ces réformes, la femme a été totalement émancipée et a pu
accéder aux différentes fonctions de la vie en société, en faisant parfois
face à une pensée qui persiste à vouloir maintenir la femme dans un univers
étriqué.
Chokri GHARBI
(Source : « La Presse » du 27 janvier 2006)
L’Islam et le débat intellectuel
Par Zyed Krichen
Il ne se passe plus une semaine dans le Monde arabe sans qu’il n’y ait un
séminaire, une rencontre ou une émission de télé sur la Chariaa et les Droits
de l’Homme, la Chariaa et le statut de la femme, la Chariaa et la question
nationale, la Chariaa et le droit international...
Simple concomitance ou stratégie délibérée ?
On peut dater ce phénomène du début des années 90 du siècle passé, quand les
factions les plus importantes du nationalisme arabe décidèrent de tourner la
page de leur lutte sans merci avec l’islamisme politique et opérèrent avec lui
ce qu’on peut qualifier de rapprochement stratégique.
Cette mue permit d’islamiser le nationalisme arabe et d’arabiser l’islamisme,
mais le grand vainqueur fut, sans conteste, l’islamisme politique. Les raisons
en sont nombreuses et complexes. Le nationalisme arabe, quoique très présent
dans la conscience collective, s’est très vite identifié avec des régimes
militaires autoritaires voire fascisants... Il ne réalisa aucune de ses trois
grandes ambitions : la liberté (au sens d’émancipation nationale et non des
libertés démocratiques), le socialisme et l’union. Saddam Hussein, sa figure
de proue après Nasser, s’englua dans une guerre fraticide avec l’Iran, suivie
d’une aventure désastreuse au Koweït qui a été lourde de conséquences pour
toute la région. Bref le nationalisme arabe était en perte de vitesse. Il
était à la recherche d’un second souffle. L’alliance, à terme, avec
l’islamisme politique, semblait à nombre de ses théoriciens comme une nouvelle
chance historique. Seulement le nationalisme arabe perdit, dans le change, ses
dernières illusions pour changer la société et sa culture. Il adopta une
posture défensive : la Nation arabe est menacée par les forces impérialistes
occidentales. Défendre la Nation est la priorité des priorités. Défendre la
Nation veut dire défendre son identité, c’est-à-dire sa culture, donc sa
religion. Et le nationalisme arabe sombra dès lors dans ce que l’on pourrait
appeler un islamisme d’ambiance.
Un nouveau phénomène, beaucoup plus récent, est venu se greffer sur cet état
de fait. Le 11 septembre 2001 a placé les Musulmans et leur religion au cœur
du tumulte mondial. Du clash des civilisations à l’inter-culturalité, tout le
spectre intellectuel est présent aujourd’hui en Occident. Les intentions et
les stratégies des promoteurs et des défenseurs de ces thèses sont différentes
mais tous cherchent à savoir quel serait le positionnement de l’Islam par
rapport à telle ou telle autre question.
Résultat des courses : de bonnes intentions et de moins bonnes, en Occident et
en terre d’Islam, unissent leurs efforts pour mettre l’Islam au cœur de tous
les débats : de la mondialisation au développement rural en passant par les
sempiternelles questions des Droits des Femmes, de la tolérance religieuse...
Tout y passe, des simples phénomènes de société aux grands débats de la
géo-politique...
Mais, car il y a un mais, tous les seconds termes du débat passent (modernité,
femmes, Occident, Droits de l’Homme etc...) et ne reste que l’Islam et de plus
en plus la chariaa...
Seulement, qui définit ce que l’on entend par Islam ou chariaa dans ces débats?
Certainement pas les Occidentaux, souvent bailleurs de fonds, pour ne pas
donner l’impression d’une “ingérence culturelle”.
Qui alors ? Les intellectuels arabes modernistes? Ils ne sont pas nombreux et
tous n’ont pas choisi ce cheval de bataille. La nature ayant horreur du vide,
cette tâche va revenir, bien évidemment, aux fondamentalistes et à leurs
alliés.
Il n’est pas dans notre intention de délégitimer les débats sur l’Islam, sa
culture et son histoire. Loin s’en faut, mais de souligner le danger des
amalgames.
Dans ces débats, l’Islam est souvent pris comme une essence en dehors du temps
et de l’espace. La foi, la loi (chariaa), l’histoire, la civilisation et la
culture sont souvent présentées d’une manière fusionnelle. Tout est ramené à
cette essence transcendante. Signe des temps : au vocable “Islam” on substitue
de plus en plus celui de “chariaa”.le message subliminal étant : l’Islam
essentialisé se réduit à la chariaa... Cette réduction mérite, à elle seule,
une discussion plus approfondie (nous y reviendrons dans nos prochaines
éditions). Mais nous voulons seulement souligner le danger de cette arnaque
intellectuelle. On peut débattre des Droits de l’Homme et du droit positif
dans le Monde arabe; des Droits de l’Homme dans la pensée musulmane
contemporaine; des Droits de l’Homme et l’histoire de la culture islamique...
mais les Droits de l’Homme et la chariaa c’est une grande imposture
intellectuelle. En effet, cela suppose que la chariaa existe dans les
pratiques judiciaires de nos pays ou qu’elle est un système idéologique et
juridique cohérent pour pouvoir la comparer à la Charte universelle des Droits
de l’Homme par exemple... ou enfin que les mouvances de l’Islam politique sont
majoritaires dans nos pays et du coup la référence à la chariaa devient
incontournable... Or tout cela n’est que supercherie. Même les
fondamentalistes —qui, faut-il le rappeler sont minoritaires dans nos sociétés—
ne sont pas d’accord entre eux sur la nature et les contours de la chariaa...
Mieux encore, l’islamisme politique, dans ses tendances majoritaires, sait
qu’il n’a aucune chance de participer au jeu politique sans renier son slogan
fondateur “application de la chariaa”.
Alors pourquoi laisser croire que la chariaa ou l’Islam essentialisé sont
incontournables dans le débat intellectuel du Monde arabe? Simple erreur de
jugement ou aveuglement historique?
(Source : «Réalités» N° 1048 du 26 janvier 2006)
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